Sébastien Lecornu Ministre des Outre-mer

Motifs impérieux à Saint-Barth : l’Etat veut maintenir sa stratégie « pour les prochaines semaines »

Dans un courrier adressé au Président de la Collectivité Bruno Magras que nous avons pu consulter, le ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu a justifié la stratégie de l’État concernant la fermeture des frontières et déclaré vouloir la « maintenir » pour les « prochaines semaines. »

 
Depuis le 2 février, le ministre des Outre-mer a reçu de nombreux courriers en provenance de Saint-Barthélemy (voir ci-dessous). Tous soulignent le poids du tourisme dans l’économie de l’île et demandent la levée des motifs impérieux pour s’y rendre ou, à défaut, une date de sortie de crise qui permettrait aux professionnels de s’organiser.

 

Le 16 février, Sébastien Lecornu a répondu au Président de la Collectivité Bruno Magras dans un courrier de trois pages. Le Journal de Saint-Barth a pu consulter le document. « Nous devons maintenir pour les prochaines semaines une stratégie de lutte contre l’épidémie rigoureuse qui repose sur un triptyque éprouvé : (1) les motifs impérieux qui réduisent les flux, (2) le contrôle strict des voyageurs arrivant sur le territoire avec test PCR préalable et un isolement de 7 jours avec test PCR qui réduisent les risques de la circulation du virus, (3) la mise en place d’un système de contact-tracing (tester, alerter, protéger) qui détectent puis isolent précocement toute personne porteuse du virus et ses cas-contacts. » Pas de levée des motifs impérieux en vue, donc.

 

Le ministre s’en explique : « L’ensemble des mesures prises ont pour vocation le réduire le risque d’importation des variants, même si la présence du variant dit « britanique » est désormais présent à Saint-Barthélemy. Mais chaque cas en moins est une victoire pour le territoire ». Ce variant, jugé plus contagieux, contraint les services de l’Etat à une « course contre la montre », « car la vitesse de propagation des différents variants a un impact direct et quasi immédiat sur les systèmes de santé ». Sébastien Lecornu cite en exemple le cas de Mayotte où le système hospitalier a été saturé « en moins de deux semaines » après l’apparition des variants. Des renforts mobiles ayant été envoyés dans l’océan indien « nous aurions le plus grand mal à venir renforcer immédiatement les Antilles dans les toutes prochaines semaines si l’épidémie y explosait », justifie le ministre.

 

En réponse aux propositions de Bruno Magras pour une sortie de crise rapide, Sébastien Lecornu écrit : « La création d’une équipe de référents locaux à Saint-Barthélemy pour renforcer l’action de la cellule riposte basée en Guadeloupe est une excellente initiative que je salue, ainsi que votre ambition de monter la capacité locale de 150 à 700 tests par jour », objectif qui lui semble cependant « à ce stade, hors de portée ». « Avant même d’augmenter la capacité numérique de tests il me semble prioritaire de s’assurer du recours aux tests multiplex permettant la détection rapide des variants actuellement en circulation. » Une question qui sera sans nul doute soulevée lors du conseil territorial du 19 février. Ce vendredi se tient en effet un conseil territorial selon la procédure durgence où les élus devront se prononcer sur un « vœu » du pour « demander la réouverture du trafic aérien et maritime aux visites d’agrément », ainsi que sur le renforcement de la capacité de tests et le déploiement d’un système d’information pour la gestion optimisée d’un dépistage.

 

Aide aux entreprises

Dans son courrier, Sébastien Lecornu rappelle la possibilité pour les entreprises d’avoir recours aux aides de l’Etat. " Les prêts bancaires garantis par l’Etat (PGE) restent disponibles jusqu’au 30 juin 2021 pour les entreprises de Saint-Barthélemy. Les entreprises ayant déjà souscrit à ce type de prêts pourront différencier d’un an le début du remboursement. Le fonds de solidarité aux entreprises a été renforcé dans le secteur du tourisme pour accompagner la couverture des coûts fixes. Le dispositif d’exonération des cotisations sociales pour certaines entreprises a été maintenu en 2021. La prise en charge de l’activité partielle est maintenue en l’état, au moins jusque fin mars.

 

A son tour la CEM demande la levée des motifs impérieux

Après la lettre de Bruno Magras envoyée au ministre des Outre-mer (JSB 1409), celle des socioprofessionnels du secteur du tourisme (JSB 1410), la Chambre économique multiprofessionnelle (CEM) a à son tour entrepris d’alerter le ministre : « Depuis la réouverture en juin dernier, Saint-Barthélemy a démontré par les faits qu’il était possible de concilier sur une longue période une activité touristique quasi-normale et la sécurité, grâce notamment à notre stratégie de tests massifs », écrit le président de la CEM, Thomas Gréaux, dans un courrier. « Nous comprenons ce choix de privilégier la santé au détriment de l’économie mais il nous semble aussi nécessaire de ne pas faire mourir l’économie », dit-il en demandant la « levée des motifs impérieux ».

 

Journal de Saint-Barth N°1411 du 18/02/2021

Motifs impérieux
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