Dominique Rousserie, artiste libre-penseur : « L’art est une nécessité »

Le musée Wall House accueille du 14 mars au 16 mai une mini-rétrospective du peintre-sculpteur Dominique Rousserie, basé sur l’île. Rencontre avec un artiste passionné par la spiritualité des arts premiers et des civilisations anciennes, notamment les Taïnos et les Arawaks, autant que par les alchimistes médiévaux et le chamanisme.

 

Dans sa petite maison perchée sur les hauteurs de Lurin, on est accueilli par trois crânes de chèvre suspendus, coiffés de plumes et de dentelles. « Un hommage aux arts premiers», commente Dominique Rousserie. Depuis 1990, il a exposé partout dans le monde sa vision de la spiritualité : dragons mystiques japonais, culture et divinités des premiers peuples caribéens, plantes utilisées dans les rituels chamaniques. Depuis 22 ans, il a fait de Saint-Barthélemy son camp de base. D’ailleurs, les crânes de chèvres et carapaces de tortues qu’il utilise proviennent en partie de l’île. «Je suis fasciné par l’art taïno. J’ai les poils qui se hérissent quand je vois certaines pièces ! L’art premier est le plus authentique, car il ne souffre d’aucune corruption ; le psyché n’est pas là pour enrayer l’observation et la conception.» Comprenez que la créativité de ces peuples était libérée de tout frein, dans la société d’alors. Contrairement à celle d’aujourd’hui, dont la complexité et la rapidité sont autant d’entraves à la réflexion et la création. « Cet art là te crie à la gueule, c’est du langage pur. Le problème du XXIe siècle, c’est le manque d’inspiration. Tout doit aller vite, on ne sait plus où on est, et tout est devenu plat. Pourtant dans les concerts, les expositions, devant une lecture, on voit que ça calme et unit les gens tout de suite. L’art est une nécessité, c’est incontournable. Il procure un bien-être immédiat. »

 

Subjugué par les travaux de l’alchimiste Nicolas Flamel, par les arts japonais ancestraux, l’exploration chamanique de la conscience, les mythes et légendes en général, Dominique Rousserie traduit dans ses œuvres son introspection.

Outre les arts premiers, il montrera au musée une série appelée “Chasing the dragon”, d’immenses dragons de style asiatique peints sur des tankas, dans des volutes de fumée. Chasser le dragon, c’est aussi une expression qui décrit la consommation de drogues par l’inhalation des fumées. Une pratique née dans les fumeries d’opium en Asie, où le dragon est une figure mythique. Troisième volet de l’exposition, la série “la cartographie”, des dessins à l’encre de Chine représentant l’île de Saint-Barthélemy et ses paysages, est aussi largement d’inspiration asiatique.

Enfin, une partie de l’exposition sera consacrée aux “Versets botaniques”, de petites toiles aux couleurs pénétrantes représentants des plantes aux multiples propriétés.

 

« Mon travail reste un cabinet de curiosités », explique l’artiste, enclin à discuter ethnologie et philosophie. En ce moment, il lit Gilles Deleuze, et se plaît à étudier le monde au travers de concepts théoriques approfondis. « On vit dans un archaïsme total, on dirait que rien ne s’est passé depuis Descartes ». Dominique Rousserie est un libre penseur. Et tout ce qu’il demande à son public, c’est de se débarrasser de toute inhibition ou préjugé impliqué par la société dans laquelle nous vivons, pour s’ouvrir à la curiosité, la connaissance, l’art avec un grand A.

 

> “Terrae Incognitae”, du 14 mars au 16 mai au musée Wall House. Vernissage samedi 14 mar sà 18 heures. Entrée libre.

www.rousserie.net.



Journal de Saint-Barth N°1366 du 12/03/2020

Bilan de mi-mandat
Covid-19, la précaution demeure
Dominique Rousserie au musée