Foot féminin : excitation non dissimulée pour France - Etats-Unis

Le pays était déjà en ébullition pendant les matchs de groupe à l’issue desquels l’équipe de France du Mondial féminin s’est qualifiée pour les huitièmes de finale, rencontre qu’elles ont remportée 2 à 1 le 23 juin dernier contre le Brésil. C’est avec une excitation non dissimulée que beaucoup suivront les Bleues en quart face aux États-Unis aujourd’hui à 15 heures locales.

 

Au détour des matchs diffusés çà et là sur l’île, les supporters ne sont pas avares de compliments et d’admiration pour l’équipe de France féminine de foot : tous s’accordent à dire que depuis la professionnalisation du football féminin, le niveau s’est significativement amélioré. Interrogé sur sa vision du Mondial féminin, Jean-François affirme qu’il n’aimerait pas que « l’événement devienne un sujet pseudo-féministe : elles jouent parce qu’elles sont compétentes et que ça envoie vraiment du lourd. Les gens regardent aussi parce que c’est la France et qu’elles peuvent gagner ». Il souligne la nette différence de niveau par rapport aux équipes qui ont un historique plus récent, comme la Corée (4-0) ou le Nigéria (1-0). Et d’ajouter : « Il y a quand même moins de chichi que chez les hommes… Elles se prennent un taquet, elles se relèvent et c’est reparti ! » Ingrid, 26 ans, convertie au football féminin par son amie Pauline qui a intégré l’Olympique lyonnais, trouve les joueuses « peut-être moins rapides, mais plus techniques. Il y a plus de spectacle, d’action : quand elles se prennent des coups, elles se relèvent immédiatement, elles chipotent moins ».

 

L’inégalité des chances

Conscient que certaines ont dû jouer des coudes pour se faire une place, quitte à braver leur culture et leur famille, Erlé, qui ne perd pas l’écran de vue, affirme : « ça a une incidence incroyable pour certaines, en fonction du pays duquel elles viennent. Elles ont bien plus de courage que la plupart des hommes sur le terrain ».

Pour ne citer que cet exemple, en Argentine, filles et garçons jouent indifféremment dans les mêmes équipes jusqu’à l’adolescence où les clubs deviennent alors exclusivement masculins, « parce qu’on n’attend pas des filles qu’elles deviennent des joueuses de foot mais qu’elles sachent bien tenir une maison et élever des enfants » regrette Willy.

Eileen, quant à elle, a grandi à Saint-Barth et vient d’intégrer la Cité scolaire d’excellence du Creps (Centre de Ressources, d'expertise et de performance sportives) de Guadeloupe en tant que gardienne de but. Du haut de ses 12 ans, la toute jeune fille passe rapidement sur ses problèmes d’intégration du début face à des garçons irrespectueux voire insultants : « quand j’ai montré ce que je savais faire et de quoi j’étais capable, ils m’ont fait confiance et m’ont encouragée ». C’est avec un mélange de fierté et d’inquiétude que son papa, Franck, souligne une décision entièrement prise par sa fille et par elle seule, bien que lui et son épouse, Caroline, redoutent ce gros chamboulement : « C’est compliqué de quitter le cocon familial à douze ans, c’est jeune, et tout s’est fait très vite. En à peine deux mois. » Et d’ajouter : « mais devant son enthousiasme et sa motivation, nous l’encourageons et la soutenons ».

 

Aussi populaires que le football américain

Le football ou soccer féminin jouit d’un historique plus ancien et d’une popularité plus importante aux États-Unis. Pourquoi ? « Parce qu’elles gagnent ! » répondent en chœur Mark et Krista, en vacances sur l’île, « même si la plupart des Américains ne connaissent pas vraiment les règles… » Venus assister au France-Brésil au Piment « pour l’ambiance », ils soulignent la ferveur que connaît le football féminin aux États-Unis : la demi-finale et la finale féminines y sont autant suivies que les matchs de football américain, et ce déjà depuis les années 1990.

 

La catégorie de supporters qui assistent aux matchs dans les stades se distingue également de ceux des matchs masculins : un public familial, des parents avec leurs enfants, des couples, avec un véritable esprit sportif, pas de violence dans les gradins… Ingrid précise que c’est à l’image des équipes : les joueuses ne se battent pas entre elles et sont plus respectueuses de l’arbitrage, c’est plus fair-play ». Son avis sur le match de cet après-midi ? « On va gagner ! J’ai regardé tous les matchs depuis le début : elles se sont bien défendues contre la Norvège (2-1) et contre le Brésil (2-1), c’étaient des équipes difficiles, il n’y a pas de raison qu’elles perdent contre les États-Unis ! » En attendant peut-être un jour d’intégrer une équipe prestigieuse, Eileen s’enthousiasme : les filles, ça joue plus collectif, elles sont plus dans un esprit sportif. J’espère vraiment que les Bleues vont gagner ! »

 

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