La tête dans le brouillard

Depuis samedi, les Antilles sont enveloppées dans un épais nuage de brume de sable. La qualité de l’air est déplorable. Pour les Îles du Nord, la préfecture a déclenché la procédure d’alerte lundi 22 juin. Le seuil d’alerte sanitaire est à 80 μg/m3, des pics à 258 μg/m3 ont été enregistrés en Guadeloupe lundi.

 

On n’y voit goutte depuis samedi, et les personnes sensibles sentent la présence de ces particules jusque dans leur gorge et leurs poumons. Un épisode de brume de sable d’une intensité rare couvre les Antilles depuis plusieurs jours. Ces nuages épais sont amenés depuis le Sahara par les vents qui y soulèvent le sable fin et lui font traverser l’Atlantique.
Le seuil d’alerte en France est fixé à 80 microgrammes par mètre cube de particules fines dans l’air. « Il correspond à un niveau de concentration de polluants dans l’atmosphère au-delà duquel une exposition de courte durée présente un risque pour la santé humaine ou un risque de dégradation de l’environnement, justifiant l’intervention de mesures d’urgences », souligne la préfecture des Îles du Nord. Par exemple, la Martinique a interdit les activités sportives pour les enfants.
Dimanche matin, la mesure a révélé la présence de 230 microgrammes de particules fines par mètre cube à Basse-Terre, et 221 à Pointe-à-Pitre.  Lundi, c’était pire : 258 microgrammes par mètre cube à Basse-Terre, 245 à Pointe-à-Pitre.

Un épisode exceptionnel
C’est évidemment la brume qui est en cause. Mais en Guadeloupe s’ajoute à cette qualité très mauvaise de l’air les impacts humains (industrie, circulation, combustion d’énergie fossile), ces chiffres ne sont donc pas transposables tels quels pour les Îles du Nord. La qualité de l’air n’est pas mesurée quotidiennement à Saint-Martin ni à Saint-Barthélemy depuis que ces territoires sont passés en Collectivité d’outre-mer.
Le phénomène est récurrent, mais nous assistons ces jours-ci à un « épisode exceptionnel», selon Météo France Antilles-Guyane : « A priori, il faudrait remonter à 2003 et fin des années 90 pour trouver une telle densité... mais cela était moins durable. Mercredi, la densité devrait être plus faible mais attention, l’alerte rouge pourrait encore être en vigueur. Jeudi, on voit le passage d’une onde tropicale sur les Antilles avant l’arrivée pour vendredi et samedi d’une nouvelle poche de brume, à priori moins dense.»
A Saint-Barthélemy, la dernière campagne de mesure de la qualité de l’air a été réalisée en 2014 par Gwad’Air. Ici, outre les brumes de sable passagères, deux autres sources de pollution ont été identifiées : les groupes électrogènes et le trafic routier. Pour les premiers, il s’agit bien entendu de la centrale EDF à Public, mais des pics de pollution ont aussi été mesurés dans le port en haute saison, lorsque de nombreux yachts sont présents. Le même secteur de Public-Gustavia est celui concerné par les émanations du trafic routier, en période de pointe.

Cependant, de façon générale, la qualité de l’air sur l’île est bonne : les niveaux de particules dans l’air, en moyenne, avaient été jugés «globalement faibles et homogènes » il y a six ans par Gwad’Air. Sauf en cas d’épisode de brumes de sable, comme aujourd’hui.

Pas de sport !
Les personnes vulnérables (femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants, personnes de plus de 65 ans, personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires, insuffisants cardiaques ou respiratoires, personnes asthmatiques) ou sensibles, n’hésitez pas à prendre rendez-vous chez votre médecin en cas de gêne respiratoire ou cardiaque. Limitez les sorties et les efforts physiques. Ce conseil est valable pour l’ensemble de la population : le jogging ou la marche rapide sont fortement déconseillés par ce temps, même pour les sportifs en bonne santé.

 

Journal de Saint-Barth N°1381 du 24/06/2020

Ils racontent leur Marius
Brume de sable
Carte d'urbanisme