Bientôt la création d'un centre international de télémédecine ?

Le CESCE (*) a diligenté une étude sur la santé à Saint-Barthélemy intitulée « Quelle prise en charge médicale à l’horizon 2020 ? ». Elle liste sept recommandations aux autorités sanitaires pour développer et améliorer le système actuel.

Urgences, Evasan, analyses médicales, hôpital, facilité d’accès aux soins… L’étude menée par le cabinet Referis à la demande du CESCE, qui a duré deux ans, a été publiée récemment. Destinée aux professionnels du secteur, elle est disponible sur demande auprès de l’institution locale. Sept recommandations sont formulées pour un meilleur système de santé à l’horizon 2020. Détail avec Antoine Querrard, président de la commission santé du CESCE.

Créer un centre de télésanté

« On aurait accès à des médecins partout en France», résume Antoine Querrard, président de la commission santé du CESCE, à l’origine de l’étude. Ce centre permettrait de pallier à la présence seulement ponctuelle de spécialistes sur notre île (et sur les îles du Nord).

« Un certain nombre de choses marchent très bien en télémédecine. Un neurologue ne va pas vous examiner directement, mais lire le scanner et les analyses ; il peut le faire à distance. Cela éviterait des trajets éprouvants pour les patients. Idem pour la préparation à une opération, que l’on pourra effectuer sur place, à Saint-Barth. » Le CESCE propose à la Collectivité non pas d’investir, mais de lancer un appel à projet, « co-construit avec les médecins de l’île. L’ARS est à 100% favorable pour accompagner ce projet. » La Collectivité aussi, assure le président de la commission santé du CESCE, qui indique que plusieurs réunions de travail sur le sujet se sont déjà tenues. «La vice-présidente Nicole Gréaux, en charge de ces questions, s’est montrée enthousiaste. »

Le rapport souligne aussi la possibilité, pour les touristes et résidents étrangers fortunés, d’accéder par ce biais à leurs médecins et spécialistes habituels. « Ces VIP exigent un niveau de prise en charge médicale élevé », précise le cabinet. Un terme un peu maladroit, nuancé par Antoine Querrard : « L’élément principal est la santé des habitants de l’île. L’opportunité pour les touristes et résidents étrangers d’avoir accès à leur propre médecin est un plus, qui peut aussi apporter un supplément de revenu au centre pour un meilleur service à la population. »


Régler un accident médical à l’amiable

Aujourd’hui, si un patient a un problème avec un acte effectué à l’hôpital De Bruyn à Saint-Barth ou Louis-Constant-Fleming à Saint-Martin, par exemple un accident médical, il est obligé d’attaquer l’établissement en justice. Chose qui, partout ailleurs, est évitable par le biais d’accords à l’amiable, gérés par les CCI (Commissions de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux). Cela est dû au statut particulier des deux îles. Celles-ci peuvent être demandées à être rattachées à une CCI, comme l’a fait Saint-Pierre-et-Miquelon, rattachée à la Basse-Normandie, par le biais d’un arrêté ministériel. « Parfois, les gens n’ont pas envie d’attaquer le système mais simplement d’obtenir les informations pour comprendre ce qu’il s’est passé. Nous avons envoyé une note en ce sens au sénateur et à la députée, qui se sont montrés favorables et travaillent sur le sujet. »


Les leçons d’Irma : l’hôpital en temps de catastrophe naturelle

Anticiper au maximum pour que l’éventualité d’évacuations sanitaires multiples soit gérée le mieux possible, garantir la continuité de recours à l’imagerie et à la biologie médicale, renforcer l’offre de soins psychiques, évacuer de façon préventive les patients dépendants de soins réguliers ou d’équipements électriques, stationner les véhicules de secours dans des lieux stratégiques (c’est à dire non inondables)…

La crise Irma a été, de l’avis général, correctement gérée sur notre île, mais un afflux de blessés pourrait –aurait pu- déstabiliser le système médical. « Un certain nombre d’enjeux existent, et certains ont déjà été mis en œuvre par la Collectivité ; je pense à la communication, l’utilisation de la fibre, de téléphones satellitaires… » détaille Antoine Querrard. « D’autres choses restent à faire, plutôt côté Etat. » Une réflexion est aussi à mener sur les moyens de recours des habitants de Saint-Barthélemy. « Mettons que le CHU de Guadeloupe soit détruit par un cyclone, quelles sont nos options ? »

 

Impliquer la Collectivité

Autonomie ou non, le sanitaire reste du ressort de l’Etat. « Même si nous n’avons pas la compétence santé, la Collectivité peut agir. Il nous semble important de mettre en place un comité des élus pour le groupement hospitalier des îles du Nord, au sein duquel la Collectivité de Saint-Barthélemy serait représentée. Cela lui permettrait d’avoir un regard et d’intervenir auprès de l’hôpital de Saint-Martin, dont nous dépendons. Sur cette question, l’ARS et la Collectivité se sont montrées très collaboratives. »

La Com a aussi un rôle à jouer sur le logement, principale difficulté pour recruter du personnel médical sur notre île. Entre la pénurie et les prix des loyers, difficile de s’installer ici avec un salaire d’infirmier.

 

Imagerie médicale et laboratoire d’analyses

Saint-Martin comme Saint-Barth sont bien équipées en matière d’imagerie médicale. Le CESCE parle seulement d’une nécessité de garantir le partenariat public/privé en vigueur, qui a fait ses preuves.

Le maintien à long terme d’un laboratoire d’analyses médicales à Saint-Barthélemy (le cabinet privé, à La Pointe, vient d’être racheté), malgré des difficultés ces dernières années, est une demande forte de tous les acteurs de la santé. « Il est important qu’il conserve tout ce qui est lié aux urgences et ne soit pas un simple centre de prélèvement.»

 

Fluidifier le processus d’évacuation sanitaire

L’étude préconise de renforcer le système de gestion des urgences, tout en conservant le processus existant. « Il s’agit de créer une véritable filière urgences, entre Saint-Barthélemy, Saint-Martin, et la Guadeloupe », précise Antoine Querrard, au diapason avec la directrice générale de l’ARS, Valérie Denux, sur ce sujet (lire page 5). Le rapport suggère une gestion commune des ressources et des équipements, un protocole formalisé entre les trois entités, le développement de l’échange d’informations sur le patient concerné.

 

Accès plus rapide aux soins

Cela rejoint la question des Evasan : si le système actuel fonctionne, des améliorations peuvent être apportées ici et là pour que le patient accède le plus rapidement possible aux soins dont il a besoin. Exemple, doter les pompiers et le Smur d’outils performants pour faciliter la localisation du lieu d’intervention.

Le CESCE suggère également le lancement d’une nouvelle étude spécifiquement sur la question des Evasan : création d’une drop zone à Saint-Martin, nouvelles modalités de financement…

 

(*) CESCE : Conseil économique, social, culturel et environnemental de Saint-Barthélemy.


JSB 1290











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