Oui aux légumes d’ici

Qui a dit que rien ne poussait sur cette île sèche ? Des initiatives locales prouvent le contraire, et sont en plein développement 

Manger des tomates qui ont poussé à Saint-Barthélemy, sans pesticide ni usage outrancier d’eau, c’est à la portée de l’île. En effet, quelques cultivateurs parviennent à faire sortir de terre des fruits et légumes qui n’ont rien à envier à leurs cousins métropolitains. On est loin d’une autosuffisance agricole, mais des projets types Amap et jardins collectifs ont de l’avenir. C’est l’objectif final de Jean-Baptiste Barre, de la Ferme des Sucriers. « La base, c’est le compostage », commence le fondateur de cette association. « Au lieu de brûler les matières organiques, on peut les transformer. Ensuite, il faut créer un paillage pour le sol, avec le compost en sous-couche. Ça, ce sont les rudiments. »

Avec cette technique, associée à l’étude du calendrier lunaire, Jean-Baptiste parvient à déguster ses propres patates douces, ignames, ananas… «En ce moment, j’ai chez moi des poivrons, des aubergines, des tomates. » Le compost nourrit le sol sec et compact de Saint-Barthélemy et limite les besoins en arrosage. « Et ça tient à un mètre carré d’espace au fond de son jardin. »

Le développement de cultures à plus grande échelle est limité par le sempiternel problème de l’île : le manque d’espace. Or, des solutions existent, comme « les tours à patates douces ». Il suffit d’un grillage en cylindre, et les légumes poussent en hauteur. « L’idéal est aussi de créer un ombrage à l’aide de plantes grimpantes, et d’associer des variétés qui s’entraident les unes les autres. Par exemple, le trio parfait : maïs, courges, haricots. L’un décompacte la terre, l’autre retient l’azote, le dernier sert de tuteur. » Pour l’instant, la Ferme des Sucriers partage ses compétences avec qui est intéressé. Mais le but final est de trouver un terrain pour produire davantage, et créer un jardin communautaire.

Des poissons font pousser les tomates

Autre technique qui fonctionne : la culture hors sol. Dans des structures en hauteur, pour éviter de n’utiliser trop d’espace, et offrir aux plantes un terreau optimal. Ou encore l’hydroponie, où elles poussent non pas dans la terre, mais dans un substrat (billes d’argile, sable…). Enfin, technique en vogue dans les jardins de Saint-Barthélemy, l’aquaponie. L’eau est utilisée en circuit fermé, et ses éléments nutritifs sont renouvelés par des poissons.

Ainsi, la Ferme de Vitet, qui vend des paniers de légumes, principalement des salades et des aromates, utilise avec succès ces techniques. « Le principal, c’est que ce soit sous serre, c’est à dire à l’abri des fortes pluies qui peuvent tout détruire en quelques minutes», indique Marie. « Il faut aussi pouvoir contrôler l’ensoleillement grâce à des ombrières. Enfin, la serre évite l’invasion de nuisibles. Ici, on a beaucoup plus de papillons qu’en métropole. En une nuit, les chenilles peuvent tout dévorer... »

Actuellement, la Ferme de Vitet se remet de l’ouragan Irma. Tout comme Green Forever, qui fait pousser à Grand Fond toutes sortes de légumes et herbes aromatiques. « Tomates, concombres, poivrons, piment, moutarde, roquette, coriandre, basilic… » énumère Benoît Thiry, le responsable. Là aussi, les légumes poussent sous serre, en version hydroponie (« et même bioponie, car c’est de l’hydroponie biologique ») dans de la fibre de coco, et en version traditionnelle, en pleine terre. « Cela fait 13 ans que je fais pousser des légumes sur l’île, et ça fait deux ans qu’on a le terrain », raconte Benoît. Il vend des paniers garnis à 25 euros, très demandés, et fonctionne comme une Amap : chaque samedi, les clients passent chercher leur panier. « Les légumes, avant Irma, on les vendait aux locaux, et les fines herbes aux restaurants de l’île. » Irma a mis un coup de frein à l’activité, et pour la prochaine saison cyclonique, les serres et tout le matériel sera démonté et abrité. Mais avant cela, les collaborations avec les restaurateurs de Saint-Barthélemy étaient en plein développement.

Bilan : les idées sont là, l’envie aussi, sans parler de la demande. « On peut garder un aspect attractif pour les touristes, en développant ce genre de choses », estime Jean-Baptiste. « C’est une solution durable pour l’île. »

 

JSB 1268




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