François Tolède et Luc Poupon, mots croisés

Les deux chefs d’orchestre des Voiles de Saint-Barth Richard Mille, François Tolède et Luc Poupon, lanceront samedi 13 avril la dixième édition de l’événement. Avec des régates comme toujours musclées autour de l’île, un programme de fête à Gustavia et Saint-Jean, un show laser et une volonté d’être plus écolo.


Comment résumeriez-vous, en un mot (ou deux), dix années de Voiles de Saint-Barth ?
François Tolède : Compétition en mer, convivialité à terre !
Luc Poupon : Une belle aventure.

Pensiez-vous à l’ouverture de la première édition, en 2010, que l’événement deviendrait si vite un pilier du calendrier de Saint-Barth et de la régate en général ?
F.T : Notre objectif au départ était de proposer un événement nautique propre à Saint-Barthélemy et de prolonger la saison touristique au mois d’avril. Bien sûr nous espérions que l’événement devienne un incontournable à Saint-Barthélemy mais nous ne pensions pas que les Voiles prendraient une dimension aussi internationale et qu’elles seraient reconnues comme une régate majeure à travers le monde.

L.P : Non, pas du tout. Le but était en premier de dynamiser l’île à la fin de la période touristique, qui à l’époque ralentissait mi-avril. Et aussi de prouver qu’à Saint-Barth, on pouvait organiser des événements comme les autres îles de la Caraïbe. Il y avait aussi l’envie de renouer avec le passé des Loulou’s Regattas, qui ont eu lieu de 1974 aux années 90, et qui ont attiré plus de 100 bateaux, je crois. Pour cela il a fallu l’aide des élus, des partenaires, de la population, des bénévoles, des participants qui nous ont fait confiance, et de mille autres paramètres !


Qu’est-ce qui, selon vous, a engendré ce succès ?
F.T : La destination bien entendu joue beaucoup. Nos participants apprécient particulièrement le fait de pouvoir régater au soleil, avec des décors de carte postale et une eau bleu azur… Mais c’est aussi l’hospitalité et l’atmosphère propres à Saint-Barthélemy, cet esprit chic tout en étant décontracté, qui est particulièrement apprécié. Enfin, nous travaillons toute l’année pour proposer une organisation aussi professionnelle que possible, aussi bien en mer qu’à terre, pour que chaque édition reste un souvenir inoubliable pour tous.

L.P : Le succès des Voiles est, je pense, d’abord dû au site. L’île de Saint-Barth présente des qualités liées à son environnement nautique et à sa réputation dans la Caraïbe.
Pour les amateurs de régate, le plan d’eau autour de l’île, avec ses nombreux îlets, permet de présenter des parcours variés et sportifs, si les conditions météo sont normales (en moyenne, alizé d’Est de 15-20 nœuds). Nous essayons de leur organiser de belles régates avec une équipe professionnelle qui sait s’adapter aux concurrents et aux conditions. Ensuite les équipages aiment sûrement l’ambiance de l’île, la manière dont ils sont reçus et les diverses animations qu’on leur propose.

Y aura-t-il un événement spécial pour cette dixième édition ?
F.T : Nous ne souhaitions pas changer nos fondamentaux qui restent toujours appréciés: cinq jours de compétition, une soirée équipage à Shell Beach, un Day Off au Nikki Beach… Mais nous avons voulu apporter des améliorations un peu partout. Il y aura un spectacle de show laser, le concept de l’Art’n’Food Market, avec l’association Artists of Saint-Barth sera aussi proposé sur le village de course, avec des grands chefs de l’île…
Notre volonté aussi pour cette 10e édition, c’est de marquer un nouveau tournant dans notre façon de faire de l’événementiel, en agissant de manière éco-responsable et en essayant de supprimer le plus possible le plastique du village de course. La route est longue mais nous souhaitons à terme devenir une régate zéro plastique. Nous allons par exemple proposer à partir de cette année des eco-cups, nous avons aussi remplacé tout nos achats en plastique par des matière biodégradables. Nous travaillons en ce moment avec nos partenaires et les associations de Saint-Barthélemy, notamment l’ATE, pour proposer des conférences aux écoles, communiquer et sensibiliser le plus possible sur la préservation des fonds marins et des océans.

L.P : Spécial je ne sais pas, mais nous essayerons de satisfaire tout le monde. L’île est petite, éloignée et c’est donc difficile et onéreux de créer quelque chose de spectaculaire.


Port, infrastructure, financement… Le rendez-vous peut-il se développer encore ?
F.T : Aujourd'hui, tous les feux sont au vert au niveau de l’organisation pour accueillir un plus grand nombre de bateaux, mais nous avons effectivement certaines contraintes : la capacité du port, tout d’abord, qui reste limitée et celle du quai d’honneur où se trouve le village de course. Notre principal frein reste cependant l’hébergement. Beaucoup d’équipages qui aimeraient venir à Saint-Barth sont contraints d’annuler car ils ne trouvent pas de maison à des prix abordables, les tarifs restant en haute saison jusqu’à la fin de l’événement. Nous sommes fiers d’être une régate ouverte à tous types de bateaux, où se mixent amateurs et professionnels. Sans le soutien des infrastructures locales à ce niveau, le développement de la course restera limité.

L.P : Nous essayons chaque année d’attirer de nouvelles classes, c’est un long travail. Mais à ce jour les quais sont déjà remplis au maximum, à cause d’un seuil à l’entrée du port, ou plutôt de la rade, où le tirant d’eau pour rentrer est limité à 4,70 mètres ; or les bateaux modernes ont des tirants d’eau de plus en plus importants.
Le problème inhérent à Saint-Barth est la cherté du logement, il est très difficile de trouver pour dix jours des logements à des prix décents. De plus en plus d’équipages, même sur de gros bateaux, louent des catamarans pour se loger pendant les Voiles.

Où en seront les Voiles dans dix ans ?
F.T : Les Voiles de Saint-Barth Richard Mille ont aujourd’hui trouvé leur place : nous estimons les retombées économiques pour l’île aux alentours de 4 à 4,5 millions d’euros sur l’ensemble de la semaine et nous contribuons à véhiculer une image positive de Saint-Barthélemy à travers le monde. A l’heure actuelle, sans le soutien de nos sponsors tels que Richard Mille, la Cepac, Veuve Clicquot ou la Collectivité de Saint-Barthélemy, nous ne pourrions exister et envisager de nous projeter sur 10 ans. Mais 10 ans, c’est loin ! Nous sommes déjà heureux de nous dire que nous avons le soutien de Richard Mille pour quatre années encore. Nous espérons également continuer à avoir la confiance de nos autres partenaires, pour proposer la même qualité d’organisation et nous améliorer chaque année. L’objectif restera quoi qu’il en soit toujours le même : faire plaisir en mer et à terre, aux concurrents comme aux résidents de Saint-Barthélemy.

L.P : Personne n’en sait rien, pour ma part, la roue tourne et dans dix ans, qui sait ? Tout a un début et une fin.


JSB 1323
















Journal de Saint-Barth N°1323 du 11/04/2019

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