L’avenir du système de santé sur l’île inquiète la Collectivité

Après la rectrice d’académie, ce sont le ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu, et la directrice de l’Agence régionale de santé, Valérie Denux, qui ont eu le privilège de recevoir un courrier rédigé de la main leste du président de la Collectivité territoriale. Dans la missive adressée au ministre, Bruno Magras formule une nouvelle fois la volonté de la Collectivité de récupérer la compétence en matière de santé. Dans celle envoyée à Valérie Denux le 8 novembre, il manifeste son inquiétude vis-à-vis « d’une dégradation grave du service public de santé » à Saint-Barthélemy.

« Manque d’organisation d’un médecin »
A la directrice de l’ARS, le président de la Collectivité résume la situation actuelle. Il exprime ses inquiétudes sans véritablement parvenir à masquer un soupçon d’agacement. « L’hôpital De Bruyn a dû fermer le service des urgences deux nuits de suite pendant le pont de la Toussaint, constate-t-il. Le service de médecine a aussi été fermé pour une durée indéterminée. Seuls quatre lits d’UHCD (unité d’hospitalisation courte durée, ndlr) restent ouverts. » Sur les urgences, Valérie Denux répond qu’il ne s’agissait que d’une « situation momentanée ». La directrice développe : « Cette situation n’est absolument pas à relier à la mise en œuvre de l’obligation vaccinale. Il s’agit, et c’est à déplorer, d’un manque d’organisation d’un médecin pour prendre son vol à temps, ce qui a conduit la directrice de l’hôpital à prendre des dispositions immédiates de réorganisation des services. Ceci en sachant qu’un médecin assurait la permanence des soins ambulatoires et que le Smur était bien activé en cas d’urgence vitale. La situation est revenue à la normale. » En revanche, la directrice de l’ARS ne formule aucune réponse au sujet de la fermeture du service de médecine.
Bruno Magras interpelle également Valérie Denux sur la situation de la société Erick Ambulance, qu’il estime « de moins en moins en capacité d’assurer des transports sanitaires ». Au point que, selon le président, « le service territorial d’incendie et de secours est régulièrement sollicité pour pallier cette défaillance ». Valérie Denux affirme que cette situation «tient en réalité à des difficultés financières qu’elle (la société d’ambulance) connaît actuellement ». La directrice de l’ARS assure que ce dossier est actuellement suivi «avec attention » par le directeur territorial, Paul Guibert, et qu’une « analyse est en cours ».

Obligation vaccinale :
une seule suspension à Saint-Barth selon l'ARS
Le président de la Collectivité ne manque évidemment pas d’évoquer l’obligation vaccinale faite aux professionnels de santé. Il écrit : « Des professionnels de santé de l’île viennent de recevoir un premier courrier engageant la procédure de suspension d’activité au motif du non respect de l’obligation vaccinale. Dans la situation actuelle, ces procédures ne peuvent qu’aggraver la précarité de notre offre de soins. » Et Bruno Magras d’exprimer le souhait d’un report de l’obligation vaccinale pour les professionnels de l’île. Une perspective inenvisageable pour la direction de l’Agence régionale de santé.
Dans sa réponse, Valérie Denux se montre on ne peut plus ferme. « Nous avons fait preuve depuis le 15 septembre de toute la pédagogie nécessaire, chaque cas particulier étant analysé avec discernement, affirme-t-elle. L’obligation vaccinale des soignants participe clairement de la sécurisation de la prise en charge des patients (...) L’hôpital est à présent à 100% de taux de vaccination de son personnel, ainsi que l’Ehpad (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). » De plus, la directrice ajoute que parmi les praticiens libéraux de Saint-Barth, l’ARS n’a infligé, à ce jour, qu’une seule ordonnance de suspension. « Les suivantes resteront minoritaires étant donné le taux élevé de conformité à la loi », écrit Valérie Denux.

Réforme de gouvernance des ARS
Sans doute peu satisfait de cet échange épistolaire avec la directrice de l’ARS, Bruno Magras a repris sa plume en main pour adresser un long message au ministre des Outre-mer. Il y aborde quatre sujets vitaux pour l’avenir de l’île, dont deux concernent directement le thème de la santé. Il va sans dire que ce courrier est en lien direct avec l’examen du projet de loi dit 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification), anciennement 4D (« simplification » ayant supplanté « décomplexification » ce qui, c’est évident, change toute la problématique) par l’Assemblée nationale, en première lecture, dans les prochaines semaines.
Par la voix de son président, la Collectivité rappelle que l’Agence de santé de la Guadeloupe, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy est régie par des dispositions propres qui se distinguent de celles applicables aux Agences régionales de santé de droit commun. De fait, dans sa composition, une ASG doit assurer la représentation de chacune des collectivités. Or, le conseil d’administration serait co-présidé par le préfet et le président de la région Guadeloupe, laissant de côté Saint-Martin et Saint-Barth. «Ce dispositif n’est donc pas acceptable », commente Bruno Magras.
« Il l’est d’autant moins que Saint-Barthélemy est une collectivité d’outre-mer régie par l’article 74 de la Constitution et dotée de l’autonomie, poursuit l’élu. La Collectivité apporte d’ores et déjà une contribution importante au système de santé local, notamment en ayant construit l’Ehpad, en mettant à disposition gratuite de l’hôpital la buanderie et la cuisine, en logeant de nombreux personnels médicaux et en garantissant l’équilibre financier du centre d’imagerie médicale doté d’un scanner et d’un mammographe acquis grâce à des mécènes. » Pour résumer, le président Magras réclame une représentation de Saint-Barth au sein de l’ASG qui soit équivalente à celle de la Guadeloupe. « Dans le cas contraire, Saint-Barthélemy y verrait une profonde atteinte à son statut de collectivité d’outre-mer », prévient-il.
Bruno Magras invite également Sébastien Lecornu à se pencher sur l’organisation de la sécurité sociale sur l’île. Il lui rappelle que Saint-Barth (comme Saint-Martin) sont les seuls territoires ultramarins à ne pas disposer d’une caisse de sécurité sociale dotée de la personnalité juridique et d’un budget autonome. Si la loi du 14 octobre 2015 a permis la création d’une caisse de prévoyance sociale, l’élu regrette que, depuis, « toutes les propositions tendant à aller plus loin, aussi bien en matière de sécurité sociale que de participation à la gouvernance en matière de santé, ont été écartées ». Celle-ci étant inscrites dans l’article 81 bis du projet de loi 3DS, adopté par le Sénat, Bruno Magras souhaite que l’Assemblée nationale «maintienne cet article ».
Le ministre n’a pas encore adressé de réponse au président de la Collectivité. Toutefois, c’est certainement davantage sur les bancs de l’Assemblée que dans sa boîte à lettres que Bruno Magras attend une réponse.

Où en est la santé à Saint-Barth?
« Surtout faites en sorte de ne rien vous casser à Saint-Barth! » Le conseil n’a rien de rassurant mais il est pourtant régulièrement formulé à l’arrivée sur l’île. Mais alors, qu’en est-il réellement de la santé à Saint-Barth ? Selon le président de la Collectivité, le service public se dégrade gravement. Pour l’ARS ou la directrice des hôpitaux de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, officiellement, les services fonctionnent normalement. Du côté des praticiens, il est plus difficile d’obtenir un bilan ou ne serait-ce qu’un avis. « Même si on s’exprime de manière anonyme, on risque d’être reconnu et là, c’est la porte directement », affirme un salarié de l’hôpital de Bruyn. Il évoque néanmoins une pharmacie qui n’ouvre que deux fois par semaine, des réquisitions de médecins confiées à la gendarmerie, des services sous-dimensionnés en personnel, un manque cruel de spécialistes ou, encore, du matériel vieillissant qui n’est pas renouvelé, faute de moyens financiers. A l’orée d’une saison qui s’annonce plus agitée que jamais, les prochains mois peuvent être un révélateur de la situation réelle.

Journal de Saint-Barth N°1447 du 18/11/2021

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