L’ensemble de villas à Flamands autorisé malgré les réticences

Le conseil exécutif a délivré le permis de construire pour un ensemble de villas sur une parcelle en bord de plage à Flamands, malgré les arguments du CESCE en défaveur du projet, et le vote contre de Marie-Angèle Aubin, qui détaille les raisons de son refus.

 

Neuf bâtiments dont six villas et six piscines, pour un total de vingt-huit chambres au total, et quinze employés permanents pour gérer tout ça : ce n’est pas un hôtel mais presque qui verra prochainement le jour à Flamands, en bord de mer, sur la parcelle qui borde la route menant à la Langouste-Baie des Anges. De l’espace en moins pour ce quartier déjà très urbanisé et de l’offre touristique supplémentaire pour une île déjà très fréquentée.

 

Le projet est dans les clous du règlement de l’urbanisme, selon le conseil exécutif qui l’a adopté à la majorité en mai dernier. Le CESCE (Conseil économique social culturel et environnemental) est en désaccord. L’institution locale note qu’au lieu de combles en étages pour la villa en front de mer, c’est bien une chambre accessible par ascenseur qui est prévue par le pétitionnaire. C’est pour éviter ce type d’aménagement que la future carte de l’urbanisme, sur laquelle la Collectivité travaille actuellement, prévoit de réduire la hauteur maximale des combles et des constructions.

 

D’ailleurs, le CESCE souligne que la hauteur du bâtiment principal est supérieure à la limite autorisée. Selon lui, le permis de construire pourrait légitimement être refusé pour ces deux raisons.

 

“L’offre touristique a-t-elle besoin d’être accrue ?”

L’institution ajoute à ces arguments son inquiétude sur la forte consommation d’énergie induite par un tel projet, dépourvu de toute intégration de production d’énergie verte. Et de citer l’étude d’impact environnemental qui attire l’attention sur le sous-dimensionnement de la station d’épuration prévue. Elle décrit un “projet d’hôtel déguisé”, dont le nombre de chambres, 28, est similaire à celui des établissements hôteliers de l’île (la moyenne est de 26 lits par hôtel).


Le CESCE “rappelle que la commission du tourisme de la Collectivité avait statué de ne plus autoriser de nouveaux projets hôteliers, et met en garde : l’offre touristique a-t-elle besoin d’être accrue ? A l’heure ou le logement et notamment le niveau des loyers est l’une des principales difficultés à laquelle l’île est confrontée, est-il prudent d’autoriser la construction d’un ensemble prévoyant, déjà en phase de projet, quinze employés ?” Si la commission du tourisme n’existe plus sous la mandature actuelle, le président du Comité du Tourisme et second vice-président de la Com, Nils Dufau, continue d’expliquer qu’il serait néfaste pour l’économie et les habitants de l’île de trop augmenter la fréquentation touristique (JSB 1274). 

 

Tous ces griefs en défaveur de la délivrance du permis de construire n’ont vraisemblablement pas convaincu la majorité, qui met en avant le droit et assure que si elle le refuse, elle risque de perdre devant un tribunal. Sur les sept élus du conseil exécutif, toutefois, une n’a pas pu se résoudre à donner son accord pour ce projet. Marie-Angèle Aubin le qualifie d’incohérent, et explique son vote contre par plusieurs raisons. « Bien qu’il entre techniquement dans toutes les cases d’un point de vue des normes urbanistiques, le projet est trop impactant visuellement. » Deuxièmement, « nous n’avions pas l’avis EDF au moment du vote. La distribution de l’énergie reste toujours un problème sur cette île et pour certains projets elle est insuffisante. Ce projet sera très énergivore et devrait proposer des solutions énergétiques alternatives. »

 

à l’instar du CESCE, l’élue souhaite tirer les leçons des cyclones Irma en 2017 et Luis en 1995. « Ce projet n’est pas suffisamment en recul par rapport au rivage. Nous aurions dû prendre des mesures plus strictes pour les habitations proches de la mer », regrette-t-elle. « Ce projet, à mon sens, aurait dû être accompagné d’un plan de logement du personnel. Combien de personnes seront nécessaires pour faire fonctionner cet établissement ? Managers, femmes de ménage, piscinistes, jardiniers… Ces personnes seront-elles recrutées sur l’île ? Comment et où seront-elles installées ? Nous sommes en pleine crise du logement, il me semble que ces questions doivent  être mises en avant pour nos décisions futures. Tout projet hôtelier ou projet de construction de grosses villas de luxe devrait inclure une solution de logement pour le personnel. »

 

Enfin, l’année marquée par la sécheresse et de nombreux problèmes, parfois en pleine saison touristique, sur le processus de fabrication et de distribution d’eau de ville, laisse poindre « un problème majeur. En effet, nous ne sommes pas toujours en mesure de fournir certains foyers et de nombreux  habitants sont restés sans eau pendant 10 jours, voire plus dans certains quartiers. Nos canalisations sont vieillissantes, notre réseau d’eau est ancien, et je pense doit être révisé… Peut-être la solution aux bromates ! »

 

Le projet est porté par une société appelée The Collection Flamands, enregistrée sur l’île par sa gérante qui s’occupe déjà de plusieurs grosses villas de Saint-Barth. Derrière cette entreprise, on trouve le nom d’un fonds d’investissement, Corian Investments Limited, immatriculé aux Îles Vierges Britanniques.


Le chantier doit durer au moins trois ans.



JSB 1336

Journal de Saint-Barth N°1336 du 25/07/2019

Valoriser le patois et le créole
Fonds Lomax
Photo Festival