Le PPRN met le feu aux poudres à Saint-Martin

La préfète des îles du Nord a imposé l’application anticipée du PPRN à Saint-Martin, qui règlemente l’urbanisme en fonction des risques naturels, passant outre l’avis des élus locaux. A Saint-Barthélemy, le même document doit être adopté avant fin 2020.


Depuis quelques mois, des débats houleux se tiennent à Saint-Martin autour de l’élaboration du PPRN (Plan de prévention des risques naturels). Ce document instauré dans toutes les communes françaises vise à réduire la vulnérabilité d’un territoire en définissant des normes de constructibilité différentes selon les zones à risque (submersion, inondation, glissement de terrain…). Sans PPRN, le remboursement des assurances en cas de catastrophe peut être remis en cause.

 

La mise en place du PPRN est longue et s’est révélée fastidieuse sur l’île voisine, ou des habitants anglophones refusaient notamment que les discussions publiques sur ce sujet sensible se tiennent en français. Le projet de l’Etat a été présenté au conseil territorial le 17 juillet, qui a émis un avis défavorable, le considérant notamment trop restrictif pour être compatible avec une activité touristique florissante. Certaines zones de bord de mer seraient en effet complètement interdites de construction et de reconstruction.

 

Invoquant l’urgence de la situation, un nouveau cyclone pouvant survenir à tout moment, la préfète des îles du Nord Sylvie Feucher a passé outre cet avis et signé un arrêté d’entrée en vigueur du PPRN par anticipation, coupant l’herbe sous le pied des élus. Toute nouvelle construction est soumise à ce nouveau règlement, et il en ira de même pour l’ensemble du bâti lors de l’adoption définitive du PPRN. L’enquête publique doit durer jusque décembre, pour une adoption dans la foulée. « Rien n'est figé, les zones peuvent être déclassées sous conditions. (...) », rassure Sylvie Feucher. « Le PPRN protège le président de la Collectivité, l’Etat et les habitants. Il n’y aura pas d’expropriation. A chaque fois que l’on peut aider, on aide, au cas par cas. » En cas de cyclone dévastateur, l’Etat peut être tenu pour responsable s’il est prouvé que son représentant sur place connaissait les risques et n’a pas pris les mesures nécessaires pour les limiter.

 

Cette décision a fâché Daniel Gibbs, président de la Collectivité, et encore entaché ses relations avec la préfète. Dénonçant un « manque de considération » envers les décideurs locaux et la « désinvolture » de l’Etat, il liste dans un communiqué ses inquiétudes : « Le PPRN qui vient d’être mis en application interdit les constructions sur la quasi-totalité du littoral de notre île, principale source d’intérêt des visiteurs et zone importante de vie des habitants. Si le patrimoine foncier et immobilier de milliers de saint-martinois est en jeu, ce sont aussi l’activité des acteurs économiques et la stabilité sociale qui sont ébranlées. Il fait aussi fuir des projets sérieux d’investissements qui contribueraient significativement à la reprise de l’économie d’un Saint-Martin Nouveau. » Et de conclure : « La Collectivité d’outre-mer de Saint-Martin conteste fermement cette décision d’application anticipée et précipitée, qu’elle qualifie d’autoritaire et de fortement préjudiciable pour l’équilibre économique et social de Saint-Martin. » Il a rédigé un courrier de protestation à l’attention de la ministre des Outre-mer, notamment.

 

Et à Saint-Barth ?

Le président de Saint-Barthélemy Bruno Magras n’a jamais caché ses réticences quand à l’élaboration d’un PPRN, expliquant régulièrement que sur les 21 km2 de notre île, les risques sont partout (cyclone, séisme, glissement de terrain, submersion, etc.). Il appelle plutôt à améliorer la prévention et les protocoles d’évacuation des personnes. Le conseil territorial a toutefois prescrit, à la demande de la préfecture et au lendemain d’Irma, l’élaboration d’un PPRN pour Saint-Barthélemy. La loi impose un délai de trois ans entre la prescription et l’élaboration du PPRN. La délibération date du 20 novembre 2017, ce qui porte la date butoir au 20 novembre 2020.

 

Le 8 août dernier, l’élu d’opposition Xavier Lédée (Unis pour Saint-Barthélemy) appelait de ses vœux l’élaboration rapide du PPRN, et pas seulement pour la protection des personnes et des biens. « Si le sujet est complexe et aura des conséquences certaines sur la constructibilité de certaines parcelles, c'est aussi un incroyable outil de protection du territoire et de la population en particulier quand on annonce vouloir mieux adapter les constructions et “réduire la voilure”. En premier lieu, le PPRN pourrait permettre de protéger les plages et d'éviter certaines constructions comme le “non-hôtel” à venir à Flamands », argumente-t-il. « Recul par rapport au bord de mer, réduction de la largeur des façades et plus généralement des volumes, plantations, etc. sont autant de recommandations qui pourraient trouver leur place dans un PPRN. Si certains terrains perdraient certainement en valeur, nous ne sommes pas non plus face à un risque d'effondrement du marché. Reste à savoir quels sont nos priorités, individuellement et collectivement... » conclut-il.



JSB 1338

Journal de Saint-Barth N°1338 du 15/08/2019

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