Transat virtuelle, bagarre réelle

La hiérarchie de la Transat AG2R virtuelle se dessine au passage des Canaries. L’Egoïste de Miguel Danet et Eric Péron est dans le coup, le Jack Usi de Clément beaucoup moins. 

Pas d’option radicale en abordant les Canaries. Je choisis le milieu sur mon Jack Usi. Ni le cap est, ni l’ouest. Peut-être un peu en retard. Ce deuxième réveil en course m’a finalement coûté cher. En tout cas, j’ai été distancé. Forcément, le seul comparatif que j’ai ne m’aide pas. Les skippers pros (ceux qui s’affichent spontanément à l’écran) ont tout de même l’air d’avoir un peu plus d’expérience que moi. Ma seule Transat, c’état il y a deux ans... et encore, en avion, c’est tout de même plus simple.
Après avoir perdu presque deux heures à cause d’un oubli de changement de voile après 36 heures de course, je ne lâche pas l’affaire, la Transat n’est pas un sprint. Même si les souvenirs restent : le départ est important, les trois ou quatre premières nuits aussi. Le rouleau compresseur portugais n’est pas sorti de ma mémoire. Cette nuit là, en 2018, plusieurs s’étaient cassés les dents, ou plutôt les mats. Bref, deux bateaux avaient été contraints d’abandonner : Macif et Sateco.

La flotte se divise
à l’approche des Canaries

Mais cette fois, rien de marquant au large de la péninsule ibérique même si le vent y souffle un peu plus qu’ailleurs. Je traîne mes 4/5 heures de retard sur les meilleurs qui ont décidé de longer la côte. Miguel Danet et Eric Péron en font partie. Je me suis calqué sur la stratégie de leur Egoïste jusqu’au sud de l’Espagne avant de faire un choix et de les voir s’éloigner : cap vers l’Est pour essayer de refaire mon retard, vers l’Ouest pour eux. Pour la première fois, le groupe des favoris se divise en deux.

L’heure est importante. La page de la régate virtuelle ouverte en permanence me fait de l’oeil et lorsque l’ordinateur est éteint, l’application smartphone prend le relais. Hors de question de laisser mon bateau sans surveillance plus de deux heures. Petite aide utile : j’ai réussi à emmener un ami et ma sœur dans cette transat. Eux aussi naviguent. Eux aussi se prennent au jeu. Lorsque le cap est mauvais, le téléphone vibre : «Fais gaffe, tu fais fausse route, change de cap. » On s’échange des tuyaux. Il faut au moins ça pour limiter le retard.
Bon, après huit jours de navigation, Las Palmas (passage obligatoire) est en passe d’être franchi. Première conclusion : je ne gagnerai pas cette transat. Mais tout n’est pas mort.  Le classement (le leader est celui qui est le moins loin de Saint-Barth en distance) m’affiche tout de même dans le top 10.000 (sur plus de 60.000) : pas mal ! Je risque de déchanter lorsque les skippers de l’Est me dépasseront, le vent en poupe. L’Egoïste, lui, a tenu la corde. Le vent y est moins fort, mais la distance plus courte : il pointe aux portes du top 1000 après huit jours et va jouer la gagne dans l’Atlantique, ce juge de paix.  

Pour ma part, je ne sais toujours pas jauger : privilégier d’aller dans des secteurs de vents plus forts, quitte à parcourir un peu plus de kilomètres ? Ou garder un cap fixe, même sans grande vitesse : mes connaissances ont des limites, j’ai encore beaucoup à apprendre avant d’aborder cette immensité qui m’éloigne de Saint-Barth, que je ne verrai malheureusement pas cette année.
 

Journal de Saint-Barth N°1373 du 29/04/2020

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