Une entrée majestueuse dans les eaux de Saint-Barth, en milieu d’après-midi.

Nils Palmieri et Julien Villion (TeamWork) l’emportent à Saint-Barth

Le duo franco-suisse a remporté la 15e édition de la Transat en double Concarneau-Saint-Barth en battant dans le même temps le record de l’épreuve.

Le soleil entamait sa descente vers l’horizon au large de Gustavia quand Nils Palmieri et Julien Villion (TeamWork) ont franchi la ligne d’arrivée – la plus proche du quai dans la galaxie des courses au large- de cette Transat en Double Concarneau-Saint-Barth. Le duo, dont c’est la première participation, parti en tête dans les premières heures après le départ de Bretagne avait retrouvé sa position de leader il y a trois jours seulement. C’est ainsi entouré d’un essaim de bateaux de courses et de plaisanciers, musique hurlante, qu’ils ont franchi la ligne après avoir zigzagué entre les bateaux au mouillage dans le port, en 18 jours, 5h, 8m et 3s de mer. Battant au passage le record établi en 2018 par Ruyant et Hardy (18 j 11 h 48 min 22s). « Ils vont être heureux de mettre pied à terre parce que cette Transat a été très très engagée du départ jusqu’à maintenant. Les deux options ont mis les nerfs à rude épreuve. Il y a deux jours, on ne pouvait pas dire qui allait l’emporter », a commenté Francis Le Goff, directeur de course.

Option payante


Les options décidées lors du jour 10 au beau milieu de l’Atlantique se sont avérées payantes pour les uns et perdantes pour les autres huit jours plus tard. Longtemps, on a cru les tenants de la route au nord condamnés par une pétole prévue au large des côtes de Saint-Barth. Mais ces nordistes ont profité d’alizés d’Est finalement légèrement plus fortes et mieux orientées dans l’approche finale pour prendre le dessus sur les concurrents sudistes. « On n’avait pas d’info sur cette partie de l’Atlantique. On a eu un long apéro un soir et en recevant le fichier météo j’ai dit que je le sentais comme ça », s’est expliqué Julien Villion sur son choix.

Une régate finale pour le podium
Après 4239,41 miles parcourus (7851 km), la Transat en Double Concarneau-Saint-Barth a eu comme toujours des airs de régate (54 miles d’écart entre les 14 premiers). Le choix de la direction de course de passer sur des bateaux Figaro Bénéteau 3 plutôt que 2 n’aura rien changé à la physionomie du final. Arrivés avec pas loin de deux heures d’avance dans les eaux de l’île, Palmieri et Villion ont tranquillement maîtrisé leur approche. Derrière eux, à la nuit tombée, Tanguy Le Turquais et Corentin Douget (Queguiner – Innovéo) ont effacé les derniers miles sans voir leur 2e place inquiétée. La bataille faisait toutefois rage derrière pour compléter le podium entre quatre bateaux, dont celui du local Miguel Danet et de son comparse Éric Péron (L’Égoïste)- Cantina St-Barth. Finalement, c’est le bateau de Tom Laperche et Loïs Berrehar (Bretagne – CMB Performance), passé en tête à la pointe de Colombier, qui a remporté la dernière breloque. Miguel Danet n’a donc pas fait mieux que sa 3e place de 2008 mais pourra se satisfaire d’avoir battu de plus de quatre jours son temps établi à l’époque - déjà avec Éric Péron.

 

 

« C’était de la décapotable sur des chemins de boue »

L’équipage TeamWork l’a dit à l’arrivée, les sargasses ont été l’une de leurs ennemies à la fin de la traversée. Pour preuve, à la proue de leur bateau !
Fatigués, mais toujours sur leur nuage, les deux vainqueurs de la course ont délivré leurs premiers mots avant de mettre pied à terre. « Je suis super content pour Julien qui le méritait vraiment parce qu’il est super fort et que le bateau était ultra bien préparé. Dès le début, j’ai rapidement senti qu’on avait quelque chose à jouer. On n’a rien laissé au hasard. La nuit on était tout le temps dessus pour aller au charbon et notamment pour libérer la quille des sargasses », a détaillé Nils Palmieri. Julien Villion a lui fait part de sa fatigue : « C’est un bateau qui demande beaucoup d’engagement. Je n’ai jamais autant donné. Être passionné par la météo, ça m’a servi. Je voulais montrer que je n’étais pas qu’un routeur et que je pouvais gagner sur l’eau. On a toujours été confiant en nos chances. Cette Transat est ouverte, dure, mais très belle. On s’est arraché les cheveux avec les sargasses et les grains. C’était de la décapotable sur des chemins de boue ».

 

Une ambiance de folie dans le port


Que ce soit sur l’eau ou à terre, Gustavia était bondé ce dimanche soir pour accueillir des vainqueurs. « L’arrivée à Saint-Barth nous a pété à la gueule », s’est enthousiasmé Julien Villion sur le ponton d’arrivée. « Ça va être difficile de dormir. Ça donne envie de faire la fête », a ajouté Nils Palmieri. Bruno Magras, le président du conseil territorial de Saint-Barthélemy, s’est lui aussi réjoui de l’ambiance qui régnait sur l’île pour l’arrivée de la Transat : « Ils ont une chance extraordinaire, ils arrivent un dimanche le jour de la fête des mères et de jour. Il faut avoir un certain courage pour faire 7000 km sur l’eau. Ils font ce que je ne pourrais pas faire. » Et d’ajouter : « Ça se voit que la population avait besoin de bouger après une année difficile. Cette course plaît parce qu’elle se fait à armes égales et parce qu’il y a un équipage local. Il y a une passion qui s’installe et c’est très bien. » Annick Martin, première adjointe de la ville de Concarneau, présente à l’arrivée ce dimanche soir, s’est-elle dite « scotchée par l’ambiance et l’accueil que les habitants de Saint-Barth réservent à cette course ».

Photos : Thomas Fetrot

Journal de Saint-Barth N°2 du 31/05/2021

Journal de la Transat 2021 numéro 2