CBD dit "cannabis légal"

Le CBD, dérivé légal du cannabis, cartonne

Deux sociétés se sont lancées en 2020 dans la commercialisation du CBD à Saint-Barthélemy. Comme en métropole, ce cannabis quasi-dépourvu de THC, donc légal et sans effet psychotrope, fait des émules.

Ils sont deux à Saint-Barthélemy à avoir pris la vague du CBD. Johan, trentenaire, a créé sa société mi-mai, à l’issue du confinement. Il avait déjà lancé ce commerce à Blois, dans le Loir-et-Cher. Aucune raison que ça ne fonctionne pas à Saint-Barth aussi. C’est bien vu : son commerce en ligne de CBD, High Society SBH, lui a rapidement permis de laisser tomber le job d’artisan qui le faisait vivre jusqu’ici.
Sur son site internet, joliment habillé d’une photo de la baie de Saint-Jean, il faut promettre que l’on a 18 ans révolus avant d’accéder au catalogue. On promet, et la page d’accueil affiche tout de suite les décrets qui l’autorisent à vendre du CBD. Dans un packaging de style bien-être et naturel, toutes sortes de produits : huile de massage au CBD, chocolat au CBD, chewing-gums, sodas, pommades et baumes à lèvres, et même des compléments alimentaires pour chiens !

La fleur est la plus prisée
Mais surtout, un panel de thés et infusions très garnis, et classés dans la rubrique meilleure vente. « Ce qu’on vend le plus, c’est la fleur, sous forme de thé », explique Johan. Qui sait pertinemment que certains de ses clients fument l’herbe au lieu de l’infuser, malgré l’interdiction. Même chose du côté de Ronald, qui commercialise lui aussi du CBD via sa société d’import IDM Saint-Barth, depuis quatre mois. « Ça a été un carton plein, tout de suite», affirme l’entrepreneur.  

Qui achète ces produits ? «Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je n’ai pas une clientèle spécialement jeune. Et pour cause : eux ils cherchent du cannabis avec l’effet “défonce” procuré par le THC, du coup le CBD les intéresse peu », explique Ronald. « Mes clients ont plutôt 35 à 70 ans, et recherchent un effet relaxant, décontractant et anti-douleurs, une aide pour dormir. » Dans le fichier clients de Johan, beaucoup de femmes d’âge mur, qui consomment du CBD « pour dormir plus facilement. » La tendance de fond anti-médicament et de retour au naturel booste le CBD. « Elles veulent éviter les antidépresseurs ou les somnifères, et consomment le CBD en tisane. » «Les femmes ont plutôt un usage thérapeutique, les hommes plutôt récréatif », note Ronald. Johan vend aussi son CBD à des personnes plus jeunes, et habituées à la consommation de cannabis illicite. « L’herbe qu’on achète dans la rue est très chère. Et puis, on ne va pas se mentir, c’est de la drogue. Certains ont du mal à se l’offrir alors ils se tournent vers le CBD ; d’autres veulent retrouver le goût, sans avoir d’effet psychotrope », souligne Johan. « J’ai pas mal de demandes de clients de moins de 18 ans, je refuse systématiquement. Mais je crains que derrière, ils aillent se procurer de la “vraie”  herbe dans la rue », poursuit-il. Mésaventure que les deux commerçants regrettent : ils savent qu’on leur a acheté du CBD, pour le revendre plus cher sur la voie publique en le faisant passer pour du cannabis…  

Encore « borderline »
Aujourd’hui, le seul frein à l’ouverture d’une boutique, pour Ronald comme pour Johan, est le prix du loyer, qui ferait grimper le prix de la marchandise, lui faisant perdre sa compétitivité par rapport à tous les sites de vente en ligne et aux pharmacies classiques, à peine plus chères.

Les deux chefs d’entreprise sont incollables sur les substances, la législation et son évolution, et très prudents sur leur communication : ils ne veulent surtout pas être assimilés à des vendeurs de cannabis. Comme tous les professionnels du CBD, ils montrent patte blanche, respectent les consignes, conscients que certains aspects de leur commerce sont aujourd’hui « borderline », mot qu’ils emploient tous les deux. Conscients aussi du potentiel commercial du produit. Ils espèrent, comme l’ensemble de la filière, que la loi leur donnera un cadre plus précis dans lequel exercer sans se poser de question.

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La législation

En France la législation autour de ce commerce qui a explosé en 2018 est prudente, et un peu ambigüe en raison d’une opposition avec la loi européenne.
Dans notre pays la liste des variétés de chanvre autorisées à être cultivées fait l’objet d’un arrêté daté du 22 août 1990.
La plante elle-même doit contenir moins de 0,2% de THC. Comparativement, le cannabis illicite en contient entre 11% et 15%, mais c’est variable. Les produits à base de CBD (crèmes, huiles, biscuits, liquides pour e-cigarette, etc.) ne doivent contenir, eux, aucune trace de THC. Il est interdit de vendre du CBD à fumer ; mais il peut s’absorber en tisane, ou intégré à un plat ou un gâteau. Les pro-CBD le classent dans les compléments alimentaires. Les vendeurs vendent donc des sachets en affichant en gros l’usage en infusion, même si beaucoup de clients, une fois chez eux, vont le fumer. Les vendeurs ont aussi l’interdiction de faire la publicité autour de la fleur de CBD, trop ressemblante au cannabis illicite, et de promouvoir le côté thérapeutique éventuel de l’usage de CBD. Seuls les pharmaciens, profession règlementée, ont le droit de vendre des produits présentés comme curatifs ou préventifs. Ce qu’ils font avec le CBD, d’ailleurs. Le hic, c’est qu’en France théoriquement la fleur ne peut pas être commercialisée ; seules les graines et les fibres sont autorisées, dans les limites citées plus haut. Toutefois, la loi européenne autorise la commercialisation de la plante entière, et son export dans l’ensemble de l’espace européen. Un arrêté ministériel peut-il aller contre le principe de libre échange européen ? L’affaire se règle devant les tribunaux. En attendant, les commerçants profitent de cette grisaille juridique et font profil bas. Mais si le législateur venait à autoriser et encadrer plus clairement cette substance, l’attente des consommateurs est telle que ce serait le jackpot assuré pour tous ceux qui ont pris de l’avance dans ce commerce. Il paraît difficile, maintenant que le marché existe, d’y mettre fin. En attendant, les vendeurs de fleurs de cannabis recommandent d’éviter de voyager avec, et de conserver la facture pour prouver, le cas échéant, qu’il s’agit bien d’herbe légale, dépourvue de THC.

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THC et CBD
Le cannabis contient deux molécules distinctes, le THC (pour tétrahydrocannabinol) et le CBD  (pour cannabidiol). Le premier est un psychotrope, qui agit directement sur le cerveau, et peut avoir de graves conséquences notamment sur les plus jeunes consommateurs. Le second a un effet relaxant, agit sur les circuits de la douleur, et ne présente pas de danger selon l’OMS. L’institution indique qu’il serait pertinent de conduire des études plus poussées sur le CBD.

Journal de Saint-Barth N°1390 du 23/09/2020

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