« La PMA reste une épreuve, mais une fois que tu as réussi, tu oublies tout le reste »

Alors qu’à Paris, dimanche, des milliers de personnes ont défilé contre l’ouverture à toutes les femmes de la procréation médicalement assistée, rencontre avec des femmes de Saint-Barth qui ont eu recours à la PMA en Espagne.

 

Des jumelles qui doivent naître ces jours-ci. C’est l’aboutissement pour Hélène Bernier et son épouse Nancy d’années d’efforts psychologiques et financiers. Leurs filles ont été conçues grâce à la PMA (procréation médicalement assistée), effectuée en Espagne puisqu’en France, elle n’est pas encore autorisée pour les couples de femmes. L’Assemblée nationale a donné son feu vert le 27 septembre, dans le cadre de l’examen de la loi bioéthique, pour que les femmes célibataires ou lesbiennes aient elles aussi accès à la PMA. Le Sénat doit se prononcer en janvier.

 

Cette adoption par les députés a poussé des milliers de personnes à défiler dans la rue dimanche, à l’appel notamment de la Manif pour Tous. Ils étaient 42.000 selon la police, 600.000 selon les organisateurs. “Un papa, une maman” : les slogans de 2013, au moment du rude débat sur le mariage homosexuels, ont été ressortis, mais la mobilisation a été bien moins importante.

 

Nancy, sur le point d’accoucher en métropole, a bien sûr suivi ce mouvement de grogne. « Il y a des milliers d’enfants de couples hétéros qui n’ont pas de père, des enfants qui ont leur deux parents mais sont très malheureux… La famille, aujourd’hui, ce n’est plus un papa une maman », commente-t-elle. « Finalement, les couples de femmes n’ont pas le droit à la PMA en France, mais une fois l’enfant né, il est reconnu lors de l’adoption plénière. La loi bioéthique va enfin remettre tout ça à plat et mettre fin à une certaine hypocrisie. » Dans la clinique qu’elles ont choisie, elles ont rencontré 80% de Français, « hétéro comme homos ».

 

« Un beau combat »

Les deux femmes décrivent un « véritable parcours du combattant » pour parvenir à procréer. C’est au terme de près de cinq ans de tentatives et de voyages entre Saint-Barth et l’Espagne que Nancy est finalement tombée enceinte. « C’est élitiste, car ceux qui n’ont pas les moyens d’aller en Espagne ou en Belgique ne peuvent tout simplement par accéder à la PMA. D’autant qu’on n’est jamais sûr que ça va fonctionner », souligne Hélène. Les billets d’avion ne peuvent être pris à l’avance, puisque les rendez-vous se font en fonction du cycle ; il faut pouvoir s’absenter de son travail au dernier moment ; avec souvent au bout de la démarche, la lourde déception que cela n’ait pas fonctionné. « Pour tout couple, les échecs sont difficiles à surmonter », admettent Hélène et Nancy. «La PMA, ça reste une épreuve. Il faut être solide. Mais une fois que tu as réussi, ça te fait oublier tout le reste… »

 

Habitante de Saint-Barth, Angélique est justement en train de réaliser sa seconde tentative. Elle a débuté les démarches il y a un an, et espère bien que cette fois sera la bonne. Elle est concentrée sur son combat, « un beau combat, un gros investissement dans tous les sens du terme. Mais on le savait, ce sont des paramètres à prendre en compte avant de se lancer. » Financièrement, le coût est d’autant plus lourd quand on vit aux Antilles. «La distance, c’est ce qu’il y a de plus compliqué. Au mois de mai, je n’ai pas réussi ; si j’avais été sur place on aurait pu faire une nouvelle tentative tout de suite. J’ai mis ma vie professionnelle entre parenthèse pour cela, en espérant que ça marche. »

 

Manif pour Tous ou pas, il semble que la PMA sera bien d’ici quelques mois ouverte à toutes les Françaises. « C’est super que la France l’autorise enfin », commente Angélique. « En même temps, il fallait bien que ça arrive. Il y aura toujours des gens pour manifester, ça ne changera rien. » « On est contentes, il est temps que la France rattrape son retard sur les pays limitrophes », concluent Hélène et Nancy. Toutes à leur bonheur de devenir enfin mères.

 

JSB 1345


© Flickr/CC Susan


Journal de Saint-Barth N°1345 du 10/10/2019

Layla Berry élue Miss
Rebondissements au cimetière de Lorient
Saint-Barth Handicap