Edito. Un couvre-feu pour sauver l’économie, à Saint-Barth ?

Depuis le vendredi 7 janvier, par arrêté préfectoral, un couvre-feu a été instauré à Saint-Barthélemy. Encore. Il sera en vigueur pour une durée de quinze jours, ou davantage. De minuit à 5 heures dans un premier temps et, depuis hier soir (mercredi12 janvier), de 23 heures à 5 heures. Pour s’aligner sur les horaires de Saint-Martin. Par « équité », comme le précise la préfecture, donc sans rapport direct avec la situation sanitaire propre à Saint-Barthélemy. Ce couvre-feu s’accompagne d’une interdiction d’investir les pistes de danse, d’une fermeture des deux discothèques de l’île, du retour du port du masque dans les bars et les restaurants pour les personnes qui quittent leur table et de la généralisation du passe sanitaire à l’ensemble de ces établissements. Des mesures destinées à « freiner », dixit la préfecture, la forte hausse du nombre de cas de Covid-19 enregistrée lors des dernières semaines. Toutefois, comme le souligne le préfet Serge Gouteyron, elles ont surtout pour objectif « d’éviter une perturbation économique profonde ». Allons bon, voilà qui est nouveau ! Officiellement, à tout le moins. Il ne s’agit donc plus uniquement d’une question de santé publique.

Rappelons qu’après le confinement, les motifs impérieux et les couvre-feux en série, un vaccin a fait son apparition. Décrié, rejeté, vilipendé par de nombreux réfractaires à son utilisation pour des raisons diverses et variées. Les scientifiques l’ont répété à l’envi : le vaccin ne fonctionne qu’un temps et n’est pas efficace à 100%. Mais il protègera et empêchera le développement de formes graves du virus. Dont acte.

La population de Saint-Barthélemy dans sa grande majorité a suivi le protocole. Pour atteindre une « immunité ». Pour s’extirper de cette crise. Pour pouvoir aller et venir à sa guise. Une dose, deux doses, bientôt trois. Plus de 80% de la population est désormais vaccinée. Et, manifestement, ça fonctionne. Malgré l’arrivée de milliers de touristes - officiellement vaccinés pour entrer sur l’île - et presque autant de saisonniers - tout aussi officiellement vaccinés - Saint-Barth n’a comptabilisé que deux patients hospitalisés parce qu’atteints du Covid tout au long de cette période.

Pourtant, jamais l’île n’a dénombré autant de nouveaux diagnostics positifs. Officiellement, 446 entre le lundi 27 décembre et le mardi 4 janvier, auxquels s’ajoutent 481 nouveaux cas la semaine dernière. Officieusement, il y en a nettement plus, c’est certain. Des malades, des patraques, des exténués, mais aucun cas grave hospitalisé ni d’évacué vers Saint-Martin. Malgré la Festive, malgré l’oubli des gestes « barrière », malgré des imprudences, malgré un souffle de vie et d’envie.

Le virus est toujours là. Sans doute le sera-t-il toujours, comme bien d’autres. Il affecte, infecte, cloue au lit parfois. Mais le sien. Plus celui de l’hôpital, ou si peu, du moins à Saint-Barth. Le problème, à écouter le représentant de l’État, est donc que ces malades risquent de nuire au bon fonctionnement de l’économie. Par le Diable ! Il pourrait empêcher la société de tourner. Ou plutôt de tinter, sonnante et trébuchante. Alors ? Alors couvre-feu, fermeture des lieux de fêtes, retour de restrictions bien souvent qualifiées d’absurdes. Sans doute à raison, du moins pour certaines et particulièrement aujourd'hui à Saint-Barthélemy.

Plusieurs questions restent alors en suspens : combien de temps encore ? Combien de couvre-feu ? Combien de fermetures, d’interdiction de se lever sans masque dans des restaurants et des bars ouverts au vent, de danser ? Que faut-il ? 100% de la population vaccinée et plus un seul malade, ni du Covid ni de rien ? Compliqué, non ?

Répétons-le, le virus est là et le sera sans doute encore longtemps. Chaque épidémie nouvelle s’abat en cinq à huit vagues successives, sous des formes de plus en plus affaiblies. Comme cet Omicron voyageur mais visiblement peu costaud qui, par ailleurs, semble davantage contribuer à renforcer une immunité qu’à envoyer ses « victimes » aux urgences. Même s’il y en aura toujours, pour des raisons médicales annexes. Néanmoins, couvre-feu et restrictions.

Est-ce pour préserver « l’économie » ou, plus sûrement, pour contenter et rassurer Paris après le retour de l’état d’urgence sanitaire ? Quand bien même la situation locale ne le justifierait pas. Ou est-ce, peut-être, tout simplement pour « emmerder » les non vaccinés, comme le dit si élégamment le président de la République, sans doute en manque de conflit domestique ? Dans ce dernier cas de figure ce serait du temps perdu puisque, à en croire les chiffres de la vaccination, ces réfractaires ne semblent plus guère nombreux sur l’île.

En réalité, désormais, c’est bien la population dans son ensemble qu’on « emmerde ». Car ce n’est plus elle que l’on entend protéger, puisqu’elle est dans sa grande majorité vaccinée ou qu’elle a déjà contracté le virus et s’en est remise. Non, c’est « l’économie » qu’il faut préserver. A Saint-Barth, vraiment ? Après des mois de novembre et de décembre d’excellente facture, de l’avis même des professionnels ? Que l'État se rassure, l'économie de Saint-Barth se porte à merveille. Enfin, sauf pour les établissements qui encaissent les fermetures à répétition ou une réduction néfaste de leur activité.

Quoi qu’il en soit, les gens qui aiment à savourer la vie nocturne de l'île vont devoir se coucher plus tôt pendant quinze jours, un mois, ou plus. Idem pour les amateurs de danse ou de grandes tablées, qui sont invités maîtriser leurs envies festives. Sans vraiment, désormais, comprendre pourquoi.

 

 

Journal de Saint-Barth N°1455 du 13/01/2022

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