Fabriquer de l’eau, « c’est de la chimie »

La crise des bromates a révélé une chose : beaucoup d’habitants ignorent d’où vient l’eau qui coule de leurs robinets, et comment elle est produite. Explications par Laurent Berry, responsable d’exploitation de l’usine de production d’eau.

Zéro cours d’eau à Saint-Barthélemy. Sur une île sèche, l’eau douce dite eau de ville est fabriquée en usine par la Sidem (groupe Veolia). Quatre salariés se relaient autour des machines installées à Public pour un rendement de 4.000 m3 par jour.

 

La fabrication

La Sidem pompe l’eau de mer à l’entrée de la rade de Gustavia. Ensuite, il existe deux procédés pour la transformer en eau potable. L’usine dispose de trois unités d’osmose inverse, une microfiltration par des membranes spécifiques, qui assurent 60 à 65 % de la production. Une autre unité utilise l’évaporation. « On chauffe l’eau de mer grâce à la chaleur de l’incinérateur de Tiru, et on récupère la vapeur d’eau douce », simplifie Laurent Berry. La production est assurée en permanence, sauf forte houle ou cyclone, auquel cas le pompage de l’eau de mer ne peut se faire au risque de détériorer tout l’équipement.

 

Le traitement

Une fois l’eau douce obtenue, elle nécessite un traitement. « Elle passe dans un filtre UV qui retire les bactéries. Ensuite on effectue la chloration et la reminéralisation. C’est de la chimie : le procédé de fabrication enlève les minéraux naturels de l’eau. Il faut donc réinjecter des chlorures de potassium et de calcium pour la reminéraliser, et du chlore pour la désinfecter. »

 

Les contrôles

Produire de l’eau est une activité « très réglementée. Il y a des normes européennes et des normes françaises encore plus strictes, sur lesquelles on se base », explique Laurent Berry. « Un auto-contrôle est effectué trois fois par jour à l’usine, sur le taux de chlore, le PH, la température, la turbidité… On a des analyses chaque semaine réalisées par Sanilab. L’ARS fait des contrôles inopinés une ou deux fois par mois. Et enfin, l’eau de mer est testée chaque mois. C’est d’autant plus important qu’on pompe au niveau de la rade et du port de commerce. »

 

La distribution

La Sidem envoie l’eau qu’elle produit dans un réservoir tampon à Public, d’une contenance de 1.000 m3. « Il nous sert en cas de cyclone par exemple, mais sinon, il est toujours en mouvement. Le temps de séjour de l’eau dans le réservoir varie de 4 à 6 heures. On est à flux tendus, surtout en haute saison où la consommation est de 3.000 à 4.000 m3 par jour. » A la sortie du réservoir de Public, une pompe envoie l’eau vers le château d’eau de Colombier. Et là, la Sidem n’a plus rien à voir dans l’histoire : c’est un autre délégataire de la Collectivité, la Saur, qui est chargée de la distribution de l’eau.

 

Le futur

La demande en eau de ville s’accroît en même temps que la population ; un projet de construction d’un nouveau réservoir à Public, d’une contenance de 800 m3, est lancé. « Une étude est aussi en cours pour la sécurisation et le prolongement des points de captage de l’eau de mer », ajoute Laurent Berry. « Ainsi qu’une autre pour l’installation d’une nouvelle unité de production. » Osmose ou évaporation ? Le choix n’est pas encore déterminé, et il dépend aussi de la future installation d’une chaudière biomasse sur le site de propreté voisin (pour la seconde option).

 

Et les bromates ?

« Le taux de bromates est habituellement contrôlé trois fois par an en sortie d’usine », indique Laurent Berry. « Avant 2006, le seuil maximum règlementaire était de 25 microgrammes par litres. Il a été rabaissé à 10 microgrammes par litre. Aujourd’hui, on est en dessous ; on n’a plus de bromates à l’usine. » Le responsable de la Sidem confirme ce que révélaient les derniers résultats d’analyse, la semaine dernière. Toutefois le taux de bromate restait en fin de réseau supérieur à la norme, entre 40 et 50 microgrammes par litre, donc les consignes de restriction continuent de s’appliquer.

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Statu quo

Une réunion sur la contamination de l’eau de ville s’est tenue lundi, réunissant la Collectivité, l’ARS, la Sidem et la Saur. Nous n’avons reçu aucune information sur ce qu’il s’y est dit. La cause de la contamination reste a priori indéterminée à ce jour.


JSB 1295