Télévision, jeux vidéos, tablettes, téléphone : tous accros !

Le pédopsychiatre Olivier Revol animera demain une conférence sur le thème « Accros aux écrans, c’est grave docteur ? » L’occasion de s’interroger sur notre propre relation aux smartphones, tablettes, consoles de jeu ou télévision.

 

Pourquoi est-ce que je publie ce selfie ? Pourquoi ai-je du mal à dormir ce soir ? Combien d’heures je passe chaque jour à jouer à Fortnite ?

S’interroger sur son rapport aux écrans est la première étape pour prévenir d’une éventuelle addiction, que l’on soit enfant, adolescent ou adulte. C’est aussi l’objectif de la conférence organisée vendredi par l’association Emma, et animée par le professeur Olivier Revol, pédopsychiatre au CHU de Lyon. « Ce sera principalement centré sur les enfants et adolescents, mais on parlera également de l’addiction des adultes », précise Olivier Revol.

 

Pouvoir addictogène

Pourquoi devient-on accro à ces écrans ? « D’abord, parce que c’est fun, c’est intéressant », répond le spécialiste. « Même nous, adultes, on est touchés par cette richesse très accessible. Autant pour les écrans passifs comme la télévision, qu’actifs comme la tablette, la console de jeu et bien sûr le téléphone. Ils ont un grand pouvoir addictogène. » Et provoquent, en particulier chez les plus jeunes, rapidement des problèmes. « On a des enfants qui n’arrivent pas du tout à se concentrer sur un exercice ou un livre. Quand ils regardent une série ou jouent à un jeu, les concepteurs ont enlevé tout ce qui pourrait être ennuyeux. » Aucun temps mort, moment de réflexion voire d’ennui n’est toléré. « Et encore, à Saint-Barthélemy, les enfants ont accès à plein d’activités extérieures. Pour beaucoup d’enfants qui grandissent en milieu urbain, l’écran équivaut à la cabane du jardin que l’on ne voulait pas quitter petit… »

 

Dodo et réveille-matin

Pour les petits comme pour les adultes, regarder un écran avant de se coucher nuit au sommeil. « La lumière retarde la mélatonine produite par le cerveau, qui croit qu’il fait encore jour, et empêche de trouver le sommeil », explique le Pr Olivier Revol. « Beaucoup d’adultes, quand ils se réveillent le matin, regardent leur téléphone avant même de parler à leur conjoint. Il y a un vrai problème d’addiction là aussi. » Pour éviter ce mauvais réflexe, munissez vous d’un vrai réveil matin « à l’ancienne », plutôt que de l’option alarme du téléphone. Quand aux adolescents, on leur demande de laisser le téléphone à l’extérieur de la chambre, le soir.

 

Apparence et narcissisme

Un chapitre de la conférence sera bien sûr consacré aux réseaux sociaux. « Incontournable », pour Olivier Revol. « Il n’y a pas que du négatif dans les réseaux sociaux mais il y a des dangers. Le premier est le harcèlement à l’école, qui ne prend plus fin une fois rentré à la maison. A Saint-Barth, vous êtes souvent éloignés des proches, les réseaux sociaux permettent de garder un lien, et de créer une communauté virtuelle ou on s’affiche et on échange », poursuit-il.

Avec les réseaux sociaux, vient la question de l’image, retouchée, arrangée ou non, que l’on donne, et donc du rapport à soi. « On est au siècle de l’apparence ! Le numérique a contribué à rendre l’époque narcissique. Si vous avez dans la vie peu de satisfaction, qu’elle soit personnelle, amoureuse, professionnelle, le fait d’avoir 500 ou 600 « friends », ça rassure et peut rendre de la confiance en soi. »

 

Comme pour toutes les addictions, on s’aperçoit souvent qu’il y a un problème quand on a déjà perdu le contrôle. Pour prévenir l’addiction aux écrans, « il faut réhabiliter les moments de dialogue. Supprimer la télévision et le téléphone à table, favoriser des moments de partage sans écran comme les jeux de société, faire du sport ensemble… » Quant à l’interdiction totale de tout écran pour les jeunes, « ce n’est pas forcément la solution, parce qu’on risque d’handicaper l’enfant. Le numérique, c’est un fait de société. Il faut juste le consommer avec modération ! »

 

> Rendez-vous vendredi 14 décembre à 18 heures, salle de la capitainerie. Gratuit.


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La règle « 3-6-9-12 »

C’est une recommandation édictée en 2011 par le psychiatre Serge Tisseron, sur laquelle s’appuient toujours les spécialistes, même si, selon Olivier Revol, elle est « déjà débordée. Je reçois beaucoup de parents qui mettent leur enfant devant la tablette pour avoir un moment de paix. » La règle « 3-6-9-12 » peut toutefois être une bonne base. Avant l’âge de 3 ans, l’enfant ne doit être soumis à aucun écran, tolérance zéro. De 3 à 6 ans, pas de console de jeu, et une heure quotidienne d’exposition à un écran au maximum. De 6 à 9 ans, pas d’accès à internet, et pas plus de 2 heures de jeu vidéo par jour, au maximum. De 9 à 12 ans, l’accès à internet peut se faire mais toujours sous la surveillance d’un adulte. A partir de 12 ans, le pré-adolescent peut se rendre seul sur internet, mais avec un accompagnement : n’hésitez pas à installer un logiciel de contrôle parental qui pourra limiter, notamment, les sites pornographiques. Limitez le temps passé en ligne. Et surtout, évoquez avec lui les dangers et les risques du web et des réseaux sociaux. Tout au long de la période scolaire, notamment au collège, le Dr Olivier Revol préconise aussi d’éviter les jeux vidéos la semaine. « Si la règle « 3-6-9-12 » est nécessaire, elle n’est pas suffisante à elle seule », souligne son propre créateur, le Dr Serge Tisseron, sur son site internet. « Cadrer le temps d’écran, et cela à tout âge, est essentiel. Entre 3 et 5 ans notamment, les enfants n’ont rien à gagner à passer plus d’une heure par jour devant un écran. Par ailleurs, ils doivent bénéficier d’une éducation qui leur permette de comprendre les conditions de production des divers médias et leurs modèles économiques. C’est le rôle de l’institution scolaire de les leur donner. Les écrans doivent être encadrés dès l’enfance et l’enfant éduqué aux médias. La règle « 3-6-9-12 » est une pièce majeure de ce dispositif, mais une pièce seulement. »

 

 

JSB 1307







Journal de Saint-Barth N°1307 du 13/12/2018

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