Saint-Barth -

Derrière la porte 7584-7595, le bureau de Frantz Gumbs, député des Iles du Nord élu en juin dernier. ©Albane Harmange

Dans les pas de Frantz Gumbs à l’Assemblée nationale

Élu en juin dernier, le député de Saint-Martin et Saint-Barthélemy continue d’apprivoiser ses nouvelles fonctions dans l’univers si particulier qu’est l’Assemblée nationale. Albane Harmange, jeune Saint-Barth qui s’est envolée pour Paris afin d’étudier au sein du Centre de Formation des Journalistes, a suivi Frantz Gumbs pendant une journée, le mercredi 12 octobre, pour le Journal de Saint-Barth. Visite exclusive dans le quotidien du député. 

 

Une caméra imposante dans la main et la cigarette à la bouche, des journalistes attendent devant le 101 de la rue de l’Université, dans le VII arrondissement de Paris. En lettres dorées, l’insigne  “Assemblée Nationale” surplombe l’entrée. À mon arrivée, le personnel d’accueil me regarde fixement, comme s’ils connaissaient déjà mon identité. « Prochaine séance, mercredi 12 octobre à 15 heures, Loi de finances pour 2023 », indique une télévision, postée devant une porte en bois. Serait-ce derrière celle-ci que se réunissent et débattent tous les députés Français ? L’écriteau « Local technique » coupe court à mon imagination.
Avec son accent guadeloupéen et son franc parler, Oxann Sahai a le don de vous mettre tout de suite à l’aise. Le temps du trajet en ascenseur, la collaboratrice du député me donne l’emplacement de la cafétéria, du restaurant et me raconte son trajet quotidien pour rejoindre l’Assemblée nationale. Comme tous les députés du groupe politique MoDem, le « bureau-chambre » de l’élu de Saint-Barth et Saint-Martin se trouve au cinquième étage. Après avoir traversé deux longs couloirs, la porte 7584-7595 indique le nom de Frantz Gumbs.

« Tous les députés se tutoient »
Assis à son bureau, le député étudie le projet de loi finances, débattu en ce moment à l’Assemblée nationale. « Hier soir, la séance s’est terminée à deux heures du matin », raconte l’élu à sa collaboratrice. Un député doit être présent à l’Assemblée le mardi, le mercredi et le jeudi. Notamment pour participer aux séances parlementaires dans l’hémicycle. Une présence « capitale », insiste le député, la majorité présidentielle étant relative à l’Assemblée depuis les dernières élections législatives. « Hier soir, on a perdu des articles à trois voix près », souligne Frantz Gumbs, unique élu d’Outre-mer dans le groupe politique MoDem, parti membre de la majorité présidentielle.
Pas le temps de rentrer dans les détails législatifs, la table du déjeuner est déjà réservée. «Tu as bien mis ta broche ?», demande Oxann au député. Accroché à son costard gris, ce « pin’s » permet aux élus de se reconnaître dans les couloirs. « J’ai remarqué que tous les députés se tutoyaient », note l’ancien proviseur aux yeux bleus pétillants de curiosité. « J’étais avec Xavier Lédée et Yaël Braun-Pivet, raconte Frantz Gumbs. La présidente de l’Assemblée nationale l’a vouvoyé puis elle s’est tournée vers moi et m’a dit : “ Si tu as besoin de quelque chose, tu me dis ”. » Un épisode que le député continue d’évoquer avec un même étonnement candide dans la voix. Au 8ème étage, la fameuse broche permet aux députés d’accéder, avec leurs invités, à ce restaurant qui leur est réservé.

Souvenir d’un hiver douloureux
« C’est bon, mais le restaurant du Sénat est meilleur », me souffle Oxann. Dans mon dos s’élève la Tour Eiffel tandis que passe sous mes yeux Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti Communiste Français. Des statures nationales pour lesquelles le député doit prendre son courage à deux mains lorsqu’il décide d’aller les aborder. «Mais vous n’étiez pas là hier », s’exclame Frantz Gumbs lorsqu’une des serveuses s’approche de notre table. « C’est normal, j’étais au bar toute la soirée », plaisante cette femme en uniforme bleue, avant de prendre notre commande. « Vous savez, chez nous aux Antilles, quand on lit “ morue” on pense à de la morue salée », lui explique le député, qui finit par se laisser convaincre par ce plat.
Plutôt « solitaire », assure-t-il, Frantz Gumbs n’est pas un habitué de ce restaurant à la vue imprenable sur Paris. « Je peux prendre un sandwich et rester chez moi », confesse-t-il. A l’arrivée du dessert, il ne cache pas son plaisir : « C’est joli hein ? » Tout en dégustant son café gourmand, « pour avoir le café et le dessert », sourit-il, le Saint-Martinois s’inquiète de l’arrivée de l’hiver. « Il va faire froid tu penses ? », demande-t-il avant de plonger dans ses souvenirs. Quarante ans plus tard, l’Antillais est toujours marqué par son premier hiver en métropole. « C’était l’expérience la plus désagréable de ma vie », affirme-t-il. Âgé d’une vingtaine d’années, le jeune étudiant prend l’avion seul et arrive à Montpellier en plein mois d’octobre. « Un octobre froid », souffle-t-il. «La résidence universitaire était fermée, je suis donc allé dans un hôtel », raconte Frantz Gumbs avant de poursuivre sur un ton dramatique : « Je suis rentré dans la chambre, les draps étaient blancs et froids. J’ai chauffé avec mon corps un endroit du lit et je n’ai plus bougé de la nuit, parce qu’à chaque mouvement que je faisais, je tombais sur un endroit froid. Je me suis dit que je n’allais jamais revenir en France. » Depuis cet épisode, il assure toujours hésiter avant de dormir dans des draps blancs.

Oxann Sahai, diplômée en droit pénal et précieuse collaboratrice du député, appuie ce dernier en lui apportant ses connaissances techniques. ©Albane Harmange

Un exercice stressant
14h53, une sonnerie retentit dans tous les bâtiments qui composent l’Assemblée nationale. « C’est pour que les députés finissent vite de manger et courent pour arriver à l’heure à la séance », sourit Oxann, de retour dans son bureau. La collaboratrice ouvre le courrier. Elle marmonne le contenu de la lettre envoyée par la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak. « C’est bien de proposer le déploiement du pass culture à Saint-Martin, mais pour que les habitants puissent en bénéficier il faudrait déjà avoir un cinéma et des musées », soupire la diplômée en droit pénal. La séance parlementaire diffusée sur la télévision en fond sonore, Oxann lit les mails tout en surveillant le passage prévu des amendements proposés par le député. « Il devrait passer ce soir ou demain, précise la collaboratrice. Je suis stressée pour lui mais aussi pour moi, parce que tout ce qu’il dit vient de moi. » Sans formation technique dans le domaine législatif, le député compte sur les connaissances de sa collaboratrice. « Elle me donne le contenu et après moi j’écris tout ça avec mon propre style», explique Frantz Gumbs, qui n’a « pas l’habitude de demander de l’aide aux autres ».
Dans l’hémicycle, l’élu de Saint-Barth et Saint-Martin doit se débrouiller tout seul. Assis sur ces sièges qu’il juge « très inconfortables », Frantz Gumbs observe calmement les interventions des députés du Rassemblement national et de la Nupes, qui s’écharpent à tour de rôle. Les mains posées sur les cuisses, il écoute avec attention l’amendement proposé par Jean-Paul Mattei, le président du groupe MoDem. « Mes chers collègues, je vais devoir compter, prévient la présidente de l’Assemblée nationale. Qui est pour ? » Frantz Gumbs regarde furtivement le comportement de ses voisins avant de lever la main. Aux extrémités de l’hémicycle, des voix s’élèvent pour marquer leur mécontentement. « L’amendement est à voter », conclut la présidente. Frantz Gumbs applaudit avec enthousiasme. Puis, très vite, les échanges reprennent au sein de l’Assemblée.

Albane Harmange est née et a grandi à Saint-Barth avant de quitter l’île pour ses études. Désormais étudiante au sein du Centre de Formation des Journalistes à Paris, et déjà collaboratrice du Journal de Saint-Barth, elle a suivi le député Frantz Gumbs tout au long de la journée du mercredi 12 octobre. ©Albane Harmange

 

 

Journal de Saint-Barth N°1492 du 03/11/2022

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