Les voyages métropole/outre-mer restent restreints au moins jusque début juin

Le déconfinement dans les territoires d’outre-mer est interne. C’est à dire que les entrées restent limitées aux impondérables. La quatorzaine à l’arrivée demeure aussi jusqu’au 2 juin, au moins. La question du respect de cet isolement par les arrivants inquiète à Saint-Barth, tandis que d’autres commencent à se demander s’ils pourront sortir de l’île cet été.

 

Le Journal de Saint-Barth reçoit de nombreux messages d’habitants inquiets du non-respect de la quatorzaine par les entrants sur le territoire.
Pour rappel, les seules personnes autorisées à venir à Saint-Barthélemy depuis le 23 mars sont les résidents (enfants qui étudient à l’extérieur notamment, et deux habitants fraîchement sortis de prison), ceux qui étaient partis pour raisons de santé (chimio,  dialyses, suivi médical, etc.), et les professionnels indispensables à l’activité sur l’île (soignants, personnels nécessaires au fonctionnement des services publics, de la production d’eau, etc). La Com et la préfecture ont rappelé la semaine dernière que le mot indispensable devait être pris au pied de la lettre, notamment à l’attention du secteur du BTP, pour qui le recrutement de personnel à l’extérieur n’est pas jugé essentiel (JSB 1373).
Une fois sur place, les autorités comptent sur le civisme et la responsabilité des arrivants. Ils répondent à un questionnaire qui leur est soumis par les bénévoles de la Croix-Rouge, et sont ensuite fermement invités à rester chez eux, en limitant les contacts avec les personnes du même foyer au maximum. Ils sont suivis par téléphone par les services de la Collectivité, et les forces de l’ordre vont leur rendre visite pour vérifier que le confinement est bien respecté.

Pas de voyage d’agrément
La quatorzaine pour les arrivants sur les territoires ultramarins sera maintenue au moins jusque début juin, a annoncé Edouard Philippe lundi 4 mai. C’est la même chose dans l’autre sens : pour rentrer en métropole depuis un territoire d’outre-mer, il faut avoir une bonne raison. Pas question de faire du tourisme, pour le moment.
Les liaisons entre métropole et outre-mer commencent à devenir un sujet sensible : si les territoires ultramarins nécessitent une protection quant à l’éventuelle importation du virus, les vacances d’été approchant, il sera difficile de maintenir ce blocus très longtemps. Pour l’instant, rien n’est décidé. « Le sujet est encore en discussion et fera l’objet d'un arbitrage global prochainement », a indiqué au Figaro Maël Disa, le délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d’Outre-mer.

Philippe Gustin, préfet de la Guadeloupe, a lui avoué lors d’une conférence de presse mardi que « des questions existentielles allaient se poser.» Alors qu’Air France assure le service minimum entre l’Hexagone et l’outre-mer, les compagnies Air Caraïbes et Corsair ont annoncé leur souhait de reprendre mi-juin les vols transatlantiques. « Je ne peux pas vous dire si ce sera possible. Nous ne pouvons pas nous permettre d’importer de nouveaux cas », a tempéré Philippe Gustin. En Guadeloupe, durant les premières semaines du confinement, la quatorzaine était la même qu’à Saint-Barth, plutôt basée sur la responsabilité des gens. France Antilles rapporte que les contrôles ont démontré qu’un tiers des entrants ne la respectaient pas ; l’archipel a donc instauré une quatorzaine stricte dans trois hôtels de Guadeloupe. Les seuls autorisés à y échapper sont les soignants, les fonctionnaires indispensables, les enfants non accompagnés, les personnes qui souffrent d’une pathologie incompatible avec l’isolement en hôtel.

Saint-Barthélemy espère régler le problème en instaurant les tests de dépistage systématique à l’arrivée à l’aéroport (lire ici). Mais la question des entrées par la mer se pose, ainsi que celle de la fiabilité des tests à l’instant où ils sont faits, et du protocole à suivre si un porteur du Covid-19 est détecté.

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Inquiétudes sur l’avenir du transport aérien

Après plusieurs vidéos de passagers serrés dans des avions des heures durant, entre métropole et outre-mer, Air France a décidé de rendre obligatoire le port du masque à bord de ses avions. Elle en fournira aux passagers qui n’en auraient pas. « Les clients seront notifiés de cette obligation sur tous les canaux de communication (e-mail, SMS, sites internet) en amont de leur départ et invités à se munir d'un ou plusieurs masques pour leur voyage », précise la compagnie aérienne dans un communiqué. Le masque sera également la règle pour le personnel, bien entendu. Air France souligne qu’elle désinfecte les cabines à l’aide d’un produit virucide, et que le système d’aération dispose d’une filtration efficace contre les virus, la même que celle utilisée dans les blocs opératoires des hôpitaux. Reste la question de la distanciation sociale. Demandée par certains, qui aimeraient qu’un siège sur deux ou sur trois soit condamné, comme dans le métro ou les bus. « Une distanciation physique à bord sera respectée à chaque fois que cela est possible. Sur la plupart des vols, les faibles taux de remplissage actuels permettent d'espacer les clients », indique Air France. Mais dans le cadre d’un trafic aérien normal, la rentabilité des vols serait mise à mal si des sièges étaient condamnés, et cela pourrait entraîner une hausse des prix de l’ordre de 50%, prévient la compagnie.

Journal de Saint-Barth N°1374 du 06/05/2020

Casse-tête du déconfinement
Voyages outre-mer-métropole
Course aux masques