« Quand il y aura un vaccin, il faudra qu’ils m’attachent ! » La défiance au plus haut face au discours officiel

Au fil des mois de l’épidémie de Covid-19, la contestation des mesures sanitaires prises par l’Etat, la remise en cause du discours officiel, voire le complotisme, n’ont cessé de croître. A Saint-Barthélemy aussi, de nombreux résidents reprochent au gouvernement sa gestion, et l’accusent même de tirer profit de la crise.

 

Dictature, privation de liberté, manipulation… Les mots sont forts du côté des citoyens, de plus en plus nombreux, qui réfutent le discours officiel autour de la crise sanitaire. Patrice, chef d’entreprise à Saint-Barthélemy, les a réunis au sein d’une page Facebook intitulée : “Protestation contre le Covid-19, les décrets liberticides et avilissants”. Créée “pour défendre nos libertés, dénoncer la manipulation politique, médiatique et financière à l’encontre de l’avis des plus grands scientifiques”, mentionne la description de cet espace qui regroupe virtuellement près de 270 internautes de Saint-Barth. Pour Patrice, le gouvernement manipule tout simplement les chiffres dans le but de faire peur à la population. « Sans être complotiste, il suffit d’écouter les plus grands experts pour le comprendre. La prévention devient de la répression », affirme-t-il. Sa compagne renchérit : « Tout ça, c’est pour faire peur ! » Mais dans quel intérêt ? « Le but à long terme je n’en sais rien. C’est la grande question. Mais il y a des intérêts économiques, c’est sûr. Ça peut aussi être pour museler la contestation», tente Patrice.

Comme le monde entier depuis le mois de février, ils écoutent chaque jour les prises de parole de différents experts, infectiologues, médecins. Parmi ces spécialistes, on peut trouver un très large panel d’avis. Certains demandent au gouvernement d’être plus ferme et prédisent une aggravation de l’épidémie, d’autres assurent que la menace n’est pas réelle. Déjà que le jargon médical n’est pas à la portée de tous, il devient complètement brouillé quand les discours divergent. Sur le groupe Facebook de Patrice, seuls les médecins et éditorialistes qui défendent la thèse du « on en fait trop » sont relayés. Mais il ne partage pas les prises de parole de médecins qui alertent, eux, sur la seconde vague.

Discours changeants
Outre les oppositions scientifiques qui déteignent dans la société civile, les changements de cap du gouvernement lui ont fait beaucoup de tort, comme ceux de l’OMS. « En mars, on nous disait que le masque ne servait à rien. Je pense que si on en avait eu, on n’aurait pas été confinés. Et aujourd’hui on veut nous asservir avec », lance Stéphanie. Pourtant ils ne sont pas contre porter le masque au supermarché, par exemple, et comprennent l’intérêt de la chose. « Mais il y a des incohérences. On autorise les gens à enlever leur masque à table, pourquoi pas aux élèves dans les classes ? Dans un magasin en métropole, on nous a imposé un sens de circulation à l’entrée et la sortie, alors que dans les rayons, tout le monde se mélange… Il y a trop d’aberrations. » Patrice complète : «Je pense qu’au lieu de tester tout le monde, il faudrait cibler les publics, et aussi prendre en compte la charge virale. S’il y a 9.000 personnes positives par jour, mais seulement 500 qui sont réellement contagieuses, ce n’est pas pareil », reprend Patrice.
Au niveau local, il espère une prise en compte plus franche de la situation de Saint-Barth par rapport à la France et aux Antilles. Mais surtout « que chacun ait son libre arbitre. »

On ressent clairement à les écouter et les lire que c’est surtout une défiance  voire une détestation des décideurs nationaux qui nourrit la suspicion. La succession des affaires en politique a écrasé la confiance dans les institutions. « Les lobbies, les grosses sociétés… Tout est régi par la finance, à commencer par nos politiques. Au final, très peu de personnes nous gouvernent. Les ministres écoutent des scientifiques qui sont à la solde de laboratoires… Je vais m’en rappeler, de ce que nous a fait vivre l’Etat, au moment de mettre mon bulletin dans l’urne ! » Au fil de la discussion, la théorie de la création d’un coronavirus pour diminuer la population mondiale sort. « Je n’ose pas y croire. C’est du complotisme… » admet Patrice. « Mais je ne l’écarte pas non plus. » Stéphanie : «En tout cas, quand il y aura un vaccin, il faudra qu’ils m’attachent ! »

 

Journal de Saint-Barth N°1389 du 16/09/2020

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