Journée de grève pour les enseignants du groupe scolaire de Gustavia

Moins d’un mois après la rentrée, les enseignants du groupe scolaire de Gustavia ont déjà épuisé les réserves de patience et de sérénité accumulées pendant leurs « grandes » vacances. Mardi 5 octobre, ils ont ainsi pris la décision de suivre l’appel à la grève lancé à l’échelle nationale dans l’Education. Un mouvement qui n’est pas une première à Saint-Barthélemy pour le corps enseignant. Néanmoins, cette fois, il s’agit pour les professeurs de s’élever contre des problématiques récurrentes.

Epuisement et incompréhension
Dès l’annonce la grève, la Collectivité territoriale a organisé un service minimum de garderie au sein du groupe scolaire par le biais d’un accueil des écoliers de 8 heures à 15h30. Toutefois, dès 7h45, les professeurs en grève sont présents devant l’école élémentaire. « On veut montrer que l’on est là et pas à la plage », lance dans un sourire harassé une enseignante. Aux parents qui accompagnent leurs enfants, les grévistes expliquent la situation. « On ne fait pas ça pour vous embêter mais pour les enfants, parce qu’on ne travaille pas dans de bonnes conditions », insiste paisiblement une enseignante auprès d’une maman. A observer l’ambiance qui règne devant l’établissement, il ne fait aucun doute que les parents ont conscience de l’urgence de la situation.
Une institutrice souffle : « On est épuisé. On nous demande de boucher les trous depuis la rentrée. On ressent de la fatigue et de l’incompréhension. » Mais les grévistes n’entendent pas s’exprimer davantage. Du moins pas verbalement. Aussi, ils s’éclipsent afin de peaufiner un communiqué. C’est à travers ce document qu’ils décrivent les conditions dans lesquelles ils travaillent depuis trois semaines.

11 profs manquants à la rentrée
Dans un premier temps, ils dénoncent un « manque conséquent d’enseignants à chaque rentrée », puis détaillent : « Neuf manquants à la rentrée 2020, onze sur vingt-quatre en 2021. Le calendrier tardif du rectorat de Guadeloupe quant à l’affectation des enseignants - résultat du premier mouvement la veille des vacances de juillet et dernier mouvement d’affectation courant septembre -conjugué aux signatures tardives des contrats de nos collègues contractuels. A ce jour, il manque toujours six enseignants et des contrats sont toujours en attente de signature pour les enseignants déjà sur place. »
Les grévistes regrettent « une situation qui perdure et qui se répète chaque année en s’amplifiant ». Ils remarquent que « face à ces manquements », ce sont eux qui s’adaptent et parviennent, en se redéployant en fonction des besoins, à trouver des solutions qui permettent d’assurer les cours. « Néanmoins, cela a des conséquences directes sur la scolarité des enfants, assurent-ils. Afin de ne pas fermer une classe de CE1 (cours élémentaire de première année, ndlr), l’enseignante de la Toute petite section a été réquisitionnée. Tant que le poste en élémentaire ne sera pas pourvu, la classe de TPS ne pourra pas rouvrir. » Et les exemples se multiplient.

Projet pédagogique bouleversé
La directrice du groupe scolaire, qui supervise dix-neuf classes, a pris en main une maternelle. « Alors qu’elle devrait être totalement déchargée », remarquent les grévistes. Ils soulignent également le rôle de l’enseignante « maître E » du réseau d’aide pour la scolarité des élèves en difficulté.
Comme la directrice, celle-ci s’est vue attribuer un poste en élémentaire. Une charge qui ne lui a pas permis d’apporter l’aide attendue aux écoliers à la peine. Même cas de figure pour la « référente » bilingue. « Ce qui a des conséquences sur notre projet d’école basé sur le bilinguisme », pestent les grévistes. Parallèlement, deux postes de remplaçants ne sont pas pourvus. « Ceci entraînant des fermetures de classe en cas d’absence des professeurs », remarquent ces derniers.
Il va sans dire que l’ensemble de ces manques et autres dysfonctionnements vont avoir des répercussions sur le déroulement des cours et l’apprentissage des écoliers. En effet, comme le remquent les grévistes, « de nombreux élèves seront contraints de changer d’enseignants en cours d’année ».

Pas de salaire pour les contractuels
Par ailleurs, la situation financière des professeurs inquiète également les grévistes. De fait, ils soulignent un « retard dans le traitement des salaires pour l’ensemble des contractuels » puisque aucun de leur collègue n’a perçu sa paye pour le mois de septembre. Outre cette absence de salaire, les grévistes pointent du doigt d’autres handicaps d’attractivité dont souffre Saint-Barthélemy. « Les difficultés à se loger, la cherté de la vie et les conséquences sur le pouvoir d’achat », lâchent-ils sèchement avant d’insister sur une « différence de traitement entre les enseignants nouvellement nommés dans la même circonscription des îles du Nord ». Ils expliquent : « A Saint-Martin, l’indemnité de sujétion géographique (ISG) est plus de deux fois supérieure à celle accordée aux nouveaux enseignants de Saint Barth. » Selon les textes, le montant de l’ISG est de 14 mois du salaire (« traitement indiciaire ») brut de l’agent lorsqu’il est affecté à Saint-Martin et de 6 mois du salaire brut à Saint-Barthélemy.
Un autre problème que les grévistes ne soulèvent qu’en filigrane : les enseignants de l’académie nommés à Saint-Barth et qui refusent de venir. Cette année, pas un seul des onze affectés de Guadeloupe n’est venu. Une pratique malheureusement courante qu’il est possible d’observer à chaque rentrée dans certains territoires. Comme en Guyane où, lors de chaque rentrée, de nombreux enseignants du littoral usent de stratagèmes divers et variés pour esquiver leur affectation dans des établissements des communes situées le long des fleuves Maroni ou Oyapock.
Au lendemain du mouvement, les enseignants grévistes n’avaient pas eu de retour officiel de la part de leur hiérarchie. Sans l’appui des syndicats de l’Education, il est toujours plus compliqué de se faire entendre. Toutefois, pour l’heure, les grévistes d’un jour n’ont pas pris de décision quant à une suite éventuelle à donner à leur mobilisation.
 

Les effectifs d’élèves en baisse de 1,6%
Le vice-recteur de Saint-Martin et Saint-Barthélemy a dévoilé le bilan des effectifs pour la rentrée 2021/2022. Une baisse de 1% est constatée à Saint-Martin tandis qu’elle s’élève à 1,6% à Saint-Barth.
Dans l’école primaire publique, au 1er octobre, 377 élèves ont été comptabilisés. Soit une baisse de 6% par rapport au nombre d’élèves présents à la rentrée 2020. En maternelle, avec 132 élèves, la baisse est de 14,3%. 245 élèves sont inscrits à l’école élémentaire, ce qui représente une baisse de 0,8%.
Les écoles primaires privées sous contrat accueillent 416 élèves, soit une diminution des effectifs de 5,9% par rapport à 2020.
Seule exception, le collège qui avec 419 élèves enregistre une hausse de 7,7%.

Des vacances scolaires partiellement modifiées
L’Académie de Guadeloupe a dévoilé le vendredi 1er octobre le calendrier des vacances scolaires pour l’année 2021/2022. Celui-ci comprend quelques modifications par rapport aux dates habituelles.
Comme nous l’avions annoncé précédemment, les vacances de la Toussaint débuteront le mercredi 27 octobre pour s’achever le mercredi 3 novembre. Les autres dates sont les suivantes :
• Abolition de l’esclavage : le samedi 9 octobre.
• Noël : du samedi 18 décembre au lundi 3 janvier.
• Carnaval : du samedi 19 février au lundi 7 mars.
• Pâques : du mercredi 13 avril au lundi 25 avril.
• Pentecôte : le lundi 6 juin.
• Semaine de mai : du lundi 23 mai au mercredi 25 mai.
• Ascension : le jeudi 26 mai.
• Début des vacances scolaires : le jeudi 7 juillet.

Journal de Saint-Barth N°1441 du 07/10/2021

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