Richard Lédée et Markku Härmälä ont participé aux Transat Ag2r à bord de AGF St Barth Assurances en 2000 et sur St Barth Assurances en 2002 .

« Beaucoup d’énergie et un peu d’insouciance »

Markku Härmälä s’est lancé deux fois dans l’aventure de la Transat en Double, en 2000 et en 2002. Deux expériences radicalement différentes qui font dire au navigateur que les deux choses les plus importantes dans cette course sont « la traversée et les bonhommes ». Récit de l’un des pionniers de la Transat.

De son propre aveu, Markku Härmälä ne navigue plus que très rarement. Peu importe, en réalité, tant ses souvenirs de marin sont nombreux. Notamment ceux de ses deux participations à la Transat Ag2r, en 2000 et 2002. Toujours en compagnie de son complice, Richard Lédée. « On a eu ensemble l’idée de participer à la course, se souvient Markku. Pour moi qui naviguais beaucoup dans ma jeunesse, c’était l’aboutissement d’un rêve. »
Néanmoins, les deux hommes n’avaient pas forcément anticipé les efforts à fournir avant même de poser le pied dans un Figaro. « Il nous a fallu beaucoup d’énergie pour monter le projet, assure Markku. Et aussi un peu d’insouciance. » De plus, il n’imaginait certainement pas vivre un baptême aussi mouvementé.

Une hécatombe et des cloques
En 2000, lorsque le duo Saint-Barth prend le départ, il est d’emblée confronté à une météo infernale. « Il y avait 42 bateaux au départ et nous n’étions plus que 27 à l’arrivée, se souvient Markku. Il y a eu beaucoup de casse au départ, avec une forte tempête. Je me souviens d’avoir aperçu la mesure de la force du vent à un moment et elle était de 72 nœuds! Jusqu’à Madère, c’était dur. Heureusement on est passé. » Malheureusement, après, calme plat. « Je ne me souviens plus du nombre de jours mais de Madère à Saint-Barth on a dû mettre 24 jours. »
Résultat, une 25e place et des souvenirs en pagaille. Les meilleurs, à en croire le navigateur. « Cette tempête au départ, les deux dépressions, on partait dans l’inconnu, se rappelle-t-il. On avait des cloques partout sur les mains. A tel point qu’à un moment ce n’était même plus possible de toucher les cordes. » Et ces mystérieuses explosions au-dessus du bateau, au milieu de l’océan. « Encore aujourd’hui je me dis que c’était des avions de chasse, mais je n’en sais rien », s’amuse Markku.

Un moment de panique
Deux ans plus tard, l’aventure va se révéler totalement différente. « Là, tout s’est super bien passé, affirme le skipper. Avant Madère c’était facile. Après, on a mis le spi et les conditions idéales. » Jusqu’à ce que... « Trois jours avant l’arrivée, plus de vent ! Et là, on a eu tout les deux un moment de panique. On s’est demandé si on n’allait pas rester coincés là ! » Mais le vent revient et les deux hommes terminent en dixième position.
« On est arrivé juste derrière les professionnels », se félicite Markku. Avec un œil de compétiteur, la deuxième Transat du couple Härmälä -Lédée semble avoir été la plus satisfaisante. Ce n’est pas nécessairement le regard que porte Markku. « Les deux traversées sont de bons souvenirs, assure-t-il. Mais peut-être même plus la première tellement c’était dur. Physiquement surtout. Et puis le moteur en panne, etc. C’était une sacrée aventure ! » Ponctuées par des arrivées inoubliables.

Plus dans le réel
Markku évoque « des moments exceptionnels », et raconte : « Les arrivées sont toujours les mêmes, avec tout le monde sur l’eau et sur les quais. Elle est mondialement connue cette arrivée ! A l’époque, le projet représentait cinq mois de travail pour deux semaines de navigation. Alors quand on arrivait, que tout était fini, on continuait à flotter un peu. On n’est pas dans le réel. Pas encore. Pas facile de reprendre une vie normale. Mais de toute façon, il faut retourner travailler tout de suite après ! »

« Tellement froid! »
Quand il doit se remémorer ce qui pourrait être son meilleur souvenir, Markku Härmälä n’a que l’embarras du choix. Pourtant, ce n’est pas nécessairement le cœur de la course qui lui vient à l’esprit. « Des souvenirs, il y en a tellement, mais le plus marquant c’est quand on est allé récupérer notre Figaro en Irlande avec Richard, s’enthousiasme le marin. On a fait des entraînements là-haut, avec parfois de la glace sur le bateau ! Et puis pour la qualif on était parti tôt pour la traversée de la Manche, avec ce vent fort et glacial. On avait tellement froid ! La nuit, pendant que l’un barrait, l’autre vomissait... » Les bons souvenirs ne sont décidément jamais ceux que l’on imagine.
Une chose est sûre, Markku n’accorde pas trop d’importance à l’évolution du Figaro. « Ce qui est important dans cette course, ce n’est pas la machine, affirme-t-il. Ce sont les bonhommes et la traversée ! »

 

 

Journal de Saint-Barth N°4 du 02/06/2021

Journal de la Transat 2021 numéro 4