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« Alerte homme à la mer » : une soirée avec les sauveteurs de la SNSM

Les sauveteurs en mer sont tous bénévoles. Pour faire face à des situations extrêmes, ils doivent s’entraîner régulièrement. Nous avons suivi un exercice en conditions réelles.

19h09, un jeudi soir. La petite trentaine de bénévoles de la SNSM Saint-Barth reçoivent tous le même message sur leur groupe privé Whatsapp : « Alerte homme à la mer. Secteur Pain-de-Sucre aux Petits-Saints. Nécessaire d’avoir des yeux, des nageurs, du personnel médical ». Disponible ou pas, chacun envoie sa réponse immédiatement. Cinq équipiers répondent présents. Ils arrivent en courant. Cinq minutes plus tôt, ils venaient de fermer leur bureau, de commander une pizza, ou de commencer une soirée entre ami. Ils ont tout laissé en plan pour venir. Ils sont ostéopathe, paysagiste, photographe, mécanicien auto... « Tous nos sauveteurs sont des actifs, explique le patron de la SNSM, Jérôme Pellerin, c’est pour cela qu’il nous faut compenser en ayant un maximum de membres. Cela permet de jongler avec les emplois du temps de chacun. » Arrivé à bord de la vedette des sauveteurs en mer, Capitaine Danet, ils apprennent que c’est un exercice. C’est un des sauveteurs qui joue le rôle de la victime pour la simulation. Il faut agir comme si l’alerte était réelle. Les premiers arrivés démarrent le navire pour faire chauffer les moteurs. Ils préparent le matériel : civière, planche de sauvetage, bouée, collier cervical. Mais aussi palmes et casques pour ceux qui devront se jeter à l’eau. Chacun se répartit rapidement les rôles. Certains guettent à l’aide de « searchlights », lumières ultra-puissantes pour éclairer de nuit et d’une caméra thermique, un autre tient la barre, une autre se prépare à assurer le suivi médical une fois la victime à bord. Deux nageurs vont sauter à l’eau. L’un d’entre eux est une nouvelle recrue, c’est son tout premier exercice avec les sauveteurs en mer. Jérôme Pellerin l’a invité à venir malgré tout : « Chacun doit être polyvalent. Nous les formons pour cela. Parce qu’on ne sait jamais pourquoi on part, ce qui peut se passer durant l’intervention. » Le patron de la SNSM le reconnaît pourtant, se jeter en mer en pleine nuit peut être déstabilisant.
A 19h27, il envoie un nouveau message aux membres via Whatsapp : « Nous appareillons ». Sous-entendu : si vous n’avez pas vu le message, pas la peine de se manifester. « Normalement, nous partons environ 20 minutes après l’alerte donnée par le Cross Antilles-Guyane. Même si parfois, nous pouvons être ralentis par des problèmes de réseau ou de circulation. » Depuis peu, les sauveteurs ont un badge qui leur permet de se garer dans l’urgence sans risquer une contravention.
Ce soir-là, la mer est calme. C’est rarement le cas pour les sauvetages. « En général on sort quand les autres rentrent. » Où se trouve la victime ? Dans quel état est-elle ? Est-elle à la dérive ou sur un rocher ? Bien sûr, cette fois-ci, Jérôme Pellerin le sait. Mais il n’en dit rien à l’équipage. « C’est souvent comme ça quand on part en intervention, je n’ai pas beaucoup plus de détails. » La semaine précédente, les sauveteurs ont cherché durant plus trois heures un navire de migrants qu’ils pensaient être à la dérive en pleine nuit... Il s’est avéré être sur une caye... En Guadeloupe. Ses passagers paniqués ignoraient où ils se trouvaient lorsqu’ils ont donné l’alerte.
Grâce aux lumières de recherche, les sauveteurs aperçoivent finalement celui qui tient le rôle de la victime sur un rocher. Les deux nageurs se jettent à l’eau avec une civière. La mer bouge de plus en plus. Ils doivent parvenir à gérer les ressacs pour déposer la victime dans la civière le plus délicatement possible. Dans le scénario pré-écrit, elle est blessée à la tête. Elle va s’évanouir durant le transport. Une fois à bord de la navette, c’est Maïlys, l’ostéopathe formée aux premiers secours qui prend les constantes et apporte, si nécessaire, des soins. Les autres doivent maintenir la civière pour éviter qu’elle ne bouge quand la mer est agitée. Une difficulté supplémentaire lorsqu’il y a plus d’un blessé. Dans toutes les situations, ce que les sauveteurs craignent, c’est un sur-accident : un sauveteur blessé du fait des mauvaises conditions, une victime qui se blesse à nouveau à bord de la vedette, etc.
Arrivé au port, vient le moment du débriefing. Comment améliorer la communication entre les nageurs et l’équipage de la vedette ? Être plus visible de nuit ? L’enjeu, c’est aussi d’avoir une cohésion de groupe, de développer des automatismes face à des situations d’urgence. « Plus on s’entraîne, plus on a l’habitude de travailler ensemble », conclut Yannis Delvas, patron suppléant. C’est pour cela que chaque semaine les bénévoles se retrouvent pour des entraînements. Mais heureusement pour eux, la plupart sont planifiés, et en piscine.


Pour se porter volontaire ou pour plus d’information : 06 90 64 08 07
Pour donner : https://bit.ly/3v9aAZl

 

Journal de Saint-Barth N°1414 du 11/03/2021

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