Valérie Denux : « On ne peut pas changer les choses en six mois ou un an »

Valérie Denux, directrice de l’Agence régionale de santé (ARS) Guadeloupe Saint-Martin Saint-Barthélemy, réagit aux propos tenus par Bruno Magras lors du dernier conseil territorial (JSB 1348) et aux difficultés que connaissent l’Ehpad et l’hôpital, décrites par le personnel dans une lettre publiée en page suivante.

 

Vous avez souhaité réagir après les déclarations de Bruno Magras au conseil territorial du 28 octobre (JSB 1348). Quel est le problème à l’hôpital ?

On s’est vus au mois d’août, je lui ai écrit récemment et j’ai rendez-vous avec lui le 28 novembre. Je pense que le Président de la Collectivité et moi-même partageons le même but, proposer la meilleure offre de soin possible pour Saint-Barthélemy. Il veut plus d’efficacité pour l’hôpital, pour l’Ehpad, et je le comprends. Je crois que Monsieur Magras est quelqu’un qui aimerait que ça arrive plus vite, je peux le comprendre, mais changer les choses demande du temps.

 

Comment comptez-vous changer les choses ?

Je vous avais déjà expliqué notre souhait de mettre en place un hôpital de proximité à Saint-Barthélemy (JSB 1344), avec de la médecine ; car pour l’instant il n’y a que des urgentistes. Mais c’est un petit hôpital, on ne pourra jamais obtenir de gros plateaux techniques. Il faut compter sur la mutualisation, la mise en place de parcours de soins. On a contacté les libéraux pour les embarquer dans un plateau de consultation, au besoin. Endocrinologie, neurologie… Il y a déjà des consultations mais ce n’est pas suffisant, et il n’y a pas toutes les spécialités nécessaires. Nous devons aussi développer la télémédecine. Elle en est à ses balbutiements, nous devons la renforcer.

 

L’hôpital De Bruyn est déjà classé hôpital de proximité depuis 2018.

Oui, mais au sens précédent du terme. Cela concernait essentiellement le financement. L’hôpital de proximité Ma Santé 2022 implique des prises en charge propres, un périmètre défini.

 

Qu’en est-il de l’Ehpad, que la Collectivité subventionne chaque année ?

Par rapport à l’Ehpad, le Président ne souhaite pas qu’on augmente les prix, d’accord. Il faut qu’on travaille sur la performance de l’établissement. On a un taux d’encadrement important des résidents. Une façon d’optimiser tout ça est de faire un ensemble dynamique de santé associant l’hôpital, l’Ehpad et les libéraux. D’autant plus avec la création du Pôle médico-social des îles du Nord, qui comprendra notamment un Institut médico-éducatif à Saint-Barthélemy. Ce que je prône, c’est une cohérence de l’ensemble. Après, si Monsieur Magras désire que des privés viennent en complément, je n’y vois aucun problème ; mais je souhaite que les soins restent accessibles à toute la population.

 

Pour lui, la caisse de prévoyance locale, excédentaire, devrait servir Saint-Barthélemy avant d’être intégrée au budget national. Qu’en pensez-vous ?

Certes, une majorité de Saint-Barth a la chance, pour l’instant, de ne pas avoir de besoins. Mais ils vont vieillir, si j’ose dire ; ce ne sera peut-être pas toujours le cas. Il doit y avoir une réponse de qualité.

 

Il existe quand même un principe de répartition en France. Si demain il y avait une catastrophe à Saint-Barthélemy, un cyclone, un séisme ou autre, la solidarité nationale jouerait complètement. Aujourd’hui, on amène des gens vers les plateaux techniques de Saint-Martin ou de la Guadeloupe, et c’est pris en charge par la sécurité sociale. Après, il faut qu’on travaille pour améliorer la réponse de santé, autre que l’urgence, à Saint-Barthélemy. Mais on ne peut pas changer les choses en six mois ou un an.

 

Les possibilités d’Evasan semblent se réduire ; elles sont depuis quelques semaines impossibles après 16h30, selon le personnel de l’hôpital qui publie dans nos colonnes une lettre ouverte (ci-contre). Qu’en est-il ?

Les Evasan sont un point de difficulté à Saint-Barth. On peut décoller, mais on ne peut pas atterrir la nuit. On travaille avec Saint-Martin pour constituer des équipes de territoire dédiées aux évacuations sanitaires ; jusqu’à présent les équipes du Smur faisaient les Evasan.


Le marché doit être redéfini à l’horizon 2021. La piste de Saint-Barthélemy est ce qu’elle est, il y a des possibilités avec l’hélicoptère, encore faut-il qu’il soit disponible, que les conditions soient propices… Dans une triple insularité, on a des contraintes. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Il faut tout mettre en œuvre pour que ce ne soit pas pénalisant pour le patient. J’aimerais créer à l’hôpital une unité d’hospitalisation de courte durée, qui soit centrée sur du « damage control », la stabilisation.

 

Le syndicat UTS UGTG parle aussi de difficultés pour recruter des médecins, et décrit la sensation d’être dans « un bateau sans capitaine »

Monsieur Magras demande depuis longtemps à ce qu’il y ait un directeur à demeure à l’hôpital De Bruyn. J’y suis tout à fait favorable, le recrutement est lancé pour une prise de poste au début de l’année.

 

Les médecins, c’est difficile partout. On a le même problème à Saint-Martin sur les permanents. Cela pose une difficulté, car un médecin permanent, contrairement à un contractuel, va s’impliquer à long terme. On peut faire un pont d’or à des médecins, cela n’attirera pas forcément les meilleurs, qui veulent plutôt de la recherche, de l’équipement, une dynamique. Les mercenaires, ce n’est pas la solution idéale. C’est pour cela qu’il faut que l’on regroupe toutes les ressources.

 

Par ailleurs, les choses changent. On a désormais des infirmiers classiques, mais aussi des infirmiers de coordination, et même des infirmiers de pratique avancée. Les libéraux de Saint-Barthélemy, je les ai rencontrés à plusieurs reprises, souhaitent s’impliquer. Il faut que les acteurs de la santé aient envie de travailler ensemble, dans une même dynamique. Avec les confrères des autres îles, car de toute façon, il y a une limite à Saint-Barthélemy. La médecine est de plus en plus pointue, vous ne pourrez pas avoir tout le spectre des compétences dans un seul établissement. A l’hôpital De Bruyn, vous avez essentiellement des médecins urgentistes. Ils ne sont pas spécialisés pour des suivis de pathologies chroniques, la gériatrie ou la petite enfance. Rien que pour cela, il faut qu’il y ait une coopération.

 

Est-ce que la coopération entre les équipes des hôpitaux de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barth est compliquée ?

Le GHT (Groupement hospitalier de territoire, ndlr) a été mis en place en 2016. A mon arrivée à l’été 2018, il n’y avait toujours rien de réellement mis en commun. C’est une vision moderne, les choses se font progressivement. Mon souhait, c’est d’entrer dans de la qualité de soin. Au final, cela entraîne moins de ré-hospitalisation, cela coûte moins cher.

 

Les difficultés de l’hôpital De Bruyn proviennent-elles d’un manque de moyens ?

Sincèrement, non. J’ai écrit à Monsieur Magras que je suis prête à injecter des moyens pour la reconstruction du bâtiment, réécrire le projet médical s’il le faut. J’augmente l’équipe territoriale pour les Evasan. Oui, nous mettons les moyens nécessaires.

JSB 1350


Journal de Saint-Barth N°1350 du 14/11/2019

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