Pollution lumineuse : c'est pas Versailles, ici !

En dehors de Gustavia, les routes ne sont pas ou peu éclairées à Saint-Barthélemy, en particulier depuis Irma, ce qui représente un soulagement pour l’environnement. Toutefois entre les nombreuses habitations et les hôtels et villas aux allures parfois versaillaises, la pollution lumineuse est un sujet important sur l’île, auquel l’Agence territoriale de l’environnement s’était attaqué l’an dernier dans une brochure pédagogique à destination des professionnels du tourisme.

Insectes, chauve-souris, oiseaux, tortues, plantes...
Si l’impact environnemental d’un spot ou deux dans le jardin peut paraître dérisoire, il faut y regarder de plus près. Les premières victimes sont les insectes. Irrésistiblement attirés par la lumière, ils volettent comme fous autour de l’ampoule, jusqu’à mourir d’épuisement. Certains insectes n’ont que quelques jours de vie pour se reproduire ; or ils préféreront mourir sans descendance, sous une applique, ce qui réduit leur population. Selon la brochure en ligne sur le site de l’ATE, la chauve-souris, seul mammifère indigène de l’île, est particulièrement touchée par la pollution lumineuse, qui l’entrave dans sa quête alimentaire. Les oiseaux migrateurs éblouis par les lumières qui pointent vers le ciel peuvent perdre leur chemin, ne plus retrouver leur nid, s’épuiser en faisant fausse route. Les tortues de mer sont aussi concernées par les éclairages de plage. Elles choisissent les zones les plus sombres, ce qui réduit leur champ de possibilités (on a vu beaucoup de pontes cette année à Saline ou Grand Fond, zones les moins éclairées). Et à l’éclosion, les bébés se dirigent vers la lumière, cherchant l’océan. Les lumières sur la mer peuvent aussi perturber des cycles alimentaires sous-marins, modifiant la relation entre prédateur et proie. L’ATE cite le zooplancton, par exemple, qui aura tendance à remonter vers la surface, devenant une proie encore plus facile.
C’est moins connu, la végétation aussi souffre de la lumière artificielle. Pour pousser, les plantes ont besoin comme les humains d’un rythme jour/nuit. Le développement et la floraison peuvent être freinés voire bloqués par l’éclairage.
Le bonne nouvelle, c’est qu’il est assez facile de lutter contre la pollution lumineuse. Déjà, en supprimant toutes les sources de lumières inutiles la nuit (ne pas laisser les spots du garage ou de l’allée allumés, par exemple, et utiliser des minuteries ou détecteurs de mouvements). Deuxièmement, il faut bien orienter sa lumière : limiter au maximum l’éclairage en direction du ciel ou de la mer. Troisièmement, le choix des lumières est important. Moins elle est puissante, moins elle est blanche, moins elle impactera la biodiversité alentour.

Lors des Assises de l’environnement, en décembre 2018, le bureau d’études Artelia avait présenté ses solutions d’éclairage public intelligent (JSB 1306), qui permettent de maîtriser l’impact environnemental et la facture EDF. Artelia avait dénombré 600 points lumineux sur l’ensemble de l’île. En France métropolitaine, ils sont 11 millions, et utilisent l’équivalent de l’énergie d’un réacteur nucléaire, selon l’Ademe.


Journal de Saint-Barth N°1346 du 17/10/2019

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