Comment évoluer vers un tourisme durable

Deux ans de travail du CESE (*) ont abouti à un rapport intitulé « Promouvoir le tourisme durable dans les Outre-mer ». Rédigé par Inès Bouchaut-Choisy, il formule des analyses et des recommandations pour une économie touristique pérenne.

A Saint-Barthélemy, 37% de la population travaille dans le secteur du tourisme. Les finances de la Collectivité dépendent en majeure partie de cette manne. Si les visiteurs décident de bouder la destination pour une raison ou une autre, les bouleversements seront profonds sur l’île et n’épargneront aucun secteur. Pour éviter cela, il ne s’agit pas d’attirer le plus de visiteurs possible, mais de réfléchir à une stratégie, et à des axes de développement pour que, dans dix ans, vingt ans ou trente ans, Saint-Barth ne soit pas passé de mode. Sans compter les éventuels aléas économiques ou climatiques.

Tous les territoires ultramarins ont des problématiques différentes, et des positionnements propres. Le touriste de Saint-Barth est totalement différent de celui de La Réunion, par exemple. Inès Bouchaut-Choisy, ex-directrice du CTTSB et représentante de la République en Marche pour les îles du Nord, est aussi présidente de la délégation Outre-mer du CESE. C’est elle qui a rédigé ce rapport de 180 pages, qui analyse la situation et émet des suggestions pour se diriger vers un tourisme durable dans les territoires ultramarins. Parmi les dizaines de propositions de l’institution, certaines concernent directement notre île.

La bonne analyse

La base : toute bonne stratégie s’appuie sur des données précises. Pour Saint-Barth, l’observatoire du tourisme fournit un tableau plutôt précis du secteur. D’autres outils pourraient renforcer cette connaissance, comme les données que fournissait, il y a quelques années, la société American Express sur les habitudes de consommation de détenteurs de ce type de carte bancaire. Ainsi, quand ce partenariat fonctionnait en 2012, on apprenait par exemple que les visiteurs dépensaient, en moyenne, 2.700 dollars dans l’hébergement, 400 dans la location de voiture, 380 dans les restaurants, 375 dans les boutiques de vêtements, et 192 dollars dans les supermarchés. « Amex » nous apprenait également que le touriste new-yorkais ou brésilien était bien plus dépensier que le Français métropolitain.

Personnel qualifié

Qui dit tourisme de qualité dit personnel formé. Avec l’éloignement des centres de formation dans le domaine de l’hôtellerie-tourisme, toute aide à la formation des locaux est bienvenue. Outre les coups de pouces fournis par Ladom (**) pour la mobilité, la Collectivité accorde des aides aux jeunes qui voudraient se former dans ce secteur. Mais il s’agit aussi de disposer d’un recensement clair de tous les types de formation, et des besoins sur le territoire. La Collectivité de Saint-Martin, par exemple, a créé son propre pôle d’excellence en hôtellerie-tourisme, et a créé un BTS trilingue en alternance, afin de former sur place la future main d’œuvre du secteur.

Com’ de crise

Dans son rapport, Inès Bouchaut-Choisy consacre une partie aux enseignements à tirer de l’ouragan Irma, qui a dévasté les îles du Nord en septembre. Elle souligne l’importance de la communication vers l’extérieur. Il faut rassurer, sans mentir sur l’état de l’île. Pour cela, un savoir-faire spécifique sur la communication de crise peut se révéler très utile. Par exemple, « certaines images de solidarité peuvent permettre d’atténuer l’impact négatif provoqué par les images de destructions », indique la rapporteure de l’étude, qui incite également à communiquer sur la force et la résilience des territoires, via tous les canaux possibles. Le hashtag « St Barth Strong » sur les réseaux sociaux, par exemple, peut être repris par tous, habitants compris, pour une communication massive sur la solidité de l’île.

Un monde de croisière

Le CESE souligne que le secteur de la croisière est en plein essor. Ainsi, en dix ans, les croisiéristes sont passés de 15 à 24 millions dans le monde. Et dans ce domaine, la Caraïbe est n°1 mondiale (34% du marché). Pourtant, si le nombre de paquebots accueillis par la Martinique et la Guadeloupe explose depuis le milieu des années 2000, à Saint-Barth, il reste stable depuis 2004. Cela s’explique par l’infrastructure : pas de marina, port limité, peu d’espace sur l’île.

Etirer la saison

C’est l’un des objectifs du Comité du tourisme à Saint-Barthélemy : rallonger la saison touristique. D’où l’attraction d’une clientèle sud-américaine, et française, pendant l’été. Le CESE préconise également « une meilleure tarification en basse saison » pour un développement plus équilibré de l’activité touristique.

Durable = environnement

Qui dit tourisme durable dit forcément préservation de l’environnement. Le CESE cite, pour notre île, « son littoral accidenté et frangé de sable étincelant », la plage de Saline « retirée et sauvage », la réserve naturelle qui « offre de nombreux sites de plongée», et la « faune terrestre, composée notamment d’iguanes, de couleuvres, tortues, oiseaux marins (…) » sans parler de la faune sous-marine. La rapporteure suggère « que chaque territoire ultramarin promeuve le tourisme de nature, en développant notamment les activités de randonnée, de découverte de la flore et la faune, en particulier endémiques. »

Population épanouie

Le tourisme ne peut faire abstraction des conditions de vie de la population locale. Il faut donc préserver une bonne qualité de vie, juste rémunération, mais aussi les valeurs culturelles du territoire. Or, le patrimoine culturel « ne s’arrête plus aux monuments et collections d’objets », indique la rapporteure. La richesse immatérielle de Saint-Barthélemy pourrait être mise en avant : langues locales, tressage, pêche, gastronomie, carnaval, « chanté Noël »… Les pistes à développer sont nombreuses.

Francophonie

Si Saint-Barth est très tournée vers les Etats-Unis, essentiel de sa clientèle, il ne faut pas négliger les autres touristes. Les professionnels du tourisme ont commencé à se tourner vers le marché sud américain. Le CESE cite un rapport de l’économiste Jacques Attali, qui explique que le fait de partager la même langue représente un fort attrait touristique. Or, les francophones sont nombreux en Amérique du Nord, mais aussi dans la Caraïbe. Cette piste peut être envisagée pour développer un tourisme en basse saison et de court séjour.

Infrastructures

Parmi les points forts de Saint-Barthélemy figure le sentiment de sécurité. Si la criminalité rarissime rassure les visiteurs, d’autres aspects sont aussi importants : la présence d’infrastructures modernes de santé, et la stabilité de la distribution d’eau, d’électricité… A ce titre, l’enfouissement des réseaux et la construction d’un nouveau réservoir d’eau de ville devrait améliorer les choses sur notre île. D’autre part, la saturation des routes et parkings est un frein important. C’est la notion de « capacité de charge », selon le CESE, qui doit être calculée précisément par des experts, afin de ne pas gâcher l’attrait d’une destination, ni la qualité de vie de la population locale.

Urbanisme en littoral

« Un développement durable implique un aménagement différent de la bande littorale», indique le CESE. Le rapport évoque longuement la question du respect des cinquante pas géométriques, règle qui ne s’applique pas à Saint-Barthélemy. La rapporteure préconise « une exigence accrue dans le respect des règles relatives au littorales, car celles-ci sont insuffisamment respectées en pratique », par le biais d’une collaboration étroite entre pouvoir exécutif local, Etat et associations environnementales.  

Faites les touristes !

Comment impliquer la population vers un tourisme durable ? En lui permettant d’être elle-même touriste de son propre territoire. Ainsi, les locaux devraient pouvoir bénéficier tant des retombées économiques que des activités et dispositifs pour les touristes. Exemple le plus probant, développer l’accès des enfants et jeunes de l’île aux sports nautiques.

Ne pas oublier les voisins

Le monde attire le monde : une bonne coopération entre les îles est plus productive qu’un climat de concurrence. Partage d’expertise, de bonnes pratiques, fluidification de l’administratif pour les voyageurs (visas…), protection de l’environnement, traitement des déchets… Pour ce faire, la rapporteure suggère le cadre de la convention de Carthagène, une convention qui lie les territoires caribéens pour protéger et valoriser le milieu marin.

(*) Conseil économique, social et environnemental. Troisième assemblée constitutionnelle de la République après l’Assemblée nationale et le Sénat, le CESE conseille le gouvernement et le parlement dans ses prises de décisions, en travaillant sur des problématiques de société et en évaluant les politiques publiques.

(**) L’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité

 
















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