Pierre-Antoine Guibout fabrique du papier avec les sargasses fraîches

C’est un juriste fiscaliste qui s’adonne depuis quelques mois à une curieuse mais prometteuse tambouille, dans sa cuisine. Pierre-Antoine Guibout est parvenu à des résultats encourageant en transformant les sargasses fraîches en feuilles de papier.

 

Pierre-Antoine Guibout tient dans chaque main un morceau de papier un peu froissé. Le premier assez sombre et rigide, le second blanc cassé, souple mais solide. Ces feuilles, il les a fabriqué en utilisant uniquement des sargasses fraîches. Un résultat très prometteur, obtenu en quelques mois de tentatives par ce résident de Saint-Barth qui n’y connaît rien : il est juriste fiscaliste de profession. « C’est quasiment un produit fini que j’ai obtenu tout seul, alors avec un chimiste ou un spécialiste, ça peut être amélioré 100 fois ! »

 

Comment est-il arrivé à faire bouillir des sargasses dans sa cuisine ? « Avec un associé, nous avons racheté récemment une marque de cirage et produits d’entretien. On voulait utiliser de la sargasse dans le cirage, pour s’inscrire dans une démarche durable et parce qu’on a la matière première à Saint-Barthélemy, mais cela n’a pas fonctionné. Alors je me suis dit, pourquoi on n’en ferait pas le packaging ? »

 

Un coup de bol

Pierre-Antoine Guibout entame alors quelques recherches. Dans toutes les îles et les pays touchés par les sargasses, des dizaines d’initiatives locales voient le jour. Des citoyens qui n’y connaissent rien mais veulent agir se lancent dans la transformation des algues en matériau de construction, en engrais, en semelles de chaussures… « Au Mexique, j’ai trouvé une jeune fille de 18 ans qui avait fabriqué du papier à l’aide des algues, mais elle utilise moitié sargasses, moitié papier recyclé. Je voulais un produit 100% en sargasses. C’est là qu’est tout le challenge. » Le raisonnement est simple : les algues sont des végétaux, au même titre que les arbres qui servent à la fabrication de la pâte à papier. « Il faut des fibres et de la cellulose, la sargasse en contient. Je me suis dit : “aucune raison que ça ne fonctionne pas”. J’ai pris mon sac-cabas, je suis descendu à l’Anse des Cayes et je l’ai rempli. » De retour à la maison, il fait bouillir les algues, les broie… Et au terme d’un procédé qu’il garde pour lui, après plusieurs essais, il obtient ces feuilles de papier. Lui-même est surpris d’un tel résultat. « D’autres ont essayé mais le papier était trop cassant ; c’est peut-être un coup de bol, mais ma formule donne un papier très solide. » Avec un sac cabas plein de sargasses, il obtient quatre feuilles. « C’est une manière de transformer énormément de sargasses en un produit qui tient peu de place.»

 

Emballé par ces débuts encourageants, il décide d’en faire part à la population de l’île via les réseaux sociaux, avec deux objectifs rapidement atteints : il reçoit des dizaines de messages qui le confortent dans l’envie et la nécessité de poursuivre le travail, beaucoup d’encouragements ; mais aussi des propositions d’aides en tout genre, chacun avec ses compétences, et des promesses d’aides financières pour l’aider à développer son projet. « Deux couples américains, qui fréquentent Saint-Barth depuis très longtemps, m’ont dit qu’ils étaient prêts à investir dans une start-up, m’ont conseillé de faire protéger mon procédé le plus rapidement possible… J’avoue que je n’y avais pas encore pensé», admet Pierre-Antoine Guibout.

Fort de ce soutien, il conçoit un plan rapide : déposer un brevet pour son procédé de transformation des sargasses, créer une société, investir dans une presse à papier. Se poseront ensuite les questions d’un lieu de fabrication et de stockage, jusqu’à la commercialisation. « J’imagine, pourquoi pas, une petite fabrique pilote à Saint-Barthélemy, associée si cela fonctionne à un site de production sur une île voisine… J’organise un peu mes idées, mais je veux battre le fer tant qu’il est chaud. C’est quelque chose qui entre dans l’intérêt général, et je trouve que ce serait une bonne façon pour Saint-Barthélemy de mettre en avant son côté écolo, dynamique, montrer que les habitants se soucient de l’île et ont des idées. »

 

> Contact : sargassesproject@gmail.com

Une cagnotte est lancée sur le site www.leetchi.com, recherchez : “transformation des sargasses en papier carton”.



Journal de Saint-Barth N°1337 du 01/08/2019

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