« Il est grand temps d’établir un registre des cancers spécifique à Saint-Barthélemy »


Jean-Michel Augé, dermatologue à Saint-Barthélemy, réagit à l’étude sur le type de cancer le plus répandu selon la région, dont nous nous étions fait l’écho dans notre édition n°1314 (7 février 2019). Il s’inquiète du manque de données au niveau local.


Dans l’article « Les cancers les plus répandus dans la région » paru dans notre édition du 7 février dernier, nous détaillions les résultats d’une étude inédite*, qui mettait en parallèle la région de résidence avec le type de cancer le plus répandu. Pour la Guadeloupe, dont Saint-Martin et Saint-Barthélemy dépendent au niveau sanitaire, l’étude réalisée sur des données de la période 2007-2016 mettait en avant une situation de cancers moins nombreux qu’en métropole (1.528 nouveaux cas par an en moyenne). Elle évoquait aussi la prévalence dans la région des cancers de la prostate chez l’homme (57% de l’ensemble des cancers) et du sein chez la femme (37%).


Des statistiques qui laissent sceptique le Dr Augé, dermatologue au cabinet médical de l’Oasis à Lorient. Selon lui, le chiffre des 1.528 nouveaux cas chaque année en Guadeloupe, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy est incorrect. « Par extrapolation des données recueillies entre 2007 et 2016 sur les registres des cancers, il est estimé que 1.528 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués chaque année pour les 445.687 habitants que comporte la région. Soit un peu plus de 32 nouveaux cas de cancers chaque année pour les 9.500 habitants de St Barthélemy », calcule-t-il. « Or si j’en juge par les 200 cancers de la peau que je diagnostique chaque année à Saint-Barthélemy, ces chiffres sont loin de la réalité. »


En effet, les cancers de la peau (carcinome et son pendant bien plus grave, mélanome) sont très fréquents chez la population Saint-Barth. Selon la méthodologie de l’étude, seuls les mélanomes, moins courants et plus graves que les carcinomes, aient été comptabilisés. « La population de Saint-Barthélemy n’a pas grand-chose à voir avec celle de la Guadeloupe ni même avec celle de Saint-Martin. Ses problèmes sanitaires sont très différents, comme l’évoque régulièrement le Dr Journo dans ces colonnes », poursuit Jean-Michel Augé. La peau blanche des Saint-Barth et leurs racines normandes et bretonnes les exposent forcément à des affections différentes des Guadeloupéens ou Saint-Martinois. Donc, à des besoins en politique de santé, notamment de prévention, tout aussi différents.


200 cancers de la peau, cela pèse peu à l’échelle des 445.687 habitants de Guadeloupe et des Îles du Nord. Mais ramené aux 10.000 résidents de Saint-Barthélemy, la proportion est autre. Plus encore si l’on ne compte que les Saint-Barth, premières victimes des cancers de la peau. « C’est un peu comme si l’on estimait l’activité du port de Gustavia à partir des données du Havre, de Marseille et de Pointe-à-Pitre réunis, en ne retenant que les conteneurs rouges et bleus et les passagers de plus d’un mètre soixante-dix... » résume Jean-Michel Augé.


Et de conclure : « Aucune politique de santé digne de ce nom ne peut reposer sur des données aussi imprécises. Il est grand temps d'établir et d'alimenter un registre des cancers spécifique à Saint-Barthélemy. Si la Collectivité est partante, je suis prêt à participer à cette mise en place. » (*) Etude réalisée par le Réseau français des registres des cancers (réseau Francim), le Service de Biostatistique-Bioinformatique des Hospices Civils de Lyon (HCL), Santé publique France et l’Institut national du cancer. Elle est disponible sur le site www.invs.santepubliquefrance.fr.



JSB 1316

Journal de Saint-Barth N°1316 du 21/02/2019

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