Pourquoi il n’y a pas de nouveau cas à Saint-Barth

“Pas de tests à Saint-Barth !” Beaucoup d’habitants inquiétés par la crise du Covid-19 critiquent l’ARS, affirmant que trop peu de personnes font l’objet d’analyses de détection du virus. Il s’agit d’une stratégie nationale, qu’on vous explique.

 

Pas de nouveau cas à Saint-Barthélemy depuis que le couple rentré de croisière a été confiné chez lui, détecté positif au Covid-19, samedi 14 mars. Cet état de fait en rassure certains et paradoxalement en inquiète d’autres. Devant les courbes croissantes du nombre de cas partout dans le monde, comment expliquer que notre île soit ainsi épargnée ? Beaucoup dénoncent un nombre insuffisant de personnes testées.

 

Cette question ne se pose pas qu’à Saint-Barthélemy, mais fleurit partout en France. Premièrement, il est utile de rappeler que la semaine dernière, au moins sept personnes de notre île ont été testées, et tous les examens sont revenus négatifs.

Deuxième chose, il est vrai que des résidents porteurs de symptômes, ou ayant été en contact avec les personnes contaminées, ne sont pas testés s’ils ne présentent pas de risque particulier. Ils sont en revanche fermement invités à s’isoler chez eux et éviter tout contact durant 14 jours. Les résidents qui reviennent d’une zone à risque sont contraints à une quatorzaine stricte et pourront être contrôlés.

 

Les médecins de l’ARS Guadeloupe rappellent que « le dépistage systématique pour la population entière n’apporterait pas de bénéfice pour les personnes qui ont des formes bénignes du Covid-19, et mettrait en difficulté par un afflux massif d’examens le laboratoire, provoquant potentiellement des retards de prise en charge pour les cas sévères. Seules les personnes hospitalisées avec des symptômes évocateurs, certaines personnes à risque et les professionnels indispensables à la continuité de service pourront faire l’objet d’un test. »

Cette stratégie a été mise en place au niveau national. Une fois le stade 3 de l’épidémie atteint, la France a choisi de limiter le nombre de tests effectués, contrairement à d’autres pays qui se sont lancés dans des campagnes massives de dépistage, comme la Corée du Sud ou l’Allemagne. Les chiffres de la Guadeloupe illustrent bien cette stratégie. En trois jours la semaine dernière, l’archipel est passé de 5 à 45 cas. Le seuil épidémique étant fixé à quarante malades, une fois qu’il a été franchi, la progression des cas confirmés a diminué à une poignée chaque jour, puisque seuls les cas graves ou inquiétants sont testés. Ce qui ne signifie pas, donc, qu’il n’y en a pas d’autres. Surtout que le Covid-19 est bénin dans 80% des cas.

 

Forcément, moins on pratique de tests, plus le nombre de cas sera faible. Il est donc risqué de comparer le nombre de personnes atteintes par le Covid-19 selon les pays, sans s’attacher à leur stratégie de dépistage. Depuis février le nombre de personnes analysées a considérablement augmenté en France, jusqu’à 5.000 par jour. Loin de l’Allemagne qui revendique 160.000 tests par semaine. Au 19 mars, selon les chiffres du Monde, la France avait testé 36.747 personnes, contre plus de 286.000 pour la Corée du Sud, 148.600 pour l’Italie, 6.000 aux Pays-Bas et 38.500 au Canada, par exemple. La stratégie affichée de l’Hexagone tient aussi à ses capacités matérielles. Pour augmenter ces capacités, chaque jour ou presque de nouveaux laboratoires sont agréés pour le dépistage du Covid-19.

En ne testant que les formes sévères du coronavirus ou les personnes fragiles, la France veut concentrer ses efforts sur les cas graves pour limiter la mortalité et ne pas encombrer les services de santé. Elle économise aussi ses ressources. Lundi, Valérie Denux, directrice de l’ARS, expliquait dans une interview à France Antilles : « Les gens aimeraient qu’on fasse plus de dépistages, mais les enzymes utilisées pour le test, le PCR (Polymerase Chain Reaction ou Réaction de polymérisation en chaîne), ne sont pas disponibles à volonté. C’est pourquoi on les réserve pour les cas les plus graves. Mais l’objectif est de pouvoir réaliser plus de tests, et à plus grande échelle, surtout en vue de la sortie du confinement. »

L’Organisation mondiale de la santé a intimé aux gouvernements d’augmenter au maximum le nombre de tests pratiqués, lundi 16 mars, par la voix de son président Tedros Adhanom Ghebreyesus : « Testez, testez, testez, testez tous les cas suspects de Covid-19. (…) Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Et nous ne pourrons pas stopper cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté. »

 

Ainsi, même si Saint-Barthélemy recense officiellement deux cas, cela ne signifie pas que ces deux personnes sont les seules porteuses du virus sur l’île. D’où l’importance du confinement et des mesures barrière, même si vous vous sentez en bonne santé.

JSB 1368

Journal de Saint-Barth N°1368 du 25/03/2020

Dépistage du coronavirus
Entorses au confinement
Budget 2020