Petit panorama de la « Saint-Barthosphère »

Il y a les petites annonces, l’entraide entre mamans, le partage de photos et souvenirs de l’île, les bons plans, les coups de gueule… Petit tour d’horizon de ce qu’il conviendrait d’appeler la « Saint-Barthosphère ».


D’abord, bien sûr, « Achetez, vendre, échanger sur Saint-Barth », fort de plus de 16.400 membres, ce qui en fait le groupe le plus suivi de l’île. Créé en 2013, il regroupe toutes sortes de petites annonces, troc, objet perdu, recherche logement… C’est le meilleur moyen de faire des bonnes affaires.

Dans la même veine, en 2015, s’est créé un groupe intitulé « Achetez vendre et avoir le droit de s’exprimer Saint-Barth ». Sans doute par un internaute déçu du caractère uniquement marchand ou pratique du groupe précité. Il rassemble près de 5.300 membres.

 

Radio Corbeau, le poil à gratter

Pour éviter de “polluer” les pages de petites annonces avec des grognes ou des débats divers et variés, des pages dédiées aux coups de gueule des uns et des autres se sont créées. En premier lieu “Radio Corbeau SBH”, lancée il y a cinq ans environ par Erick, 57 ans. La page réunit plus de 10.000 internautes, qui suivent les petites histoires de Saint-Barth depuis... quarante pays différents. « Quand je l’ai créée, j’avais un coup de gueule à passer, et finalement, je me suis pris au jeu et j’ai continué. Ça permet de s’exprimer, et il y a un gros volet de défense de l’environnement, ainsi qu’un peu d’humour », détaille Erick. Blagues, vidéos de nature, polémiques locales ou non, Erick ne s’interdit rien. « En ce moment, c’est le logement. Je radote un peu là-dessus... » Gérer une page qui regroupe autant de personnes, c’est un sacré travail de modération. « Je laisse tous les commentaires, jusqu’à un certain niveau. Si c’est insultant, je mets le holà. » Pas suffisamment pour le président de la Collectivité, qui a porté plainte contre un internaute qui avait posté un commentaire insultant à son égard sur la page Radio Corbeau. « Un jour, je me suis retrouvé à la gendarmerie », raconte encore Erick. « Mais je n’avais fait que relayer un article. Quand c’est moi qui écris, j’en prends la responsabilité. » Preuve lors des dernières élections territoriales, où Erick a soutenu la candidature d’Hélène Bernier. Aujourd’hui, il se range côté Gilets jaunes. Et hier, après l’attentat de Strasbourg, il publiait un texte expliquant pourquoi, selon lui, c’est le gouvernement lui-même qui avait fomenté l’attaque... De quoi déclencher un vif débat entre pro et anti théorie du complot. Et au fait, pourquoi ce nom, Radio Corbeau ? « Ça vient d’un film qui m’avait marqué dans les années 70. C’était un mec qui dénonçait ce qu’il se passait dans son village... C’est aussi un clin d’oeil au doux surnom des métropolitains à Saint-Barth. »

 

Coup de gueule pour « passer ses nerfs »

En 2017, la page « Coup de gueule à Saint-Barth » voit le jour, avec un concept similaire. « C’était surtout pour pouvoir passer un peu ses nerfs », commente l’un de ses créateurs, Cyrille. « C’est un peu un exutoire. » Là aussi, gros travail de modération. Sur les commentaires trop dérangeants, mais surtout sur les escroqueries en tous genres. « On reçoit des propositions de prêt, ce genre de choses, qui sont des arnaques. Sinon, ça reste bon enfant. » Régulièrement, pourtant, les claviers s’échauffent. Et les “dénonciations”, parfois nominatives, vont bon train. « On a beaucoup d’habitants qui dénoncent des petits larcins. Et le fait d’avoir passé leur coup de gueule, pour certains, a fait revenir les biens. »

 

Dans la foulée, Cyrille a fondé un deuxième groupe Facebook ,dans un tout autre genre : “Les plus belles photos de Saint-Barth” (5.700 adhérents). L’explication est dans le titre. « Ça cartonne, les gens sont super contents. Et avec le temps, ce groupe a fédéré plein de personnes, qui ont échangé leurs photos, et ont fini par se rencontrer en vrai. On a aussi beaucoup de gens de métropole qui suivent, et ça leur fait voir une autre image de Saint-Barth que ce qu’ils ont l’habitude de voir à la télé... » D’autres pages proposent aussi cet échange d’images entre passionnés : « Saint-Barth pour les intimes » permet notamment à 6.400 personnes d’échanger de magnifiques clichés de l’île.

 

Entraide et bons plans

Les 2.500 membres des « mamans de Saint-Barth » sont une mine d’informations pour tous les parents de l’île : questions d’écoles, maladies, allaitement, bon plan, échange de vêtement ou jouet... Tout y passe !

Même genre d’entraide dans le groupe des amoureux des animaux, Saint-Barth Animal Action. Créée il y a cinq ans par Manue, d’après le nom d’une association qui était alors en sommeil, la page regroupe près de 3.300 membres qui échangent des photos de leurs animaux, les naissances et adoptions, les bêtes perdues... « Au départ, c’était pour échanger des conseils, soins, faire des rencontres, du gardiennage... » Mais en l’absence de structure de type SPA, le groupe est devenu un véritable acteur de la protection animale. Manue martèle les messages sur l’importance de stériliser les chats, par exemple. Elle est aussi très souvent contactée pour toutes sortes de questions. « En une semaine, j’ai été appelée trois fois pour des soupçons de mauvais traitements sur des chiens. Il a fallu que je me rende chez les gendarmes. » Un travail qui serait bien simplifié si elle agissait en tant qu’association, plutôt qu’en tant que simple citoyenne administratrice d’un groupe Facebook. « Mais ça me prend déjà beaucoup de temps en tant que bénévole, alors une association, ce serait quasiment un boulot à temps plein ! »

 

Beaucoup d’investissement, alors que la gestion de sa page Facebook connue sous le diminutif de SBAA est déjà chronophage en elle-même. « Je surveille que les discussions ne débordent pas en pugilat, qu’il n’y ait pas de débordement. Et je refuse tout ce qui est image de cruauté ou d’animaux morts. Non pas que j’ignore les faits, mais si on peut éviter de les voir défiler à l’écran, j’aime autant. »

 

Les gendarmes sur Facebook

Un travail de veille à plein temps ou presque. Que réalisent peu ou prou les gendarmes de Saint-Barthélemy. Ils n’ont pas de page Facebook, mais ils suivent, comme 2.200 résidents, la page « SBH : circulation et contrôles ». Récemment renommée « SBH : circulation et cabris ».

 

Sur cette page, les gens s’informent en temps réel des problèmes de circulation et accidents de la route, mais aussi de la position des gendarmes... Gendarmes qui eux-mêmes postent parfois des informations sur une route bloquée ou un accident. Donner la position des forces de l’ordre, c’est une pratique qui fait débat en métropole, encore plus depuis les attaques terroristes. Mais après une longue procédure judiciaire à l’encontre d’un groupe Facebook similaire a été conclue en 2016 par la Cour de cassation, qui a jugé que la pratique était légale.





JSB 1307

Journal de Saint-Barth N°1307 du 13/12/2018

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