Tourisme : La page Irma est définitivement tournée

Au niveau économique, le pire est derrière nous. Après le passage de l’ouragan Irma, 2018 a été une année faible en terme de fréquentation touristique, mais plus à cause de la capacité d’accueil diminuée que d’une clientèle rebutée. Ce qui augure une fin d’année chargée.



On peut d’ores et déjà prévoir que la saison touristique 2019-2020 sera, sauf accident de parcours imprévu, l’une des plus chargée que Saint-Barth a connu. C’est ce qui ressort de l’étude des chiffres menée par l’Observatoire du tourisme de Saint-Barth, conduit par l’universitaire Olivier Dehoorne. En visite sur notre île il y a une dizaine de jours, il a rencontré les socioprofessionnels de l’île et préparé une ­conférence publique qu’il donnera fin mai-début juin sur notre île.


« Cela aurait pu être dramatique »
Cinq sources pour ses chiffres : aéroport, port, agences de location de villas, hôtels, et la borne de l’aéroport sur laquelle 3.000 personnes ont répondu à une enquête de satisfaction. « Cela nous permet notamment d’établir différents profils de clientèle. Par exemple, en haute saison, ce sont plutôt de courts séjours, alors qu’en basse saison, nous avons une clientèle plus familiale et qui reste plus longtemps ». Un an et demi après Irma, au niveau de la reconstruction, 70% de l’offre hôtelière pré ouragan est aujourd’hui disponible (on ne compte pas le Carl Gustaf qui était fermé) et 90% en ce qui concerne le parc de villas de location. Olivier Dehoorne souligne l’importance « de la petite hôtellerie, qui a assuré une continuité pour l’accueil des visiteurs. On estime que ces structures (Petite Anse, Ti Morne, Îlets de la Plage, Ondines, les Mouettes, Sunset etc., ndlr) représentent un tiers de l’activité hébergement touristique. »

Fait intéressant à l’étude des courbes de fréquentation, qui ne prennent en compte que les chiffres de l’aéroport, « la première reprise de l’activité après Irma correspond aux événements nautiques de début 2018. Sans eux, cela aurait pu être dramatique. » La Bucket Regatta et les Voiles de Saint-Barth confirment leur influence positive sur la fréquentation, mais aussi sur l’image et la communication autour de la destination en général. « D’ailleurs, c’est le CTTSB qui au départ a créé les Voiles de Saint-Barth, avant tout pour communiquer », rappelle Nils Dufau, président du Comité du tourisme.
Conclusion : « Au vu de ces premiers éléments, on n’a pas de souci à se faire sur le rebond de la destination. » En effet, les chiffres de l’hiver 2018-2019 sont très explicites. Ils ne sont pas si éloignés de ceux de l’année 2016-2017, avant Irma, qui fut la plus grosse saison de l’île. En décembre 2018, l’aéroport a compté 700 arrivées de moins qu’en décembre 2016… Alors que des locomotives, comme l’Eden Rock, une partie du Cheval Blanc et le Guanahani, étaient fermées !



Davantage de villas de location depuis Irma
La baisse de fréquentation en novembre et décembre 2018, par rapport à 2016, n’est que de 5%. « Les nuitées en décembre étaient quasiment au niveau de 2016, avec une importante offre d’hébergement en moins. Cela nous fait dire que l’offre d’hébergement a évolué avec un parc de villas en hausse depuis Irma. Beaucoup de logements auparavant loués à l’année ont dû passer en locations à la semaine. » Un autre facteur expliquant la pénurie de logements sur l’île… Il n’existe pas de chiffre sur ce sujet, mais l’Observatoire du tourisme étudie l’affaire. « La période n’est pas encore consolidée, c’est le moment où il faut les recenser, pour avoir une vision précise d’ici un an ou deux. L’offre est en cours de recomposition, nous sommes dans un moment bancal. » Objectif de l’Observatoire pour les mois/années qui viennent : quantifier et géolocaliser l’offre d’hébergement. Pour cela, la taxe de séjour ne suffit pas puisqu’elle est déclarative, il faut donc réaliser un vaste travail de recoupement, et notamment sur les sites internet de location et en agences. « A ce sujet, on s’inquiétait de voir apparaître une offre de logements médiocres, en 2016-2017, qui risquait de faire baisser le niveau d’exigence de la destination. Aujourd’hui, on constate plutôt une montée en gamme, même pour les petits hébergements. Sur Airbnb, il n’y en a que deux en dessous de 100 euros la nuit. »

Côté port, le nombre de passagers (plaisanciers, ferries, croisière) accueillis en 2018 est « très en deçà » des chiffres pré Irma. « Mais l’objectif n’est pas forcément d’avoir toujours plus de monde », souligne Olivier Dehoorne. Qui estime que l’idéal pour Saint-Barth serait de ne pas dépasser « 150 bateaux et 90.000 visiteurs ». Concernant les paquebots en particulier, « il faut un flux, mais pas trop de monde d’un coup, sinon cela freine le commerce. On veut un tourisme de qualité et en adéquation avec le territoire, pas seulement de la quantité. »

Autre chiffre qui prouve la reprise de Saint-Barth, les 6.000 plaisanciers entrés au port en décembre 2018, sensiblement le même volume qu’en 2016. Si la demande est forte alors que l’île se remet à peine du cyclone, avec un élargissement de l’offre de villas, on vous laisse imaginer la fin de l’année, quand la saison reprendra avec de nouvelles offres très attendues : l’Eden Rock, le Guanahani et le Carl Gustaf dans leurs nouvelles versions, le Cheval Blanc à 100%, un nouveau restaurant de plage à Saint-Jean (le Lil’Rock Beach ouvert la semaine dernière), un autre à Gustavia (actuellement au stade du gros oeuvre)… Si vous aimez la quiétude et la solitude, préparez vos valises pour les fêtes de fin d’année !

Du côté de l’Observatoire, Nils Dufau et Olivier Dehoorne comptent, pour affiner leur connaissance du secteur économique, relancer le partenariat avec American Express. Ce dernier, parti aux oubliettes sans que l’on ne sache trop pourquoi, permettait de savoir combien les clients dépensaient sur un séjour, quelle somme ils consacraient à la restauration et au shopping, à l’hébergement, etc. Une vision très précise indispensable pour mener une politique touristique ­pertinente.


Journal de Saint-Barth N°1321 du 28/03/2019

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