Les médecins de l’île rédigent un protocole de dépistage pour la sortie du confinement

Plusieurs catégories de population à dépister en priorité, un protocole d’isolement des malades… Les professionnels de santé de Saint-Barth ont conçu le protocole de test qui leur paraît le plus sûr pour contenir la circulation du Covid-19, même quand l’activité aura réellement repris.

 

Dès la découverte du premier cas ultramarin, le 28 février à Saint-Barth, les médecins de l’île ont créé un groupe WhatsApp sur lequel ils échangent leurs observations et points de vue concernant l’épidémie de Covid-19.
Quand la Collectivité a annoncé qu’elle lançait l’acquisition d’automates de tests pour un dépistage généralisé de l’île, ils ont planché sur la création d’un protocole, qu’ils ont soumis à l’ARS qui reste décisionnaire. Toutes les professions médicales de l’île se sont associées à ce travail (radiologue, biologiste…) « C’est une proposition que l’on fait, à partir de ce que l’on voit sur le terrain, et après concertation. Une base de travail, qui pour le moment semble convenir à tout le monde », explique le docteur François Chlous. « Aujourd’hui, aucun test ne donne de résultat sûr à 100%, ni le scanner, ni la PCR*. Mais en croisant la médecine, la biologie et la radiologie, on peut optimiser la fiabilité des résultats. »


Les blouses blanches ont simplifié leur idée dans un schéma qui distingue plusieurs catégories de personnes.
• Patients à symptômes manifestes : ils sont testés à l’hôpital, en PCR et par un scanner thoracique à rayons faibles. Si le résultat est négatif, ils rentrent chez eux, et réalisent un nouveau test PCR huit jours après, pour plus de sûreté. En cas de résultat positif au Covid, le patient peut être hospitalisé si son état l’impose. Si ce n’est pas le cas, il doit se soumettre à un confinement strict, chez lui s’il vit seul, ailleurs s’il vit en famille ou colocation (centre d’hébergement de Saint-Jean, a priori). Huit jours minimum, et le confinement sera levé à la condition de la disparition des symptômes depuis au moins 48 heures, et d’un nouveau test PCR.
• Patients à symptômes légers ou présentant des comorbidités, comme l’obésité ou le diabète : pour eux aussi, le dépistage serait doublé, avec un test PCR et un scanner. Ils seront aussi immédiatement dépistés pour la dengue. La maladie est présente à Saint-Barth et provoque peu ou prou les mêmes symptômes que le Covid-19. Plusieurs cas suspects de coronavirus, ces dernières semaines, étaient en réalité atteints de la dengue. Les patients positifs au Covid-19 rejoignent le circuit précédent pour être isolés. S’ils sont négatifs, ils feront simplement l’objet d’une surveillance médicale par leur médecin.
•Personnes asymptomatiques : c’est à eux que s’adresse le dépistage élargi. En premier lieu, les proches de patients contaminés, les soignants, les personnels exposés, les résidents de l’Ehpad… Et seulement dans un second temps, les habitants désireux de se faire dépister, même en l’absence de symptôme. Ce dépistage à plus grande échelle pourrait s’organiser sous forme de “drive”, sur le parking de l’ancien Marché U ou encore de l’hôpital.

Réactivité
Ce plan vise à réduire au maximum la propagation du virus, en coupant toute chaîne de transmission au plus vite. Car si l’ARS Guadeloupe élargit de jour en jour sa politique de tests, le temps d’acheminer les prélèvements de Saint-Barth jusqu’à l’Institut Pasteur aux Abymes, qui officie pour tout l’archipel guadeloupéen et les Îles du Nord, avec un trafic aérien réduit, est trop long. Grâce aux automates GeneXpert commandés par la Com, « on pourra tester le personnel le plus sensible en une semaine, dépister l’entourage d’un patient dans la journée… Cela permettra de réagir très rapidement », se félicite le Dr Chlous. La machine produite par la société Cepheid revendique aux alentours de cent tests par jour. Un véritable bond en avant : entre le 28 février et le 19 avril, 84 tests de dépistage ont été réalisés sur des habitants de Saint-Barthélemy.

Immunité
Il y a les tests PCR, qui permettent de détecter la présence du virus dans l’organisme ; et les tests sérologiques, que les médecins demandent aussi à corps et à cri. Ceux-ci, effectués soit par une prise de sang, soit via une piqûre au bout du doigt, permettent de détecter les personnes qui ont été contaminées par le virus à un moment ou un autre, même sans s’en rendre compte. La Collectivité a commandé 1.600 de ces tests, dont 800 pour le territoire, 800 autres pour l’Institut Pasteur. « Ils permettent de détecter deux types d’anticorps ; les anticorps immédiats, présents dans l’organisme pendant et juste après l’infection, et d’autres qui restent plus longtemps dans le corps du patient et le protègent », explique François Chlous. « Selon que l’on détecte l’un, l’autre, ou aucun, cela permet de connaître le niveau de contact du patient avec le virus. L’intérêt de tout cela, c’est de réaliser une étude épidémiologique. » Ces données seront utiles pour le temps du déconfinement, et surtout les mois qui suivront. Pour le moment, la preuve qu’avoir attrapé le virus immunise n’est pas encore faite, mais c’est une hypothèse forte des scientifiques. « On peut imaginer la mise en place, notamment lors de la réouverture des frontières, d’une sorte de certificat d’immunité, délivré après le test sérologique. Parce que la grosse question qui se posera, ce sera de savoir qui on laisse rentrer dans l’île, avec quels justificatifs, dans quelles conditions ? »

*PCR = Polymerase Chain Reaction, réaction de polymérisation en chaîne, une technique de détection du virus à partir d’un prélèvement naso-pharyngé réalisé à l’aide d’un écouvillon introduit dans la narine.

 

Journal de Saint-Barth N°1373 du 29/04/2020

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