Steven Mercurio : « Carmen est l'archétype de la femme moderne »

La 36e édition du Festival de musique s’achève cette semaine, avec notamment l’opéra Carmen +, à voir et écouter vendredi soir à l’église de Lorient. Rencontre avec Steven Mercurio, chef d’orchestre et compositeur américain, à la baguette de cette soirée.

 

Depuis plus d’une décennie, Steven Mercurio, chef d'orchestre et compositeur américain, participe au Festival de musique de Saint-Barth. Il fait partie des fidèles de l’événement, en tant que maestro pour la populaire soirée d'opéra. Cette année, il est de retour pour diriger le programme Carmen + à l’église catholique de Lorient, vendredi 17 janvier à 20 heures, avant de se rendre à Prague samedi pour commencer les répétitions de la Symphonie n°1 de Mahler, en tant que directeur musical de l'orchestre symphonique national tchèque.

 

Comment décide-t-on de faire un opéra complet ou une soirée d’arias (voix seule, ndlr) ?

Parfois Frances DeBroff a une idée, que nous essayons de réaliser. Nous ne voulons pas faire seulement des opéras ou juste des temps forts, c’est bien de faire une combinaison. La décision est également basée sur les chanteurs que nous avons. Cette année, Frances voulait une soirée Carmen. Mais Carmen est un opéra qui a besoin d’un chœur, donc nous nous sommes retrouvés avec les temps forts, tous les grands airs et duos, toutes les chansons que vous pouvez faire sans chœur. C'était une partie d’un programme, mais nous devions encore remplir 15 ou 20 minutes. A la fin Carmen est également si triste, nous avons donc décidé d'ajouter de superbes chansons, comme une série de rappels plus optimistes et divertissants. Les spectateurs devraient vraiment profiter de la soirée.

 

Qui est votre Carmen ?

Son nom est Kristin Chavez. Quand j'ai parlé au ténor Richard Troxell de l'idée, il a évoqué la mezzo-soprano Kristin. Elle et Richard ont fait plusieurs fois Carmen ensemble. Ils sont heureux d’être invités et de participer au Festival. Ils seront accompagnés par la soprano Aubry Ballarò et du baryton Luis Ledesma qui a déjà participé également. Ils se connaissent tous de New York et de Philadelphie. J'ai donc un quatuor de chanteurs qui se connaissent et ont travaillé ensemble. C’est important pour moi, qu’ils aient déjà un sens de l’amitié.

 

Quel est votre secret pour rendre l’orchestre si bon avec si peu de répétition ?

Préparation, préparation, préparation. Je connais les musiciens et je les aime, ils sont tous excellents. Je leur donne le matériel dont ils ont besoin et je passe plus d'un mois à tout préparer, c'est beaucoup de travail de bibliothèque. Quand ils reçoivent les partitions, les archets sont tous là pour les violons et les rythmes, alors ils n’ont pas de difficulté.

 

Qu’est-ce qui fait de Carmen un favori intemporel ?

Une belle musique de Bizet, et Carmen est un excellent personnage, si provocante, elle est l’archétype de la femme moderne. Les gens sont attirés par sa force. Les quatre personnages principaux sont très amusants. Aucun opéra n'a été ainsi fait et refait, et adapté, il y a deux suites de violon et une suite de flûte, et le film Carmen Jones. Chaque génération se l'approprie. Fait intéressant, les Français ont écrit quelques-unes des meilleures pièces sur l'Espagne, de Carmen de Bizet au Boléro de Ravel. La nature érotique de l'Espagne parle aux Français. Il y a aussi tellement de magnifiques ballets de Carmen, comme les Habanera et Seguidilla, toutes les normes espagnoles, comme les danses latines que Bernstein a composé dans West Side Story. J'adore les rythmes de danse dans tout l'opéra, en plus de la grande qualité lyrique.

 

Qu'est-ce qui vous attire à Saint-Barth ?

La camaraderie des musiciens, et le fait d’amener des chanteurs ici. Tout le monde aime être sur cette belle île pour faire de la musique. Ici nous sommes tous égaux, et aimons cette expérience. Cette semaine à Saint-Barth est sacrée. Les musiciens intègrent cette semaine de vacances dans leur emploi du temps professionnel. Le Festival a toujours besoin d’un soutien financier, et nous pouvons nous occuper du côté artistique.

 

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L’amour est enfant de bohème

A sa première représentation le 3 mars 1875, Carmen choque et est immédiatement décrié, au grand dam de Georges Bizet, l’auteur, qui s’est inspiré d’une nouvelle éponyme de Prosper Mérimée pour composer cet opéra. Bizet meurt moins d’un an plus tard, et ne connaîtra jamais le succès retentissant de son œuvre : aujourd’hui, Carmen est l’un des opéras les plus joués au monde. Le mélange de comédie et de drame de la pièce, le sulfureux caractère de Carmen, la mise en scène inédite à l’époque qui comporte notamment des mouvements des chœurs, la longueur du spectacle, tout déplaît au public contemporain de Bizet. Pourtant aujourd’hui, qui ignore cette tirade de Carmen ?

« L'amour est enfant de bohème

Il n'a jamais jamais connu de loi

Si tu ne m'aimes pas je t'aime

si je t'aime prends garde à toi »

 

 

Programme

Festival de musique

 

Jeudi 16 janvier

Répétitions ouvertes  de la soirée opéra entre 10 heures et midi à l’église de Lorient (gratuit)

Musique de chambre, à 19 heures à l’église de Gustavia (30€)

 

Vendredi 17 janvier

Répétitions ouvertes de la soirée opéra entre 10 heures et midi à l’église de Lorient (gratuit)

Soirée opéra Carmen +,  à 20 heures à l’église de Lorient (50 euros)

 

Samedi 18 janvier

Soirée cinéma Maria By Callas à l’Ajoe,

à 19 heures (10 euros)

 

Dimanche 19 janvier

Soirée jazz à l’église anglicane de Gustavia,

à 17 heures (30 euros)

 













Journal de Saint-Barth N°1358 du 16/01/2020

Le cap des 10.000 habitants franchi
Johnny discrètement déplacé
Ecole de musique inaugurée