Installé en Chine, Dominique Questel raconte : « Le pays est à l’arrêt, la peur grandit chaque jour »

Le coronavirus chinois a plongé l’empire du milieu dans la paralysie. Natif de Saint-Barth et établi en Chine, Dominique Questel témoigne de l’angoisse qui règne dans son pays d’adoption.

 

A la tête d’une société d’import-export, Dominique Questel vit avec sa femme Fiona et leur fils Lucas à Shenzhen, près de Hong-Kong, au Sud-Est de la Chine. Depuis l’épidémie de coronavirus, « la Chine entière est à l’arrêt. Personne ne travaille, sauf les services de sécurité, la police, les ambulances, l’armée, et les sociétés réquisitionnées par le gouvernement pour la lutte contre le virus », explique le Saint-Barth. Son activité implique des voyages fréquents à travers le pays. «Les contrôles sur les routes se font à chaque déviation, tous les 500 mètres les identités et le niveau de fièvre sont vérifiés. » Puis c’est le confinement : « Les gens restent chez eux et ne sortent même pas dans leurs jardins ; une personne par foyer est autorisée à faire les courses une fois tous les deux jours ! Mais 98% des magasins et infrastructures sont fermés jusqu’à nouvel ordre. » Dans les quelques boutiques ouvertes, les rayons sont vides. « Il manque énormément de produits, mais nous nous alimentons correctement pour l’instant. » Vendredi, Dominique Questel a passé deux heures à écumer les pharmacies de Shenzhen à la recherche de masques chirurgicaux, en vain. Les officines sont en rupture de stock et attendent des approvisionnements venant d’Europe.

 

« Il faut rester calme et se protéger »

En Chine, selon les chiffres officiels, le coronavirus a atteint plus de 44.000 personnes, et en a tué plus de 1.100. Le pays assure qu’il va éradiquer le mal, et communique massivement vers l’extérieur pour montrer les strictes mesures de gestion de la crise : confinement général, habitants surveillés de près, obligation de porter un masque chirurgical, construction éclair de centres hospitaliers… En revanche, peu d’images et de témoignages de malades ou d’habitants filtrent. « La peur et l’angoisse gagnent tout le monde et grandissent chaque jour », raconte Dominique Questel. «Toutes les chaînes de télévision ne parlent que de ça, et sur les réseaux sociaux les plus utilisés ici, comme WeChat, circulent d’atroces vidéos de la vie et la mort dans les hôpitaux. Le personnel hospitalier n’en peut plus et manque de moyens. Ils sont confrontés à l’hystérie des patients, et ils ont du créer un service social car beaucoup de familles ne viennent pas récupérer leurs proches décédés par peur de la contamination. »

 

Outre l’anxiété, les habitants souffrent aussi d’une certaine impuissance. «C’est une situation de confinement, personne n’y peut rien. Tout le monde doit attendre et suivre les instructions. Il faut rester calme et se protéger. » Dominique Questel a bien tenté de quitter le pays pour mettre sa famille à l’abri. « J’ai essayé de faire un visa pour ma femme et mon fils, sans succès. Ils ont accepté de prendre ma demande, j’ai fourni tous les papiers, mais hier (jeudi dernier, ndlr), nous avons reçu un mail disant que 90% des demandes de Chinois sont rejetées. Comme mon fils est né en Chine, ils ne le laisseront pas partir non plus. Donc nous restons, attendant que les possibilités de visa reprennent. » La famille Questel tente de ne pas céder à la peur et prend son mal en patience. « Nous ne sommes pas paniqués, mais inquiets, comme tout le monde. Je rassure ma femme, j’explique à mon fils de 2 ans pourquoi il ne peut pas sortir de la maison », confie le chef d’entreprise.

Il reste positif et prend du recul : « Il y a des situations bien pire dans d’autres pays, dont on parle moins. La Chine est un pays avec une jeunesse impressionnante, que j’admire tous les jours. Ce virus fait très mal à l’économie chinoise, mais tout reviendra très vite à la normale, je n’en doute pas. » On retrouve l’esprit de résilience des Saint-Barth dans le discours de Dominique Questel : « Ensemble nous remonterons la pente, car c’est ici chez nous. La Chine m’a beaucoup aidé et encouragé, autant dans ma vie familiale que professionnelle. Je serai là, et je ferai de mon mieux pour aider. Ma femme est Chinoise, mon fils est né en Chine, je me sens chez moi. »


Journal de Saint-Barth N°1362 du 13/02/2020

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