Une des toiles exposées a été offerte par l’artiste à la Collectivité.

Rémy de Haenen, un peintre sur les chemins de son passé

Originaire de Saint-Barthélemy, l’artiste peintre Rémy de Haenen, fils de l’ancien maire dont il porte le nom, puise l’inspiration de ses toiles dans son enfance sur l’île. L’exposition St. Barth An Tan Lontan ouvre le 17 février au musée du Wall House.

C’est une balade dans l’espace clos d’un musée. Peintre, père de famille, ingénieur et pilote d’avion, Rémy de Haenen a conçu et réalisé son exposition en plein confinement en Argentine, lors d’une période où pour se promener, il fallait savoir puiser dans ses souvenirs et son imagination.

Sur un parcours de treize œuvres, l’artiste nous amène avec lui de Saint-Jean à Saline, à l’époque de son enfance, lorsqu’il traversait l’île à pied pour approvisionner l’Eden Rock en nourriture. C’est alors la fin des années 50, il n’y a pas d’électricité à Saint-Barth, le jeune Rémy de Haenen a pour mission d’allumer chaque matin un générateur électrique pour éclairer les hôtes. Il est aussi en charge de déverser le contenu des ordures à la mer car en ce temps-là, tous les déchets ou presque sont organiques. Ses peintures sont peuplées de ces souvenirs d’enfance très concrets qu’il raconte sans trivialité, par la représentation de la nature qu’il côtoie.
L’artiste ne cherche pas le réalisme, pas plus qu’il ne le fuit. Les souvenirs de ses promenades sont emplis d’arbres en fleurs, des flamboyants. Il en ôte les feuilles, en noircit le tronc et les branches, qui prennent des allures de chemins, de méandres, font éclater les couleurs des fleurs sur des ciels aux teintes fugaces. Ainsi va le souvenir, qui sélectionne, transforme, évoque plutôt qu’il ne montre et ne laisse du réel que des sensations. La mémoire et ses cheminements semblent être à la fois l’objet et le sujet des toiles. « J’ai décidé de travailler avec de toutes petites anecdotes, des toutes petites choses qui marquent à vie et d’en faire quelque chose de grand », dit Rémy de Haenen. De grand, littéralement. Car les arbres en fleur qu’il peint inondent la salle de leurs couleurs, occupent le ciel qui les entoure et emplissent la scénographie de leur châssis imposants.

En suivant le peintre sur la route de son passé, on croise quelques habitants, pêcheurs, prêtre, agriculteurs, entourés par les tons bleus de la mer. « On était environ 800 sur l’île », se remémore-t-il. Il y avait certainement, alors, plus de flamboyants que de population.

Par son seul prénom, Rémy de Haenen évoque une autre résident de l’île, emblématique : son père. L’aventurier, hôtelier, ancien maire, est présent en filigrane dans l’exposition. « Le lien, c’est la toile de l’Eden Rock tel que je l’ai connu, tel qu’il a été construit par mon père », explique l’artiste, qui revendique un sentiment de nostalgie dans sa création. La sienne ne paraît ni sombre ni mélancolique, elle est fleurie.


St. Barth An Tan Lontan, jusqu’au 15 avril 2021. Musée du Wall House, Gustavia, entrée libre.

 

Journal de Saint-Barth N°1411 du 18/02/2021

Motifs impérieux
Variant anglais
St Barth An Tan Lontan /