Vingt femmes portent une campagne d'incitation au dépistage du cancer du sein à Saint-Barth à l'occasion d'Octobre rose (photo @ Jeanne Le Menn)

Des femmes d’octobre drapées de rose

Un simple message aura été suffisant pour organiser la mobilisation. Créatrice de la page  “Les mamans de Saint-Barth”  sur Facebook en 2012, Sarah Olivier voit approcher l’Octobre rose et considère qu’il est « dommage que l’on ne fasse rien sur cet événement ici ». En quelques « clics », elle soumet l’idée d’une campagne de sensibilisation locale. Elle suscite immédiatement l’enthousiasme de nombreuses habitantes de Saint-Barth. Tout va ensuite très vite et, quelques jours plus tard, elles sont une vingtaine à se réunir dans une villa afin de participer à une séance photo aussi joyeuse qu’engagée.

Inciter au dépistage
« Notre but n’est pas de récolter de l’argent mais d’inciter les femmes à se faire dépister », insiste Sarah Olivier. Pour ce faire, les vingt portraits réalisés par la photographe Jeanne Le Menn vont être diffusés sur les réseaux sociaux et dans la presse. «C’est la première photographe que j’ai contacté et elle m’a dit oui tout de suite», se félicite l’organisatrice de la campagne. « J'accepte volontiers les projets photos bénévoles parce que c'est l’occasion de contribuer avec des personnes impliquées dans un projet commun sans autre but que faire parler de la cause, explique Jeanne Le Menn. Derrière l'Octobre Rose, il y a la ligue contre le cancer. Aider aux dons pendant ce mois d'octobre, c'est aider la ligue au financement de la prévention, de l'accompagnement, de la recherche. »
Dimanche dernier, une vingtaine de femmes d’Octobre ont donc investi la villa Le Manoir, généreusement mise à disposition par son propriétaire. «Des femmes qui évoluent dans différents secteurs d’activité, de tous les âges, de 20 ans jusqu’à... Un peu plus », glisse dans un sourire Sarah Olivier. Une expérience qu’aucune d’entre elles ne va oublier de sitôt. « C’était vraiment très sympa, raconte Sarah. On s’est toutes habillées de manière identique. Au début nous étions un peu timides et puis, au fur et à mesure, on a fini par tomber le haut ! » Drapées dans des tissus d’un rose de circonstance, là aussi généreusement fournis par la boutique L’Orientale, les modèles d’un jour posent sous le regard de Jeanne Le Menn.

Rires, pudeur et beauté
La photographe conserve un souvenir presque ému de cette expérience unique. « Pendant deux heures, un bandeau rose sur la poitrine, elles ont défilé devant l’objectif, évoque-t-elle. Des beautés toutes différentes, des beautés qui s’ignorent trop souvent. Bien entendu, aucune ne m’a dit «j’adore me faire photographier» et, la difficulté, c’est de les aider à être sincères, dans toute leur spontanéité. Les aider à laisser leurs complexes, à se détendre. » Et puis, lorsque les prises de vue se terminent, la séance prend une tournure inattendue.
Une jeune femme s’avance vers la photographe. « Elle me dit qu’elles sont plusieurs à vouloir faire des photos torse nu, raconte Jeanne Le Menn. Les premières minutes sont pudiques et puis, progressivement, elles ne se cachent plus trop. Je ne me suis pas trop rendue compte du degré de gêne. Je les ai trouvées superbes, affirmées et rayonnantes. » Et gaies ! «On a bien ri, confirme l’une des participantes. C’était un joyeux moment toutes ensemble. » Sans jamais oublier le sérieux de leur démarche.

« Pas à l’abri de
la maladie »
Car pour chacune des femmes engagées dans cette campagne d’Octobre rose, il s’agit avant tout de rappeler l’importance du dépistage du sein. « Malgré la douceur de vivre que nous connaissons à Saint-Barth, nous ne sommes pas à l'abri de la maladie, explique l’une d’entre elles. Le dépistage du cancer du sein est le premier moyen de lutte. Nous avons la chance de pouvoir pratiquer l'examen ici sur place (lire encadré). C'est rapide, pas forcément agréable mais important. » Une de ses joyeuses camarades de « shooting » ajoute : « Pour moi, femme et maman d’une jeune fille, c’est un devoir important de participer pour tenter de combattre au mieux cette maladie et pousser les femmes à passer une mammographie de contrôle. J’ai connu et je connais toujours autour de moi nombre de femmes courageuses qui sont victimes de cette maladie. » Pour elle comme pour les autres, le message qu’elles souhaitent transmettre à travers leur initiative est limpide : « Faites-vous dépister ! »
Sarah Olivier l’assure : la plupart des femmes qui ont participé à la séance photo ainsi qu’à la campagne n’en ont pas fait part à leurs proches. Ils auront ainsi la surprise de découvrir dans les prochains jours leur portrait sur les réseaux. Pour l’organisatrice de la campagne, cette action doit être pérennisée à Saint-Barth. « J’aimerais, pour l’avenir, voir la Collectivité faire quelque chose, même pour une journée », confie-t-elle. Le message est passé.
 

Une collecte de dons
Si l’action menée par le groupe de femmes de Saint-Barth n’est pas de récolter de l’argent, une collecte a toutefois été mise en place sur le site de la ligue contre le cancer. Par conséquent, les personnes qui souhaitent apporter un soutien financier à la recherche contre le cancer par l’intermédiaire de l’opération conduite à Saint-Barth peuvent verser un don à l’adresse suivante : http://collecter.ligue-cancer.net/projects/octobre-rose-saint-barth

Se faire dépister à Saint-Barth
Les femmes désireuses de procéder à une sénologie peuvent le faire sur l’île en prenant rendez-vous au Centre d’imagerie médicale des Iles du Nord de Gustavia. Celui-ci est situé dans la rue du père Irénée de Bruyn. Un numéro, le 05.90.52.05.32, et un courriel : ciminsbh@gmail.com
Sur le site du Centre, il est expliqué que l’examen comporte un cliché mammographique de chaque sein réalisé selon des critères techniques et de qualité précis. Toutes les femmes de 50 à 74 ans sont concernées par le programme national de dépistage. A l’échelon national, l’âge moyen au diagnostic est de 61 ans. Elles bénéficient, gratuitement, tous les deux ans, d'une mammographie. « Les études européennes et nord-américaines montrent que, dans cette tranche d'âge, le taux de mortalité par cancer du sein pourrait être réduit de 30% mais à condition que plus de 80% des femmes concernées y participent », est-il précisé.
Les taux de participation observés en France sont d'environ 40%. Ils s'échelonnent selon les départements de 20 à 70%.

 

Journal de Saint-Barth N°1441 du 07/10/2021

Octobre rose à Saint-Barth
Cantine scolaire ou équilibre alimentaire