« Le Figaro 3 est à la hauteur des espérances »

Directeur de course de cette Transat en Double Concarneau – Saint-Barth, Francis Le Goff tire les premières conclusions de cette édition. En tête, évidement, le Figaro III, qui passait là l’épreuve de sa première transatlantique. 

 

Francis Le Goff, quelques jours après l’arrivée, quelles conclusions pouvez-vous tirer sur cette première Transat des Figaro 3 ?
« Ce n’est pas mal, il faut regarder par rapport à la moyenne des arrivées dans l’histoire de la Transat. Historiquement, elle se situe plutôt autour des 20 jours. Lors de la dernière édition, Adrien Hardy et Thomas Ruyant ont effectué le record absolu pour un Figaro 2 (18 jours, 11 heures et 48 minutes, ndlr). La première conclusion que l’on peut tirer, c’est que dès sa première traversée, le Figaro 3 a fait mieux (18 jours 5 heures, 8 minutes), alors que les conditions étaient moins favorables. »

C’est-à-dire ?
« Nous sommes plus tard dans l’année que lors de la Transat 2018, lors de laquelle le record avait été battu. A cette période de l’année, l’alizée est plus compliqué à aller chercher, le vent est plus au sud. En plus de ça, cette année, il y a eu énormément de sargasses encore plus qu’en 2018. »

Globalement vous êtes donc satisfait…
« Le bateau est à la hauteur des espérances. Avec des conditions similaires à 2018, la Transat aurait probablement été encore plus rapide. Le Figaro 3 tient ses promesses. Alors oui, il y a eu des petites avaries, mais rien d’anormal pour une flotte de 18 bateaux sur l’Atlantique. »

Quel est le secteur dans lequel le bateau change le plus ?
« D’après les skippers, il est beaucoup plus physique à certains moments, il demande beaucoup plus d’engagement. Il mouille davantage que son prédécesseur également. Jusqu’à maintenant, il n’avait navigué au maximum que 96 h. Un temps qui a été multiplié par 4,5. Il y a également eu des moments de glisse très intéressant dans le vent un peu plus fort. »

Des bateaux plus exigeants qui préparent donc potentiellement au courses plus « importantes » comme le Vendée Globe ?
« Les bateaux s’en rapprochent un peu plus. Avant il n’avaient pas de foils et les spis étaient symétriques alors que sur le Figaro 3, ils sont asymétriques, comme sur les bateaux du Vendée. C’est un bateau contemporain qui s’est mis dans l’ère du temps de la voile. »

Lors de la dernière édition, en 2018, certains duos avaient démâté au large du Portugal en début de course, cette fois, rien. Les bateaux sont plus solides ou les conditions étaient plus clémentes cette fois ?  
« Il n’y a pas eu trop de période comme au Portugal. Il y a eu des grosses vagues il y a trois ans. Au large des Canaries, lors du passage de La Palma, pendant 36, 48 heures c’est allé très vite. Il a fallu barrer, les pilotes automatiques des bateaux, n’étaient pas assez solides pour attaquer des rafales de 40 nœuds.

Vous avez décalé le départ de trois jours, de Concarneau, pour des raisons météo ?
«  On a décalé le départ de trois jours c’était une grosse dépression, mais les prévisions donnaient des conditions compliquées au large du cap Finistère. Bien sûr ça aurait pu passer sans risque pour les plus chevronnés. Mais il faut aussi dire que cette Transat est l’une des dernières courses dans laquelle les pros et les amateurs se côtoient. Et puis, même pour les plus chevronnés, une fausse manœuvre peut gâcher beaucoup de choses. »

Et encore une fois, vous avez eu droit à une arrivée dans des conditions somptueuses…
« C’est vrai, c’était un dimanche, en fin d’après-midi, tout y était, le soleil rasant, les locaux de Saint-Barth au rendez-vous pour fêter ensemble la victoire, ce qui n’était pas évident lors des mois précédents. »

Comment expliquez-vous ce changement de leadership ? Vous-même aviez annoncé les Sudistes potentiels vainqueurs à quelques jours de l’arrivée…
« La route Sud était plus de confortable, mais il y avait plus de sargasses aussi. Au niveau des conditions météo, nous savions une chose. Les conditions pour les sudistes étaient bonnes, mais avaient peu de chance de s’améliorer. Au contraire, dans le nord, difficile que cela soit pire que les conditions et en plus, la route était plus courte. Le vent ne pouvait pas y être plus faible et effectivement, il était même plus fort que prévu, ce qui a fait gagner les nordistes. »

Lorsque vous écoute, cette Transat semble merveilleuse. Pourtant, il y a trois ans, certains disaient que cette édition serait la dernière. Quelle tendance ?
« Cette transat a toute sa place dans le calendrier, elle permet la transmission et ça, c’est vraiment bien. Il faut que la voile française de haut niveau perdure et que les transmissions s’opèrent, cette Transat en est un parfait exemple. Il y a trois ans, il y avait des inquiétudes sur les nouveaux bateaux. Cela a été gommé. Au niveau de l’engouement populaire, je n’ai jamais rien vu de similaire que cette année. Je pense que c’est ce que recherche Saint Barth. Je ne sais pas ce qui empêcherait cette transat de se poursuivre, elle doit même donner très envie à des partenaires de s’associer à son nom. Il n’y a pas de raisons que ça ne poursuive pas. Après, je ne suis pas décisionnaire du tout, nous verrons. »

 

Journal de Saint-Barth N°5 du 03/06/2021

Journal de la Transat 2021 numéro 5