Valérie Denux, directrice générale de l’ARS, et le responsable des Îles du Nord Paul Guibert. « Aujourd’hui nous avons un bas niveau de circulation du virus, mais les fêtes peuvent le faire partir rapidement, car oui, il y a du virus sur l’île. »

L’épidémie « en pente douce » à Saint-Barth

Valérie Denux, directrice générale de l’ARS Guadeloupe, et Paul Guibert, directeur territorial de l’ARS pour Saint-Martin et Saint-Barth, sont venus sur notre île vendredi 11 décembre. L’occasion de faire le point sur l’épidémie de coronavirus.

 

Quelle est la situation sanitaire actuelle à Saint-Barthélemy  ?
Nous sommes sur une stabilité basse. Sur les semaines 47, 48 et 49, cela diminue, avec respectivement 17, 13 et 11 cas. Ce n’est pas une interprétation très fine, mais on tourne autour de dix cas par semaine. Nous sommes sur une pente douce. Mais surtout, aujourd’hui, je ne vois aucune inquiétude sur l’après Thanksgiving, ce qui prouve que les mesures mises en place sont un bon filtre. Les filtres, notamment les tests à J-3 avant l’arrivée, ont l’air de bien fonctionner. Mais il ne faut pas se relâcher, sans quoi les quelques-uns qui rentreront positifs sur le territoire vont essaimer.

Comment expliquez-vous les difficultés d’obtenir à Saint-Barthélemy des chiffres sur l’épidémie, et surtout les différences de données entre l’ARS, Santé Publique France, la préfecture ou la Collectivité ?
Avant on faisait les comptages à la main, si j’ose dire, mais à un moment il y a eu tellement de cas qu’on ne pouvait plus appeler chaque établissement. Nous avons donc intégré le système SI-Dep. Je suis ce logiciel tous les jours. On ne donne pas le nombre de cas tous les jours, car ça s’incrémente au fur et à mesure, donc la prise en compte ne vaut que sur sept jours glissants. Le système a plus ou moins 48 heures de décalage. On arrête tous nos chiffres le mardi matin, sur la semaine précédente ; parfois un ou deux cas qui n’avaient pas été pris en compte peuvent s’ajouter d’une semaine sur l’autre, ce qui explique de légers décalages qu’on a pu constater.
Nous sommes aussi dans un moment de flottement dans les Îles du Nord, mais cela repartira avec l’arrivée du nouveau préfet et avec celle il y a trois semaines de Paul Guibert, le directeur territorial de l’ARS pour Saint-Barth et Saint-Martin.

Le système SI-Dep recense les malades du Covid selon leur lieu de résidence. Ce qui veut dire que les touristes étrangers ne sont pas comptabilisés ?
Santé Publique France est en train de modifier sa comptabilité des tests Covid. Pour l’instant, l’objectif est surtout d’enlever les redondances, par exemple pour qu’un patient testé positif, puis de nouveau positif sept jours plus tard, ne soit pas comptabilisé deux fois. Mais ils travaillent aussi sur la différenciation des cas selon le lieu de résidence et le lieu de prélèvement.

Notre objectif, et j’ai écrit une lettre aux professionnels de santé en ce sens, est déjà de bien cadrer les tests antigéniques. On travaille sur l’idée d’ouvrir un drive à Saint-Barth pour faciliter l’accès aux tests antigéniques, notamment pour les touristes. En ce qui concerne les tests antigéniques, tout dépend de la charge virale du patient. Le PCR permet de détecter le virus même si la charge virale est faible, tandis que l’antigénique est sensible si la charge virale est forte. C’est pourquoi, si vous êtes symptomatique ou à risque (personne de plus de 65 ans, obésité, etc…), il vaut mieux pratiquer un test PCR. L’antigénique peut servir comme aide au diagnostic, mais il est surtout adapté pour faire l’effet d’un filtre, de la détection de masse, donc pour les touristes. C’est un outil de dépistage collectif plus que de diagnostic individuel.

Saint-Barthélemy a acquis le matériel pour effectuer des tests salivaires sur les arrivants, rapides et surtout moins invasifs. Où en est ce protocole ?
Les tests salivaires (antigéniques par prélèvement salivaires, ndlr) ont été analysés par la Haute Autorité de Santé. Elle en a validé un seul, mais il est uniquement dédié aux personnes symptomatiques. Le pratiquer sur les touristes à l’arrivée n’a aucun intérêt, d’autant plus qu’ils arrivent avec un test négatif réalisé avant l’embarquement. L’idée à Saint-Barthélemy est de réaliser une expérimentation, c’est à dire de réaliser des tests salivaires et PCR, pour comparer les résultats des deux.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux habitants de notre île ?
La situation est maîtrisée. Le taux d’incidence ne veut pas dire grand-chose sur le territoire, car ce sont de petits volumes, c’est le taux de positivité qui est important et il reste bas. Ce que je veux dire à la population de Saint-Barth, c’est que nous oeuvrons pour une meilleure régularité, un suivi des chiffres et une comptabilité plus précise du nombre de cas, afin de rassurer les uns et les autres.
Le point important concerne les fêtes de fin d’année. Aujourd’hui nous avons un bas niveau de circulation du virus, mais les fêtes peuvent le faire partir rapidement, car oui, il y a du virus sur l’île. Le risque se situe notamment en famille, c’est là qu’on a tendance à se relâcher car on fait confiance… Un visiteur qui vient avec un test négatif et embrasse sa grand-mère, ce n’est pas bon car même avec un test négatif le virus peut être présent à bas bruit. Il faut essayer de garder ses distances même en famille, éviter les embrassades, ne se réunir qu’en petits groupes, se parler à 1,5 mètre de distance. Et en cas de rapprochement, on met son masque.
C’est la sphère familiale qui m’inquiète. Les touristes, ça peut être un problème, mais c’est beaucoup plus facile de maîtriser la situation que dans la sphère privée. On voit que Thanksgiving provoque une flambée aux Etats-Unis, c’est bien parce qu’il s’agit d’une histoire de famille, ce n’est pas lié à des flux touristiques. C’est la même chose pour les résidents qui vont partir passer Noël en métropole et revenir ici. Pour le moment la situation est sous contrôle, j’espère que je ne reviendrai pas en janvier vous dire autre chose.

Journal de Saint-Barth N°1402 du 16/12/2020

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