Pas d’embruns ni de vents dans les cheveux, mais Miguel Danet et Eric Peron courent toujours ensemble sur l’Egoïste, virtuellement en attendant de pouvoir se retrouver. Gros avantage : le premier à Saint-Barth, le second en Bourgogne, la veille est facilitée. Sur l’île, des dizaines de locaux se sont lancés dans la course, dont Patrick Bernier sur Flèche Bleue SBH. Il aurait du être à Gustavia pour accueillir les bateaux ; le pigiste voile du Journal de Saint-Barth, Clément Malaoui, dispute sa première régate virtuelle depuis Bourg-en-Bresse, sous le nom de “Jack Usi”.

58.000 bateaux fictifs foncent vers Saint-Barth

Dimanche 19 avril, plus de 58.000 skippers ont pris le départ virtuel de la Transat, au lieu des vingt-deux Figaro qui auraient dû réellement s’élancer de Concarneau pour la 15e édition de l’AG2R. Parmi eux, des pros comme le duo Miguel Danet/Eric Peron, mais aussi de nombreux amateurs de Saint-Barth et d’ailleurs.

 

 

Contraints de rester chez eux comme l’ensemble des Français, un grand nombre de skippers qui devaient initialement s’élancer dans la Transat AG2R La Mondiale dimanche ont choisi de s’engager sur la transat en ligne sur le site Virtual Regatta. L’équipage local Miguel Danet - Eric Peron, inscrit sur l’Égoïste, navigue sur les eaux numériques, comme quatorze autres Figaros skippés par des professionnels. On retrouve Bruno Jourdren, Gaston Morvan, Armel Le Cléac’h. Certains marins se sont associés à des célébrités, comme Jacques Caraës avec Jane Birkin, et Gildas Morvan avec Miossec.

 

Miguel Danet à Saint-Barth, Eric Peron en Bourgogne : le bateau L’Égoïste avec ses voiles rouges a pris le départ virtuel dimanche de Concarneau. L’équipage possède un avantage : le décalage horaire qui leur permet de se relayer devant l’écran. Les deux marins bloqués à terre prennent ce jeu comme un véritable entraînement. « Un bon moyen de réviser, mettre des cas pratiques dans nos têtes afin d’accumuler encore et encore de l’expérience, pilier de notre sport », explique Eric. Tous les jours, il s’efforce de faire l’analyse complète de la météo. A terre comme en mer, le partage des tâches se fait naturellement. Éric ayant un peu plus d’expérience que Miguel, il s’occupe de faire l’acquisition des données, leur analyse, puis transmet le plan de route à son coéquipier. « On s’assure suivant le temps de repos et le travail de chacun que l’un ou l’autre reste en veille, comme sur un bateau. » Miguel complète : « C’est plus cool pour nous deux, on peut naviguer et passer du temps avec notre famille. » Plus qu’un jeu, cette Transat demande une attention de chaque instant. Un changement de météo, de cap, ce sont « des moments chauds », explique Éric. « La première nuit, Miguel a assuré les empannages pendant que je dormais. Et le lendemain je reprenais le flambeau avec une gestion de la trajectoire un peu plus globale. »

 

Environ 150 bateaux Saint-Barth

Parmi les 58.000 skippers, de nombreux locaux participent à la course. Romaric Magras et Patrick Bernier ont créé un groupe Facebook « pour faire vivre la Transat malgré son report, et montrer notre soutien à tous les marins restés à quai. » La page “Talm – les bateaux de St-Barth” estime le nombre de bateaux manoeuvrés depuis notre île à plus de 150.

 

Les deux amateurs connaissent la plateforme depuis longtemps. La Transat AG2R bien sûr, mais aussi la Route du Rhum, le Vendée Globe, le Trophée Jules Verne... les options de jeu n’ont plus de secret pour ces amoureux de la voile. « Cette année on peut se confronter aux skippers pros, on est tous à armes égales ou presque. » Miguel Danet confirme : « C’est cool d’avoir des équipages locaux qui se tirent la bourre ! »

 

A bord du “CoRomyVirus”

« Il faut vraiment passer beaucoup de temps sur l’application, et se réveiller quelques fois la nuit pour des changements de cap ou des réglages », explique Patrick Bernier, qui a baptisé son Figaro fictif La Flèche Bleue SBH. « C’est très prenant quand on veut faire un résultat. » « Ça prend en effet pas mal de temps, pour étudier les fichiers météo, préparer la stratégie », complète Romaric Magras. « Parfois on choisit des routes payantes, parfois on reste à la traîne, mais c’est le jeu, comme dans une vraie régate. J’essaie d’apporter de l’originalité avec un journal de bord virtuel du bateau CoRomyVirus, dans lequel je raconte ma course, la vie à bord… Tout est fictif, mais ça m’amuse ! »

 

Arrivée à Gustavia

prévue dans…

Comme la véritable course, les inscrits se sont lancés dans un jeu de longue haleine. Ils devront s’accrocher durant environ trois semaines.

Miguel Danet et Eric Peron partent « sur une vingtaine de jour de course » soit une arrivée aux alentours du 9 mai. Pour Romaric Magras, il est un « un peu trop tôt pour dire quand on arrivera à Saint-Barth, mais si on se fie aux prévisions du jeu, les premiers devraient arriver entre le 5 et le 8 mai. Les prochaines semaines seront bien studieuses ! »

Du côté de Patrick Bernier, « aucune date d’arrivée pour l’instant. La bataille fait rage et il faut se focaliser sur la trajectoire, les options et les réglages permanents. »

Pas de pronostic non plus pour Manuel Questel, un autre participant sur son bateau Team Saint-Barth, «mais bien sûr le plus rapidement sera le mieux » ! Sa dernière transat virtuelle n’était autre que le trophée Jules Verne, « un défi nautique qui récompense le tour du monde à la voile le plus rapide. Réalisé en trimaran j’ai terminé quatrième, juste derrière La Flèche Bleue SBH sur onze skippers de Saint-Barth et 6.016e sur 68.685 participants dans le monde. »

Le confinement fait bondir la fréquentation des jeux en ligne de ce type, et beaucoup profitent d’être coincés à la maison pour s’y mettre. C’est le cas de notre confrère journaliste Clément Malaoui, qui aurait dû être à Gustavia pour accueillir les Figaros, début mai, et rédiger le Journal de La Transat ; quitte à rester dans l’Ain, il a pris lui aussi le départ de sa première régate virtuelle le 19 avril, sur son bateau nommé “Jack Usi”. Débutant, il était ravi de sa 2.500 position au second jour de navigation ; mais un réveil trop tardif lui a fait perdre pas mal d’avance... 

 

Gustavia aurait dû voir arriver les véritables bateaux de la Transat AG2R à partir du 7 ou 8 mai. Un moment toujours émouvant, durant lequel les bateaux partent à la rencontre des marins, la population applaudit et trinque à leurs exploits. Crise sanitaire oblige, cette fête devra se vivre cette année par écrans interposés.

 

> Il est toujours possible de rejoindre la course sur le site www.virtualregatta.com

 

> Suivre les bateaux locaux sur la page Facebook “Talm - les bateaux de St-Barth”