Le 6 décembre dernier à Saint-Barthélemy, le ministre de la Justice Gérald Darmanin présidait une réunion consacrée à la lutte contre le narcotrafic dans le bassin caribéen. Une grand-messe qui a notamment réuni des magistrats, le commandement de la gendarmerie et celui du service des douanes. Quelques semaines plus tard, une étude de terrain publiée par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) concerne directement les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Elle met particulièrement en lumière les spécificités des deux territoires en matière de trafic et de consommation.
Des « spécialistes de la logistiques »
Saint-Martin est présentée comme « un maillon de la chaîne logistique du trafic de cocaïne entre les pays producteurs d’Amérique du Sud et l’Europe ». Les passeurs y trouvent une route aérienne permettant de déjouer le renforcement des contrôles en Guyane, Guadeloupe et Martinique, explique l’étude. Le « rôle stratégique » dans le trafic joué par Saint-Martin, en particulier de cocaïne, est donc mis en avant. Avec « des trafiquants considérés comme des spécialistes de la logistique », précise un représentant de la gendarmerie.
L’usage du cannabis est décrit comme « relativement courant » sur les deux îles. Pour la cocaïne, sans grande surprise, une « présence marquée » a été notée par les auteurs de l’étude. « A Saint-Martin, le prix au gramme relevé au moment de l’enquête se situe entre 15 et 20 euros, soit environ trois fois inférieur à celui observé en France hexagonale en 2023, compris entre 50 et 60 euros, est-il indiqué. À Saint-Barthélemy, les usagers rapportent des tarifs compris entre 20 et 50 euros le gramme, des différences pouvant s’exercer en fonction du profil de l’acheteur et de la relation entretenue avec le revendeur. »
Toutes les classes sociales touchées
A Saint-Barth, la « culture festive » et la dimension réduite de l’île facilitent les connections entre les vendeurs et les consommateurs. Les personnes interrogées dans le cadre de l’étude évoquent une consommation « répandue » et facile d’accès. Il y est fait le constat d’une « normalisation de l’usage de cocaïne » qui est renforcée par « l’hétérogénéité » des publics concernés : des touristes aux travailleurs saisonniers jusqu’aux résidents permanents. Une professionnelle de santé témoigne : « Ce dont je me suis rendu compte depuis plus de dix ans, c’est qu’on a de tout [dans notre service de soins]. C’est-à-dire n’importe quelle classe sociale, que ce soient les architectes, les chefs d’entreprise, le milieu de la restauration, en cuisine. Le bâtiment aussi. »
Les auteurs de l’étude se penchent évidemment sur les raisons qui poussent à la consommation. « Dans les secteurs professionnels recourant largement aux saisonniers, l’usage de cocaïne est renforcé par la place centrale de la fête dans le quotidien professionnel, est-il précisé. L’évitement devient alors difficile pour de jeunes travailleurs en interaction constante, d’autant que la consommation d’alcool et son caractère désinhibant peuvent être facteurs de consommation, dans un contexte d’usage parfois lié à l’intégration au sein d’un groupe. » un « glissement vers un usage quotidien » est l’une des conséquences rapportées. En revanche, l’étude n’évoque qu’en filigrane la consommation liée au tourisme. Sans doute en raison de la difficulté à recueillir des témoignages.
Quoi qu’il en soit, tandis que Saint-Martin est décrite comme « un élément central du réseau transatlantique à destination de l’Europe », Saint-Barthélemy « se positionne davantage comme une île de destination des substances ».
À Saint-Barth, l’étude souligne le fait que l’offre de soins en addictologie «repose intégralement sur les dispositifs implantés à Saint-Martin». Si le CSAPA (centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) ainsi que le centre médico-psychologique (CMP) de Saint-Martin proposent des permanences ou des maraudes à Saint-Barth, aucune structure dédiée n’est présente à temps plein sur l’île. Ce qui n’est pas sans complexifier la tâche des acteurs sociaux et médico-sociaux.
