Saint-Barthélemy, horizon 2030

Une étude sur le devenir de l’île d’ici 15, 20 ans et plus sera publiée mi-décembre. Objectif : éclairer les décideurs, pour arriver à un équilibre entre vitalité économique et qualité de vie. Les auteurs livrent un premier aperçu de leur travail, à point nommé à quelques jours des Assises de l’environnement et de l’énergie.

 

L’étude porte sur l’aménagement du territoire, dans son sens le plus large : disposer les hommes, leurs activités, les équipements, en harmonie sur un territoire donné. Quel futur désire-t-on pour Saint-Barthélemy ? Comment équilibrer le l’économie florissante dont nous parlions la semaine dernière (JSB n°1304) avec la qualité de vie des 10.000 habitants de l’île ?

 

Le travail réalisé par le cabinet Verso Consulting, à la demande du CESCE*, dresse un diagnostic de la situation sur l’île, des projections de ce à quoi pourrait ressembler l’avenir, et formule des recommandations à destination de l’exécutif.

 

Démographie galopante

Avant tout, l’état des lieux de la situation a occupé les spécialistes durant quatre mois. Premier constat, souvent répété : le manque de données précises à Saint-Barthélemy est criant. Pour compléter les chiffres néanmoins existants, des entretiens avec une quarantaine de personnes (agents immobilier, notaires, professionnels du tourisme, de la construction, avocats, pêcheurs…) apportent à l’étude un caractère qualitatif. Ce travail a permis de dégager les grands enjeux du territoire.

 

D’abord sa démographie galopante. La population a augmenté de 48% depuis 1990. Et de 15% sur les dix dernières années. L’espace n’étant pas extensible, la densité a suivi cette courbe : 240 habitants au km2 en 1990, contre 464 en 2018.

Les besoins augmentent avec le nombre d’habitants : de 74.000 MW produits en 2002, la centrale EDF de Public est passée à 117.000 MW en 2016. « La consommation électrique par habitant est particulièrement élevée, comparé à d’autres territoires », note Hélène Girardeau, de Verso Consulting. Autre illustration de ce boom démographique, les chiffres du site de traitement des déchets. En 2017, 10.436 tonnes de déchets ont été incinérés, et plus de 7.600 tonnes exportées (l’année a été marquée par l’ouragan Irma, mais seulement sur ses derniers mois). Enfin, les besoins en importation croissent de la même manière : de 3.646 conteneurs réceptionnés en 2002, on dépasse les 8.000 en 2017, « alors que le port de commerce n’a pas tellement changé », ajoute Hélène Girardeau.

 

13.000 habitants en 2030 ?

A partir de ces données, projetons-nous dans l’avenir. Si le développement du territoire se poursuit dans les mêmes ratios, l’île comptera 13.000 habitants en 2030. L’usine d’incinération de Tiru devra augmenter sa capacité pour brûler plus de 15.000 tonnes de déchets par an. Les coûteuses barges d’exportation devront charrier plus de 10.000 tonnes de déchets vers les îles voisines. Et le port sera complètement saturé avec plus de 10.000 containers par an.

 

Voilà pour les chiffres. Quant à l’aspect qualitatif, il ne surprendra pas grand monde : la compilation des entretiens révèle le ressenti de nombre de résidents. Globalement, la qualité de vie est en baisse sur l’île (en terme de pollution, circulation, nuisances visuelles, sonores…). Les tensions sociales se renforcent. Pierre-Marie Majorel, président du CESCE, insiste sur le côté rétrospectif de ces considérations, le but étant d’analyser l’évolution du territoire, plus qu’une photo à l’instant T. « Quand vous débarquez de métropole, passer 20 minutes dans les bouchons à Gustavia, c’est rien, puisque vous avez l’habitude d’y rester trois heures ! »

 

Tensions sur l’île

La quarantaine d’interlocuteurs interrogés a aussi fait part de son inquiétude quand à l’arrivée de grands groupes sur l’île, « dont les objectifs de développement diffèrent avec les intérêts du territoire », souligne Hélène Girardeau. « Les agents immobiliers et notaires ont aussi évoqué des investissements affectifs devenus des investissements de rendement ou d’opportunisme. » Dans la même veine, comment ne pas parler de la crise du logement ? Si elle contribue à réguler le nombre d’arrivants sur l’île, elle « accentue l’éviction de compétences utiles à l’équilibre de l’île, voire de locaux. Et les entreprises sont freinées dans leurs activités par cette pénurie. » Si les écoles ont déjà du mal à conserver des équipes en place à cause de ce problème, il touche également les domaines de la santé, et s’étend à d’autres secteurs professionnels indispensables.

Pour compléter ce tableau, le nombre de chantiers sur l’île « pèse sur la qualité de vie autant que sur le tourisme, et nécessite un apaisement », indique Pierre-Marie Majorel.

 

Que faire ? Verso Consulting a listé de grands enjeux thématiques. En terme environnemental, d’abord : Saint-Barth doit opérer sa transition énergétique et écologique. D’où la pertinence des Assises de l’environnement et de l’énergie, qui devront faire office de coup d’envoi vers ce virage. Les infrastructures (port, aéroport, production et distribution d’eau et d’électricité, notamment) doivent être « dimensionnées, optimisées, sécurisées. » La question de l’accessibilité de l’île et de son approvisionnement est aussi centrale. La culture du risque et la résilience du territoire, soumis à de nombreux risques, doivent aussi ­persister.

 

Turn-over entre ouvriers et saisonniers

Plusieurs idées et recommandations concluent ce premier aperçu de l’étude. Avant tout, la Collectivité a besoin de recueillir, stocker et analyser les données de son propre territoire. « Sans information chiffrée, on peut se faire dépasser par les événements », commente Pascal Remblin, directeur du développement du cabinet Verso Consulting. « Il devient très urgent pour la Collectivité de se doter des outils qui l’aideront dans sa prise de décision. » « Nous ne sommes pas les seuls à être en carence d’un observatoire économique, de données. L’Iedom et l’Insee font le même constat », indique Pierre-Marie Majorel, qui milite pour la création de cet observatoire.

 

Deuxième point, la dé-densification de l’île. Pour cela, une idée déjà appliquée par la Collectivité est reprise : l’interdiction temporaire d’effectuer des travaux pendant la période touristique. « La durée d’interdiction pourrait être étendue, quitte à étendre aussi la validité des permis de construire », argue le président du CESCE. « C’est ce qu’ont décidé les copropriétaires de la Pointe Milou », rappelle Hélène Girardeau. « L’idée est de jouer sur l’élasticité de la population : on aurait moins d’ouvriers quand il y a beaucoup de saisonniers, et vice-versa. » Peut-être aussi une piste qui soulagerait légèrement la pénurie du logement.

Autre idée d’apaisement, la mise en place de poubelles semi-enterrées dans trois ou quatre points de l’île, pour qu’enfin cesse la prolifération des sacs poubelles assaillis par les chats errants au bord des routes.

Exemples parmi d’autres, ces propositions doivent « permettre d’entretenir la rareté et les valeurs d’exception de Saint-Barthélemy, en replaçant le tourisme d’excellence au cœur de son modèle économique, et en apaisant les tensions liées à la densification. »

L’étude sera mise en ligne sur le site du CESCE avant le 15 décembre.

 

(*) CESCE : Conseil économique social culturel et environnemental. Composé de membres de la société civile de Saint-Barth, il occupe une mission d’aide aux élus dans leurs décisions. www.cesce-stbarth.org.

JSB 1305







Journal de Saint-Barth N°1305 du 29/11/2018

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