Après 127 jours dans un tonneau à la dérive, il aperçoit Saint-Barth…

Incroyable périple ! Jean-Jacques Savin, Girondin de 72 ans, a traversé l’Atlantique uniquement porté par le vent et les courants, tout seul dans un tonneau aménagé.

 

«Allo la Terre ! » Jean-Jacques Savin, 72 ans, est libre comme l’air dans son tonneau, alors qu’il virevolte « comme une balle de ping-pong » au gré des vagues et des courants, à l’approche des Caraïbes. Depuis son frêle esquif, il nous raconte son quotidien grâce à un téléphone satellite. « Je suis à 500 kilomètres de Porto Rico, là. Hier, j’ai pêché ma dernière daurade, je n’ai plus de flèche à mon harpon, j’en ai perdu deux. » Crrr Crrr, le téléphone grésille, la ligne est mauvaise et coupe.

 

Quelques jours plus tard, Jean-Jacques Savin est en Martinique, les pieds sur le plancher des vaches. « Saint-Barth est la première terre que j’ai aperçue ! Je m’étais fixé une ligne d’arrivée imaginaire pour les Caraïbes. Je l’ai dépassée au bout de 127 jours, c’est plus long que ce que j’avais prévu. J’étais parti pour 80 à 100 jours », explique l’ancien militaire. Il a été récupéré par un pétrolier et débarqué à Saint-Eustache, avant qu’un remorqueur ne vienne le chercher pour le ramener en Martinique, jeudi dernier, où l’attendait sa famille.

 

5.800 km à la dérive

Jean-Jacques Savin est parti des îles Canaries le 26 décembre 2018. Seul, dans un tonneau aménagé, il s’est laissé dériver pendant quatre mois et 5.800 kilomètres. Une idée qui le taraudait depuis ses 14 ans, âge auquel il a découvert le pirate Montbars. Ce dernier « avait écrit qu’une barrique jetée à la mer aux Canaries mettrait trois mois à arriver aux Caraïbes. C’est toujours resté comme un vieux rêve. C’est fait, maintenant », conclut l’aventurier.

Lui a mis un mois de plus, avec une trajectoire un peu trop au Nord. « Dès le départ, j’ai su que j’allais prendre du retard. J’ai rationné ma nourriture. » Au bout de 62 jours, des océanographes américains sont venus à sa rencontre, avec des denrées salvatrices. Plus quelques daurades qu’il a réussi à pêcher sous son embarcation.

A part ça, « tout s’est très bien passé », résume Jean-Jacques, qui s’est inquiété à trois reprises. « Un cargo que je détourne à la radio me passe à 100 mètres au dernier moment. Un autre, qui allait me percuter, ne répondait pas à sa radio. J’ai envoyé un fumigène et heureusement, il l’a vu, il m’est passé à 15 mètres ! J’ai pu échanger trois mots avec le capitaine, qui m’a demandé si j’étais en détresse… J’ai dit c’est bon, casse-toi ! J’avais les jambes qui jouaient des castagnettes», raconte le picaresque retraité de son accent chantant du sud ouest. Dernier problème, une blessure survenue alors qu’il arrangeait son tonneau, par gros temps. Il a bien failli rester pendu par une corde à son «compagnon », comme il l’appelle, sans possibilité de remonter à bord.

Ces mésaventures mises à part, Jean-Jacques Savin donne le sentiment de regretter sa solitude en Atlantique. « Que du plaisir ! Pas de chef, pas de compte à rendre, aucune contrainte ! » Il se félicite aussi de l’engouement que, peu à peu, son aventure a suscité. Au départ plutôt confidentiel, son voyage a fait l’objet à son arrivée de nombreux articles et reportages en France et au-delà. Des anonymes se sont mis à le suivre et l’encourager. « Quand j’ai vu Saint-Barth, j’ai cherché mes jumelles pour voir Valérie… Une dame qui m’a dit que si j’arrivais sur l’île, elle me trouverait un hébergement. Très sympa ! »

Il n’a fallu qu’une année à Jean Jacques Savin pour monter le projet, grâce à la participation de plusieurs sponsors dont évidemment une tonnellerie, Boutes. « Et une sacrée équipe. C’était vraiment tous pour un ! » A peine au sec, il a déjà commencé la rédaction d’un livre racontant son aventure. Il est programmé dans plusieurs salons de métropole, avec son tonneau, pour raconter son exploit. Ensuite, il prévoit de franchir la Manche à la nage, lui qui traverse chaque année le bassin d’Arcachon à la force des bras. Puis un plus gros projet, la traversée du Pacifique à la dérive, dans les mêmes conditions que l’Atlantique. Voilà un homme qui doit être difficile à suivre.

 

> Page Facebook TESA : Traversée de l’Atlantique en Tonneau et site internet www.atlantique-tonneau.com.



JSB 1328

Journal de Saint-Barth N°1328 du 16/05/2019

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