Emmanuel Fernandez au plus près de ses élèves.

« Le jiu-jitsu est un art martial, et comme tout art, il évolue »

Surnommé Pythagore, Emmanuel Fernandez, monument international du jiu-jitsu brésilien (JJB) et champion de MMA, est venu à Saint-Barthélemy pour encadrer un stage, la semaine dernière.

La semaine dernière, le tatami de Saint-Barthélémy accueillait un monument du jiu-jitsu brésilien en France et en Europe. Emmanuel Fernandez, dit Pythagore, est l’un des cinq plus haut gradés français de cette discipline, reconnu et respecté jusqu’au Japon pour son “fighting spirit”. Formé au Brésil par son maître Ricardo De La Riva, il revient au début des années 2000 en France afin de faire connaître son art. Vainqueur durant trois années consécutives aux opens de Paris (2001 à 2003) et champion du monde de Mixed Martial Arts (2004, 2007 et 2008), il décide de mettre fin à sa carrière en MMA afin de se consacrer pleinement à son académie. Celle-ci, portant son surnom et regroupant 24 clubs à travers la Métropole, les Antilles, la Guyane ou encore la Réunion, ne l’empêche pas d’enchaîner les victoires en JJB (champion d’Europe en 2015 et 2020) ni de faire preuve d’une humilité et d’un respect caractérisant ce sport, sa passion.

Comment expliquez-vous l’engouement autour du jiu-jitsu brésilien en métropole et ici aux Antilles ? Quel en est selon vous l’élément déclencheur ?
Historiquement, le jiu-jitsu brésilien a été introduit en MMA dans les années 90 par le biais du Brésilien Royce Gracie. Il a débarqué avec un style singulier, vêtu d’un kimono, et des techniques particulières de combat au sol, de soumission et d’étranglement. Son efficacité face aux écoles traditionnelles a totalement révolutionné la philosophie des combats libres. La popularisation du JJB vient clairement du MMA, dont de nombreux événements sont retransmis à la télévision française depuis 2008. Sa pratique commence seulement à être légalisée en France, à la charge de la Fédération Française de Boxe. Jusqu’à présent, les adeptes de ce sport de combat se tournaient donc vers le jiu-jitsu. Cet art martial provenant du Kosen Judo octroie une plus grande liberté dans les combats au sol, et les protocoles sont moins rigides qu’au judo “classique”. C’est ce qui plaît, les arrêts y sont moins fréquents ce qui rend l’apprentissage et l’expérience plus “fun”.

Comment jugez-vous le niveau ici aux Antilles ? Est-il si différent de celui que vous pouvez constater en métropole ? Comment adaptez-vous vos méthodes d’enseignement ?
Le niveau est légèrement meilleur en métropole car les infrastructures sont plus développées, mais attention, cet écart se résorbe très rapidement. Je vois de belles choses ici aux Antilles et la discipline tend à atteindre un haut standing. On parle là d’un art martial, et comme tout art il évolue. La pédagogie que j’adopte part de ce principe : on échange, on adapte et on mue.
Cette semaine j’ai pu avoir la chance de voir une vingtaine d’adultes et une trentaine d’enfants. Ce sont autant de profils variés avec différentes attentes que je cherche à appréhender. A partir de ce constat j’apporte mon expérience et mes propres techniques tout en m’adaptant aux besoins de chacun. C’est la quintessence même du JJB qui, comme je disais précédemment, a révolutionné les combats libres tout en restant un art martial modulable, évolutif.

Enfin, et c’est de circonstance, quelles sont les mesures adoptées par rapport au Covid-19 ? Est-ce handicapant ?
Cela ne nous dérange pas particulièrement dans la mesure où l’espace demeure ouvert. Je garde la même logique d’entraînement, à savoir du travail en solo ou en binôme. Je corrige certaines techniques en utilisant des arrêts “flash” lorsque l’on travaille à deux avec un sparring-partner. Le masque est porté en dehors de l’aire de combat et tout le monde se connaît ici, alors la traçabilité est assurée. Cela ne nous a absolument pas empêché de passer une superbe semaine et j’espère revenir prochainement pour constater la progression de nos combattants.

 

Journal de Saint-Barth N°1395 du 28/10/2020

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