Bromates : pourquoi l’eau de ville reste imbuvable

Selon les chiffres des analyses de l’eau de ville par l’Agence régionale de santé Guadeloupe Saint-Martin Saint-Barth, les bromates ont quasiment disparu. Des quantités insignifiantes, mais supérieures à la limite légale, restent présentes dans certains points du réseau. Malgré le risque infiniment faible pour la santé, la mesure de précaution perdure.



L’eau de ville reste interdite d’ingestion, comme c’est le cas depuis début août 2018. Mais selon les dernières analyses, le taux de bromates dans l’eau a considérablement chuté dans la plupart des quartiers, repassant sous le seuil légal.
Pour mener ses tests, l’ARS prélève l’eau en différents points du réseau : à l’entrée de la rade de Gustavia, où se situent les stations de pompage, à la Sidem qui transforme l’eau de mer en eau potable, à l’entrée et la sortie des réservoirs de Colombier et de Vitet, et du surpresseur de Dévé (machine qui augmente la pression de l’eau). Elle teste aussi l’eau de Lurin, de l’hôpital et de l’Ehpad, et enfin de Saint-Jean. Pour finir, des prélèvements sont effectués en « bout de réseau », endroit le plus sensible car le plus éloigné des points de traitement de l’eau : Grand Fond, Flamands, Ti Morne à Colombier, Saline, Toiny, Lorient, Anse des Lézards.
Le plus fort taux de bromates ces derniers mois a été relevé à la sortie du surpresseur de Dévé, le 17 octobre : 410 microgrammes (µg) par litre. C’est au-dessus du taux maximal qu’avait découvert l’institut Pasteur lors de la toute première analyse réalisée, sur des prélèvements datant de juillet 2018. Il est repassé à 8 µg en février. Les abonnés résidants en fin de réseau sont les plus touchés, le traitement de l’eau s’effectuant bien en amont, à l’usine et à la sortie des réservoirs. Pour autant, les taux mesurés ont considérablement baissé. De 117 microgrammes en décembre à 48 µg en février pour Lorient, de 271 µg en octobre à 71 µg en février pour Toiny, de ­340µg en novembre à 8 µg en février à Saline, de 128 µg en octobre à moins de 5 µg en février à Colombier…

Les seuls points qui restent au-dessus de la norme, sur des prélèvements les plus récents réalisés en février, sont l’Anse des Lézards, Lorient, Toiny, Grand Fond, l’Ehpad et l’hôpital à Gustavia, Lurin, Dévé avant surpresseur, et Vitet. A noter, pour ce dernier quartier, les prélèvements n’ont pas pu être effectués en octobre puisque le réservoir… était vide.




Une étude menée sur des rats
Pour rappel, la présence de bromates ne doit pas dépasser 10 microgrammes par litre pour que l’eau soit déclarée potable, selon la législation française. Une quantité infinitésimale, surtout décidée par rapport au manque d’information sur le sujet. C’est là que le bât blesse : aucun territoire au monde n’a vécu d’expérience similaire à Saint-Barthélemy, et les études scientifiques sur les conséquences de l’ingestion de bromates pour la santé manquent.

Il n’en existe qu’une, qui reprend tous les travaux existants, réalisée sur des rats pour le compte du ministère canadien de la Santé. Elle se base sur des quantités absorbées beaucoup plus importantes que celles possiblement ingérées par les habitants de Saint-Barth.
Le bromate est une substance chimique cancérogène qui attaque principalement les reins. Les rats étudiés ont bu de l’eau qui contenait 400 mg de bromates par litre. Ils ont développé des tumeurs rénales au bout d’un an à ce régime. Pour se faire une idée, 400 milligrammes par litres équivalent à 400.000 microgrammes. Au maximum, les habitants de Saint-Barthélemy ont bu une eau contenant 410 microgrammes de bromates par litre, or un être humain pèse bien plus lourd qu’un rat mâle de 700 grammes environ. Nous sommes donc très loin d’une possibilité de cancer provoqué par les bromates, même si vous avez continué de boire l’eau de ville ces huit derniers mois.
La seule donnée connue sur l’ingestion de bromate par un humain concerne 24 personnes qui ont ingéré du produit pour les cheveux. Les quantités de bromates absorbées varient entre 12 et 50 grammes (12 millions à 50 millions de microgrammes). Neuf d’entre elles sont décédées.
Même si le risque sanitaire est faible, en l’absence de davantage de données, la mesure de précaution est indispensable : l’ARS a interdit la consommation d’eau de ville (boisson, cuisson, lavage de dents) depuis le 8 août. Cette antenne de l’Etat détient la lourde responsabilité de la gestion de la santé publique. C’est pourquoi elle réalise des analyses poussées, par des laboratoires agréés en métropole. Des tests qui prennent du temps. Et tant que l’ensemble du réseau ne sera pas passé en dessous de 10 microgrammes par litre, la restriction demeurera.


Depuis quand les bromates sont là ?
Pour distribuer l’eau potable à la population, la recherche de bromates n’est pas une obligation légale. Au mois de juillet, c’est un laborantin de l’Institut Pasteur en Guadeloupe qui, constatant un taux particulièrement élevé de chlore dans l’eau de ville de Saint-Barthélemy, a suggéré d’entamer une recherche facultative, sur les bromates. Bingo, si l’on peut s’exprimer ainsi.

« Ce que l’on n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi maintenant », s’interrogeait Sophie Durand-Olivaud, directrice des services techniques de la Collectivité, en août 2018, juste après la restriction de l’ARS. Effectivement, au moment où sont apparus les bromates, rien n’avait changé en termes de production et distribution d’eau : pas de nouveau traitement, pas de pollution dans la rade. Sur l’île, les commentaires inquiets vont bon train, et beaucoup pensent que les bromates ont plus ou moins toujours été là. Nous avons questionné l’ARS Guadeloupe pour savoir si elle peut garantir l’absence de bromates avant juillet 2018, et nous n’avons pas reçu de réponse à ce jour.








Journal de Saint-Barth N°1321 du 28/03/2019

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