La Pigeonnière antan lontan

Trois générations de la famille Magras font revivre La Pigeonnière, petit bar-épicerie du quartier Colombier, ouvert dans les années 50. En 2019, rien n’a changé (ou presque).


Une affaire de famille. Derrière le comptoir, samedi, Steve et Julie s’affairent et servent la galette promise aux clients. Le père de Steve, Ernest, accueille les habitués. Il est le gérant du lieu, avec son frère Eric. Denise, leur mère, supervise tout ça du coin de l’œil. « La patronne, le socle, c’est elle », glisse Ernest Magras.

Fermée depuis le décès de son premier propriétaire, Jean Magras, en 2015, La Pigeonnière a repris du service fin décembre. Un lieu historique du quartier de Colombier, créé dans les années 50 et chargé d’anecdotes. « Une veille de Noël, ça jouait de l’accordéon, un Suédois qui passait par là a entendu ça et s’est arrêté. Ce sont les premières bribes de l’Asbas (Association Saint-Barth des amis de la Suède, ndlr) », raconte Ernest Magras. Dans le bar, des vieux cadres évoquant la Suède sont toujours accrochés, « et il y a une armoire pleine de présents. » Car Jean Magras, depuis son bar La Pigeonnière, a été l’un des artisans de l’amitié entre l’île et le royaume. Il a été décoré de l’Ordre Royal de l’Etoile Polaire en 2003. « Le roi de Suède est même venu ici ! » assure Ernest.


Rockefeller consomme à crédit
Autre illustre visiteur, le banquier David Rockefeller. « Il avait acheté à Colombier et passait là, à pied, car ce n’était qu’un chemin de terre à l’époque. Il s’arrêtait de temps à autres boire un verre avec ses amis. » Le milliardaire aurait même, un jour, bénéficié d’un crédit pour payer ses consommations. Une dette honorée rubis sur l’ongle au bout de 24 heures.

Ernest Magras ne cache pas son émotion de revoir La Pigeonnière pleine de vie. « J’ai passé mon enfance ici. Quand j’avais 5-6 ans, mon père me mettait à la caisse, pendant qu’il construisait sa première dorie dans la pièce d’à côté. Les gens jouaient à la belote, aux dominos, au jeu des gros sous, et chantaient des chants de marins. Les femmes faisaient leurs commissions pendant que leurs maris étaient, pour beaucoup, partis travailler à Saint-Thomas. Ils payaient le tout en rentrant à Saint-Barth. Il y avait aussi un peu de troc dans l’épicerie, les gens avaient très peu de moyens. »

Attablés, les clients ont vite retrouvé leurs habitudes entre les jeux de cartes et les discussions animées. Au bar, Steve et Julie ont apporté leur touche de modernité avec une carte de cocktail, et ont aussi fait entrer la Pigeonnière au XXIe siècle avec une page Facebook et un site internet dédiés.

Les fidèles du bar épicerie de Colombier, ont réinvesti les lieux avec plaisir. « Ça va m’inciter à venir jouer à la belote plutôt que rester sur mon lit ! » rigole l’un d’eux. Qui demande déjà des horaires d’ouverture plus larges, en particulier le dimanche matin, pour une partie de cartes après la messe...

> www.lapigeonniere.com et Facebook La Pigeonnière Saint-Barth.


JSB 1311



Journal de Saint-Barth N°1311 du 17/01/2019

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