Les officines et les supermarchés sont désormais autorisés à vendre des masques au grand public, “avec discernement”, et le stock de l’Etat reste réservé aux soignants. Les citoyens lambda pourront se fournir en masques chirurgicaux simples ou en masques en tissu. Jusqu’ici, le système D prévalait, et beaucoup de couturières se sont mises à fabriquer des masques maison, qui ont le mérite d’éviter les projections émises par le porteur. Ici les jolis masques de Caroline Gettiaux, qui en a déjà conçu plus de 150. ©Ilonacre St Barth

La course aux masques s’apaise cette semaine

Qu’on le veuille ou non, il faudra porter le masque dans de nombreux commerces et dans les avions, a minima. La tension sur ce produit redescend peu à peu, depuis que les pharmacies et supermarchés ont été autorisés à vendre les masques chirurgicaux et en tissu au public. Avec parcimonie, et des prix encadrés par la loi.

 

Il n’est pas obligatoire dans l’espace public, mais il faudra s’habituer à porter un masque pour voyager, et pour pénétrer dans certains commerces de l’île qui l’imposent à leurs clients. Depuis le début de la crise, le masque a été l’épine dans le pied de l’exécutif national.

Les modèles simples (masque chirurgical) et FFP2 (plus protecteur) ont été réservés aux soignants, interdiction d’en vendre au grand public. Ce dernier s’est donc attelé à fabriquer des masques en tissu, suivant les multiples tutoriels en ligne pour un maximum d’efficacité. C’est le cas de la couturière locale Caroline Gettiaux. Habituellement elle conçoit des accessoires pour bébé, principalement.

Les couturières croulent sous les demandes
Depuis le début du confinement, elle fabrique des masques, une douzaine par jour, « tout en faisant l’école à la maison, entre autres. Le bouche-à-oreille a rapidement fonctionné. J’ai du stock de tissu, maintenant ce sont les élastiques qui posent problème, je suis obligée de ralentir », explique l’auto-entrepreneuse. « J’ai eu beaucoup de demandes, j’en ai encore beaucoup ! J’ai dû en fabriquer 150 depuis le début, et j’en ai encore 150 en attente… Ces derniers temps on me sollicite pour des masques pour enfants, depuis que la réouverture des écoles a été annoncée. » Elle offre ses masques à ceux qui en ont le plus besoin (Ehpad, supermarchés, commerces, etc.) et les vend au grand public, à 10 euros l’unité. Pour l’anecdote, elle a dû expliquer à certains clients potentiels que le tissu africain wax ou le simili-cuir ne conviendraient pas. « C’est impossible à laver à 60° ! » Comme toutes les petites mains de l’île qui s’y sont mises, Caroline est très sollicitée : « J’ai dû dire non à certaines entreprises qui me demandaient vingt ou trente masques d’un coup. Je me concentre surtout sur le grand public pour que chacun puisse en avoir un. »

A compter de cette semaine, la demande devrait se calmer puisque les pharmacies et supermarchés sont désormais autorisés à vendre des masques chirurgicaux et en tissu à tous, « avec discernement », a précisé le gouvernement. C’est à dire qu’un certain rationnement doit être appliqué afin que le plus grand nombre puisse avoir accès au masque. « Nous avons énormément de demandes », explique-t-on à Island Pharmacie, à Saint-Jean. « Beaucoup de parents veulent envoyer leurs enfants à l’école avec un masque. »
Même  attente à la pharmacie de Gustavia, qui reçoit 200 à 500 clients chaque jour, et autant de demandes pour des masques. Reste que le circuit de distribution doit se mettre en place, le temps de commander et d’acheminer le matériel jusqu’ici ; en particulier pour les masques en tissu réutilisables. Mais les pharmacies et supermarchés avaient anticipé et disposent déjà de stocks. Surtout les seconds, qui avec leurs réseaux d’achat arrivent à se fournir plus facilement.

175 euros la boîte
de cinquante !

Côté pharmacies, les masques se distinguent en trois parties : le stock d’Etat, fourni par les autorités, qui reste réservé aux soignants. Le stock qui provient des dons effectués par la Collectivité et par des sociétés privées. Et enfin le stock pharmacie en tant que tel. Pour ce dernier les tarifs ont été encadrés par l’Etat : le masque chirurgical de base ne doit pas dépasser 95 centimes. Loin des tarifs proposés par un commerce de l’île il y a quelques jours, qui vendait la boîte de cinquante masques à 175 euros ! Ce prix exorbitant a fait le tour de l’île et selon nos informations, le commerce a été épinglé par les autorités.

La forte demande et la pénurie de masques a entraîné des abus, mais l’ouverture à la vente grand public devrait calmer les choses. « Aujourd’hui, il n’y a pas de tension extrême, mais nous devons être prêts à toute éventualité », indique Loïc Romeuf de la pharmacie de Gustavia. « Plus il y a de points de vente, mieux c’est. Car sans rationner, il faut responsabiliser la population. »
La responsabiliser sur sa consommation de masques, mais aussi sur leur bon usage. « Au-delà de vendre, les pharmaciens essaient de délivrer, afin que les gens s’en servent à bon escient. A partir du moment où tu as touché le masque avec les mains, il est contaminé. »

Les masques en tissu seront disponibles en pharmacies dans quelques jours, car là aussi, il faut compter le temps d’acheminement. Ils doivent être normés Afnor, et seront délivrés avec une notice sur l’utilisation et le nombre de lavages possible, outre les conseils du pharmacien.  Leur prix n’est pas encadré par la loi, mais le gouvernement a recommandé de ne pas dépasser 5 euros l’unité. Au vu de certains montants pratiqués en France, jusqu’à 15 euros le masque en tissu, plusieurs associations demandent à l’Etat de règlementer également son prix.

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Comment mettre, utiliser, enlever et éliminer un masque

- Avant de mettre un masque, se laver les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon
- Appliquer le masque de façon à recouvrir le nez et la bouche et veillez à l’ajuster au mieux sur votre visage
- Lorsque l’on porte un masque, éviter de le toucher; chaque fois que l’on touche un masque usagé, se laver les mains à l’aide d’une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon
- Lorsqu’il s’humidifie, le remplacer par un nouveau masque et ne pas réutiliser des masques à usage unique
- Pour retirer le masque : l’enlever par derrière (ne pas toucher le devant du masque) ; le jeter immédiatement dans une poubelle fermée ; se laver les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l’eau et au savon

(Source : OMS)

Journal de Saint-Barth N°1374 du 06/05/2020

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