Masque Covid ©Albane Harmange

Masque obligatoire : « Nous ne devons pas nous sentir intouchables »

Inutile voire contre-productif il y a quelques semaines, le port du masque est obligatoire depuis lundi 20 juillet dans les lieux publics clos en France, y compris à Saint-Barthélemy, où globalement, clients et commerçants s’y plient.

Lundi matin, sur les portes des commerces, des affichettes “masque obligatoire” sont apparues. Les promeneurs masqués sont plus nombreux que d’habitude à Gustavia. A la sortie du confinement, au mois de mai, beaucoup de commerces imposaient le masque, les gants, le gel hydroalcoolique. Au bout de quelques jours cette obligation est devenue une recommandation, très peu suivie par les clients. « Enfin, je ne serai plus la seule à porter un masque ! » soupire une caissière, soulagée qu’il soit imposé à compter du 20 juillet.

« 95% des clients jouent le jeu »
A Gustavia, la boutique Montaigne Market est l’une des seules à avoir maintenu, depuis mai et jusqu’à aujourd’hui, l’astreinte de porter le masque pour pénétrer à l’intérieur. « On a eu des protocoles de la maison mère à Paris. Mais de toute façon, c’est plus facile de s’y mettre tout de suite, plutôt que de revenir en arrière », explique Emilie, la responsable du magasin. « Cela pose une difficulté avec certains locaux, mais 95% de nos clients jouent le jeu. » Au Carré d’Or, la bijouterie Bvlgari propose, derrière la lourde porte, du gel hydroalcoolique dans un flacon à poussoir très chic. Elle s’est dotée d’un stock de masques pour les clients qui n’en auraient pas. « On n’en a pas distribué un seul. Les clients arrivent tous déjà équipés », affirme la responsable de la boutique, Stephanie. Ces deux magasins sont plutôt fréquentés par les touristes, qui actuellement viennent de Porto Rico et des Etats-Unis. Dans ces territoires très affectés par le virus, ils ont sans doute conscience du risque lié au virus. « Ce sont surtout les Français qui ont du mal à se discipliner », note Emilie.

Rue de la République, chez Fabienne Miot, vendeuses comme clientes sont masquées. « On a mis le masque au début, puis on l’a retiré, et aujourd'hui, c’est obligatoire, on le met », explique la propriétaire. « Dans la boutique nous n’avons pas toutes eu la même réaction. » Face au virus les comportements et les craintes de chacun diffèrent. L’une des employées de la bijouterie, qui a porté le masque depuis le départ, est ravie que ce soit obligatoire. Pour d’autres, l’aspect contraignant prend le dessus. « Ici, c’est difficile de se sentir impliqué », admet Fabienne. « Mais si c’est pour continuer de travailler, d’avoir des touristes sur l’île, c’est un petit effort qui vaut le coup ! »

Arrivant d’un pas pressé à AMC, Christelle, résidente de Saint-Barth, accroche son masque à ses oreilles. « Tant qu’on avait pas ouvert les frontières, je ne le portais pas. Mais maintenant, je pense que c’est bien, ça ne me dérange pas. Ce serait dommage d’avoir des cas de Covid sur l’île, surtout avec l’hôpital qu’on a… Nous ne devons pas nous sentir intouchables. Alors protégeons-nous ! »
Une autre cliente passe la porte de la supérette, non masquée, et avec un discours contraire. « Ce n’est pas le virus qui me fait peur, mais la connerie humaine ! », lâche Evelyne. Elle ne croit pas aux consignes sanitaires, et voit plutôt derrière tout cela « un business » et des magouilles des hautes sphères, citant l’affaire de la chloroquine. Evelyne est entrée sans masque dans le magasin, personne ne lui fait remarquer : le décret permet aux commerçants de ne pas forcément jouer les policiers. Ils peuvent interdire l’entrée aux visiteurs non masqués, ou pas, mais ne risquent pas de sanction tant qu’eux-mêmes et les employés arborent le masque. Fabienne : « Je ne peux pas mettre un vigile derrière la porte ! »

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135 euros d’amende à la clé

A Saint-Barthélemy comme partout en France, le non-port du masque dans les lieux clos peut être verbalisé d’une amende de 135 euros, depuis lundi 20 juillet. Les enfants doivent également le porter à partir de 11 ans. Les personnes handicapées peuvent obtenir une dérogation médicale de leur médecin. Un commerçant ne risque pas de sanction si l’un de ses clients refuse de porter le masque, mais la pose d’un écriteau « masque obligatoire » est demandée. Au sein des entreprises de bureau le choix est laissé aux dirigeants, selon le contexte.  Le ministère de la Santé a publié la liste des lieux clos concernés :  
- Salles d'auditions, de conférences, de réunions, de spectacles ou à usage multiple
- Restaurants et débits de boisson, salles de jeux
- Etablissements d’éveil, centres de loisirs, de vacances, d’hébergement
- Établissements sportifs couverts
- Établissements de plein air
- Chapiteaux, tentes et structures toile
- Établissements de divers cultes
- Musées, bibliothèques, centres de documentation
- Magasins de vente, centres commerciaux
- Administrations, banques
- Hôtels (dans les parties communes)
- Marchés couverts
- Gares et aéroports
- Etablissements flottants

Les propriétaires d’établissements non mentionnés peuvent le rendre obligatoire s’ils le souhaitent, précise le décret. Bien sûr, pour ce qui est des restaurants ou des salles de sports, le port du masque est imposé à l’arrivée dans l’établissement, lors des déplacements, mais pas lors des repas ni de l’exercice physique.

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Inutile en janvier, indispensable aujourd’hui

Quelques jours après l’apparition des premiers cas de Covid en France, le 24 janvier dernier, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) publie une note expliquant que la généralisation du port du masque pourrait « créer un coût inutile, peser sur l'approvisionnement et créer un faux sens de sécurité qui pourrait mener à négliger d'autres mesures essentielles comme l'hygiène des mains. De plus, mal utiliser un masque pourrait faire baisser son efficacité dans la réduction des contaminations. » Interrogé sur la question des masques, le directeur de la Santé Jérôme Salomon répond qu’il « n’y a pas de logique à porter un masque pour l’ensemble de la population. » L’OMS dit la même chose : il faut porter le masque si on est malade ; si on ne l’est pas, cela n’est pas utile. Au mois de mars, les soignants se plaignent du manque de matériel de protection, alors qu’ils sont en première ligne face au coronavirus. Les Français se confinent, Jérôme Salomon explique que les masques sont « une denrée rare, une ressource précieuse pour les soignants mais totalement inutile pour toute personne dans la rue. » Le 1er avril, Edouard Philippe : « Il n’y a pas de preuve que le port du masque dans la population apportera un bénéfice. Ce serait plutôt le contraire, à cause d’une mauvaise utilisation. » Emmanuel Macron, le 16 avril : « Je refuse de recommander le port du masque pour tous et jamais le gouvernement ne l’a fait. »
Plusieurs études réalisées parallèlement démontrent le nombre important de personnes asymptomatiques mais porteuses du Covid, et aussi la capacité de propagation du virus par les gouttelettes que l’on émet en parlant, en respirant, dans un rayon de plusieurs mètres.
L’OMS change prudemment son discours, début avril. Finalement, « il peut y avoir des circonstances dans lesquelles l'utilisation des masques, qu'ils soient faits maison ou fabriqués en tissu, à l'échelle d'une communauté, peut participer à la réponse globale et complète à cette maladie.»
A la sortie du confinement, le port du masque devient obligatoire pour les élèves qui reprennent l’école et dans les transports en commun. L’OMS se fait plus incitative début juin, « compte tenu de l'évolution des données ». Elle conseille aux gouvernements d’encourager les habitants à porter un masque dans les lieux publics clos, lors de rassemblements, etc.
Finalement, constatant que les Français se plient assez mal à ces recommandations de leur propre chef, le Président Macron annonce le 14 juillet que le masque sera rendu obligatoire dans les lieux publics clos. « Il constitue avec le respect des gestes barrière une mesure de prévention et de protection efficace », argue le Premier ministre Jean Castex, le 16 juillet. Face à la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, questionné sur ces revirements, Jérôme Salomon expliquera avoir, tout au long de la crise, suivi les avis de l’OMS.

Journal de Saint-Barth N°1385 du 22/07/2020

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