Les premiers Figaro de la Transat en Double devraient franchir la ligne d’arrivée du port de Gustavia dans la nuit de dimanche à lundi. ©Alexis Courcoux

L’arrivée de la Transat un suspense toujours maximal

Alors que deux groupes se distinguent par leurs options, les duos en tête de course se rapprochent vite de Saint-Barth et devraient poser le pied à Gustavia dans la nuit de dimanche à lundi. Le vainqueur battra probablement le record de l’épreuve établi il y a trois ans, malheureusement, Miguel Danet et Eric Péron ne semblent plus jouer la gagne.

Lundi 2h48. Si le premier bateau franchit la ligne d’arrivée de Gustavia avant ce moment précis, alors le record de la Transat en double sera battu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour le moment, personne ne peut trop s’avancer puisque les dernières estimations donnent les premières arrivées dans la nuit de dimanche à lundi, entre 20 heures et… 2 heures.
La direction de course avait annoncé il y a quelques semaines avoir privilégié un parcours à l’exact identique d’il y a trois ans, histoire de savoir si la nouvelle version des Figaro (III) serait plus performante que la II. Eh bien, la direction de course devra patienter pour le savoir, puisqu’avec ces écarts minimes, il sera compliqué de tirer une conclusion ferme et définitive.
La conclusion ferme et définitive ne peut pas non plus être tirée sur l’identité du vainqueur. Comme souvent à Gustavia, les arrivées risquent de se succéder et les écarts devraient être minimes. Qui sera le grand vainqueur ? Impossible de répondre, mais une tendance se dessine.
Le lauréat de cette Transat en double devrait se trouver dans le groupe du Sud. Casse-tête : celui-ci est composé de huit bateaux à moins de 800 milles des côtes de l’île. L’autre option, c’est le Nord. Les deux groupes se sont scindés dans la nuit de samedi à dimanche et ceux qui semblent le mieux s’en sortir sont donc les Sudistes. « Dans le sud, l’alizé est profond et les prévisions météo très fiables. En revanche dans le nord l’alizé est un peu plus erratique, avec des différences d’angle et de pression. Aujourd’hui, c’est probablement plus compliqué de naviguer au nord car il ne faut rien louper. Dans la journée de vendredi, les nordistes vont faire face à un trou de vent. Si celui-ci s’estompe, ils pourront aller plus vite que prévu et continuer à maintenir le suspense », prédit le directeur de course Francis Le Goff.  

Compliqué pour Miguel Danet et Eric Péron
Lorsque l’on vous dit que le suspense reste entier… Pour le moment, les estimations donnent l’arrivée des premiers bateaux du sud quatre heures avant les leaders nordistes alors que les deux flottes naviguaient à plus de 400 milles d’écart, soit 700 km (nord sud) mercredi. Comprenez : les deux options sont légitimes. Et cette bagarre, que ce soit celle entre les deux options, ou celle au sein même d’une flotte, commence à fatiguer les duos. « La bagarre est intense, nous avons Pep Costa et Will Harris à vue. On se bat pour gagner des mètres, comme sur une Solitaire du Figaro. On est à fond tout le temps, on cravache. Il y a de la tension », explique par exemple Élodie Bonafous (Bretagne – CMB Océane). « Mentalement c’est compliqué d’avoir toujours des bateaux à côté. Dès qu’on perd un peu de terrain, on s’en veut vraiment. On espère que les nordistes ne vont pas nous la faire à l’envers au dernier moment », déclare son co-skipper Corentin Horeau. 
D’autres sont stimulés par cette bataille intense en plein milieu de l’Atlantique, c’est le cas d’Arthur Hubert et Clément Commagnac (MonAtoutEnergie.fr) : « Nous sommes quatre bateaux tout proches, on se voit souvent à l’AIS. C’est hyper stimulant d’être dans un groupe, cela maintient la pression. Nous sommes au taquet, il ne faut rien lâcher. Nous devons attraper le bon wagon et espérer que notre option va payer autant que prévu. On est super contents d’être dans la bagarre, de tenir avec ce groupe de copains. Il y a du beau monde ! C’est stressant mais on n’a pas de pression. C’est que du positif pour nous d’être avec ces gens-là, on en profite et on espère que ça va durer le plus longtemps possible. »
Malheureusement, le local de l’épreuve Miguel Danet et son compagnon de bord Eric Péron, un temps leaders en début de course, ne semblent plus être en mesure de prétendre à la victoire. 14e au classement mercredi. Leur (Egoïste)- Cantina Saint-Barth pointe virtuellement à 71 milles du leader de la course, Bretagne CMB-Performance, et navigue en queue de groupe dans le Nord. Pour eux, aucune option ne semble salvatrice et ne leur permettrait de renverser complètement la situation, même s’ils peuvent évidemment encore espérer gagner quelques places et intégrer le top 10, ce qui serait déjà un petit exploit au vu de la situation à 800 milles de l’arrivée, mais si le trou de vent de la journée de vendredi s’estompe au Nord… Suspense, suspense.    

 


Le choix du nord
Du côté des six duos positionnés au Nord, on assume ses choix de route, comme Nils Palmieri (TeamWork) : « Notre stratégie est très claire. Nous sommes en tête du groupe du Nord. Si cette option passe, c’est tout « bénef » pour nous. On fatigue un peu car notre choix de route nécessite beaucoup de manœuvres, davantage que pour ceux du Sud. Mais on se sent fort et d’attaque pour la fin de course ».

Nils Palmieri et Julien Villion à bord de TeamWork
La journée de vendredi pourrait bien être décisive. D’après Météo Consult, le groupe des Nordistes pourrait traverser une zone de transition avec un alizé plus faible et irrégulier (entre 6 et 10 nœuds de vent), alors que les Sudistes bénéficieraient d’un flux un peu plus soutenu. Suffisant pour faire le break ? Les Nordistes espèrent que l’alizé sera un peu plus consistant que prévu pour eux. Auquel cas, ils pourraient tout à fait rester dans la partie. « C’est un moment clef de la Transat. Le match sera peut-être plié à l’issue des deux prochains jours », déclarait ce matin Éric Péron ((L’Egoïste) – Cantina St Barth), engagé sur la route nord. « La probabilité que ça passe au Nord n’est pas la plus forte mais on va la jouer à fond », indique pour sa part Corentin Douguet (Quéguiner – Innovéo).

La vie à bord

Dans les différents contenus envoyés par les marins, et particulièrement dans les vidéos, on constate que la cohabitation au sein des duos semble très bien se passer et que la bonne humeur est de mise malgré le stress de la fin de course. Certains sont devenus des spécialistes du second degré et des petites blagues à l’image de Corentin Douguet et Tanguy Le Turquais ou de Tom Dolan et Gildas Mahé. « Nous sommes très concentrés à la barre donc nous essayons de détendre un peu l'atmosphère à chaque changement de quart, quand on se croise », explique Thomas Rouxel.
« C’est cagnard dans le bateau, on n’arrive pas à dormir. Dehors on fait des petits quarts de 30 minutes sinon ça crame. C’est un peu dur pour un petit rouquin comme moi », sourit Martin Le Pape (Gardons la Vue).

Journal de Saint-Barth N°1425 du 27/05/2021

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