La nouvelle carte d’urbanisme dont la consultation s'est terminé ce mercredi ne comporte pas de nouveau projet pour la propriété Rockefeller à Colombier. ©Geoportail

Quel devenir pour la propriété Rockefeller à Colombier ?

Le zonage retenu en 2017 pour la grande propriété Rockefeller à Colombier avait été retoqué par le tribunal administratif. Pour l’instant la carte en cours de révision ne mentionne pas de changement pour ce domaine hautement symbolique, mais la réflexion sur son avenir est bien avancée.

Un site historique puisqu’il abrite la toute première villa de luxe construite à Saint-Barth, faisant basculer le destin de l’île vers l’abondance que l’on connaît aujourd’hui ; mais aussi un espace naturel unique qui domine l’une des plus belles baies de Saint-Barthélemy, intégrée à la réserve naturelle marine.

Quel devenir pour Colombier? Si beaucoup aimeraient voir demeurer ainsi le secteur, d’autres regrettent le fait que l’habitation Rockefeller soit abandonnée et sans vie.

Aucun acheteur ne se positionnera sur ce domaine s’il ne peut pas réaliser quelques aménagements. Mais la Collectivité considère aussi que la villa ne peut pas être tout bonnement détruite. « On tient à ce que Rockefeller soit restaurée », indique Philippe Baffert, consultant urbanisme de Saint-Barthélemy, qui conçoit les documents règlementaires avec la commission urbanisme présidée par Juliette Gréaux. « Ce serait un désastre historique, et à tous points de vue, que la maison ne soit pas restaurée. »

Il faut donc trouver un entre-deux, et c’est ce que la carte d’urbanisme votée en 2017 prévoyait. Mais le tribunal administratif avait retoqué les dispositions relatives à ce secteur. « Pour une question de procédure, de zonage », pointent Juliette Gréaux et Philippe Baffert. « Ils ont dit “vous avez mis une zone où on n’a pas le droit de faire ça.” Ce qui avait été retoqué c’était la possibilité de faire un léger agrandissement autour de la propriété. Quand on avait fait ça, on avait effectué une visite sur place et on avait eu l’accord de l’architecte des Bâtiments de France. Donc il n’y avait rien de scandaleux à ce qu’on proposait », rapporte le second. « On a classé ça dans une zone où normalement, toute construction nouvelle est interdite. Ce qui a du sens dans les secteurs complètement naturels, mais qui n’a pas de sens quand on a une construction déjà existante  », tranche Philippe Baffert. « Ce qu’exige le jugement du tribunal administratif, c’est que si on fait quelque chose, on change le zonage. »

Le site comporte la vaste villa, qui se compose d’une immense pièce de vie et d’une seule chambre, et autour, plusieurs petites constructions : un tipi, un local technique, la maison du gardien côté Anse Gros Jean, un garage, et aussi une route qui part du haut de Colombier et fait une boucle sur la pointe. « Dire que c’est un espace naturel protégé, c’est absurde, là où il y a les constructions. Maintenant, il y a 98 hectares, il est évident que 95% sont en zone naturelle protégée », précise Philippe Baffert. « Une réflexion est menée, ça fait longtemps que le problème se pose. »

« On va réfléchir à revoir le zonage » sur la petite partie qui entoure la villa, dissimulée aux regards depuis la mer qui passent par là. L’idée est de permettre l’amélioration de l’existant, d’autoriser une petite construction supplémentaire à côté de la villa, et de reconstruire les locaux techniques situés au bord de la route. « Quand on va sur place, les endroits où on peut faire quelque chose sans que ça abîme le paysage, sans que ça esquinte le site, et y compris que ça l’améliore, ça saute aux yeux, il n’y a aucun problème. »

« Il faut trouver les moyens d’autoriser a minima quelque chose, pour que ça ne reste pas à l’abandon comme aujourd’hui. C’est dommage que ça ne revive pas. Au niveau historique c’est important, c’est avec l’arrivée de Rockefeller que Saint-Barth a commencé à être connue », argumente Juliette Gréaux. Philippe Baffert complète : «C’est lui qui a sorti Saint-Barth de la misère, à sa façon. »

Aujourd’hui, la carte d’urbanisme présentée au public ne comporte pas encore de nouveau projet pour la propriété Rockefeller. « Il y a une réflexion, est-ce que ça va aboutir tout de suite ou pas, j’espère que oui », conclut Philippe Baffert. « Il y a deux possibilités : ou bien on attend d’avoir un projet pour l’intégrer dans la carte, ou bien on affiche dans la carte le fait qu’on veut qu’il y ait un projet, pour montrer qu’on est prêts à bouger. Je vois bien avec les quelques acquéreurs potentiels qui existent que si on ne montre pas qu’on est prêts à bouger un peu, on risque de décourager tout le monde. »

Enfin, pour rester sur le secteur de la baie de Colombier, des bruits courent ces temps-ci sur un porteur de projet désireux de bâtir quelque chose sur l’autre pointe de Colombier, celle dont la végétation est particulièrement mise à mal par les cabris. « Il paraît que des gens auraient des idées sur l’autre presqu’île pour fait des aménagements », lance Philippe Baffert. Qui coupe tout de suite les rumeurs : « Il n’en sera jamais question, elle restera comme ça. Cette partie-là sera totalement protégée. Aucune discussion là-dessus. »

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Pour la petite histoire

David Rockefeller, richissime patron de la JP Morgan (ex-Chase Manhattan Bank) fait construire sa villa à Saint-Barth à la fin des années 50. Si les fortunes américaines avaient coutume de choisir les îles caribéennes comme lieu de villégiature, le financier est le premier à jeter son dévolu sur Saint-Barth. Il y achète trois propriétés pour une bouchée de pain, dont Colombier, pour 32.000 dollars, à la famille Gréaux ; un autre terrain à Marigot, et Gouverneur, acquis pour 25.000 dollars auprès de la famille Brin. C’est aujourd’hui le domaine de Roman Abramovitch. Pour resituer, en 1957, quand le banquier le plus en vue du monde s’achète la pointe de Colombier, l’île n’a pas encore d’électricité ni de route. La première centrale entrera en fonction en 1962. La plupart des hommes ont émigré pour gagner leur vie. L’île compte environ 2.000 habitants qui vivent dans le dénuement. La construction de la villa à Colombier fait travailler de nombreux Saint-Barths. Rockefeller acheminait ses invités et marchandises en bateau, depuis le quai Rockefeller à Gustavia, récemment racheté par la Collectivité, jusqu’au quai construit à l’arrière de sa villa, à l’anse Gros Jean.

David Rockefeller était apprécié pour sa simplicité et sa facilité de contact avec les locaux. Il ne venait avec sa femme qu’une quinzaine de jours chaque année. Mais dans son sillage il a entraîné de nombreux riches américains en quête de soleil, qui peu à peu ont investi le premier hôtel de l’île, l’Eden Rock construit par Remy de Haenen, et finalement ont fait de l’île le riche territoire qu’elle est aujourd’hui.

En 1983, il vend le domaine à un homme d’affaires qui projette d’y construire un hôtel, sans succès. Ce dernier a ensuite revendu à la famille Horn, toujours propriétaire aujourd’hui. David Rockefeller est décédé en 2017.

Journal de Saint-Barth N°1394 du 21/10/2020

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