Le ministre des Outre-mer a invité les acteurs du tourisme à une table ronde. De gauche à droite : Philippe Gustin, directeur de cabinet du ministre ; Serge Gouteyron, préfet ; Sébastien Lecornu et les représentants de l’économie du tourisme.

Sébastien Lecornu en visite : « Ce n’est pas parce que Saint-Barth va mieux que d’autres territoires qu’il faut le négli

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a passé un jour et demi en visite sur l’île. Pour lui, les deux priorités de l’île sont la reprise touristique et la mobilisation autour des risques naturels.

Les vents forts du 1er janvier ont perturbé sa visite (voir page 5) et permis à Sébastien Lecornu une balade imprévue et quasi-incognito dans les rues de Gustavia. « Je vois qu’il y a eu du relâchement sur le terrain sanitaire, constate-t-il. Il ne faut pas gâcher en quelques heures ou quelques jours des efforts de plusieurs semaines. »
Car un des enjeux de sa visite était de parler de la reprise de la saison touristique à Saint-Barth, malgré la circulation active de l’épidémie dans le monde.

 

Des aides pour la relance
« Ce n’est pas parce que Saint-Barth va mieux que d’autres territoires qu’il faut le négliger », résume le ministre, qui a rencontré les acteurs locaux du tourisme (CEM, CESCE, Association des restaurateurs, Association des hôteliers et des villas, Association des agences immobilières et CTTSB) pour en discuter autour d’une table ronde.
« Ca ne coulait pas forcément de source que le Prêt garanti par l’Etat (PGE), le fonds de solidarité et le chômage partiel soient déclenchés ici à Saint-Barth, moi j’y ai tenu », assure le ministre.
Alors qu’en avril, les entreprises de l’île avaient dans un premier temps été exclues des dispositifs d’aides accordées par l’Etat durant la crise sanitaire, aujourd’hui, elles sont 228 à avoir bénéficié du PGE, à hauteur de 55 millions d’euros. « La question qui nous a été posée c’est « est-ce que les entreprises vont être en capacité de rembourser le PGE ? »», explique Nadège Carti-Sinnan, directrice générale de la CEM, présente à la réunion avec le ministre. «Ma réponse a été : laissez-nous les moyens de travailler, les entreprises auront les capacités de rembourser le PGE. » Désormais, la CEM espère faire reconnaître les commerces d’habillement et de bijouterie de l’île comme étant dépendants du secteur du tourisme, afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes aides. « Le ministre en prend note, ce n’est pas son niveau de décision. J’espère que ça va pouvoir évoluer », déclare Nadège Carti-Sinnan.


Une gestion différenciée de la crise
A la tête de l’association des restaurateurs de Saint-Barthélemy, Nicolas Gicquel participait lui aussi à la réunion avec Sébastien Lecornu, qu’il juge « très ouvert » sur l’organisation locale : « A Saint-Barthélemy, ils nous ont fait confiance, ils nous ont octroyé pas mal de dérogations et de passe-droit, qui nous ont notamment permis d’accueillir les américains depuis cet été et aujourd’hui je pense que cette confiance est plus forte encore parce que la grande majorité des établissements font attention au protocole et prennent conscience que c’est dans l’intérêt général de ne pas faire n’importe quoi. » Avec la Polynésie-Française, Saint-Barth est en effet le seul territoire d’outre-mer à avoir pu recevoir les touristes états-uniens dès l’été. Saint-Martin n’a pu les accepter à nouveau que début décembre. Avec l’épidémie de Covid-19, l’Union européenne tout entière a interdit l’accès à ces vacanciers. « A Saint-Barth on est sur une structuration d’acteurs touristiques limités, connus et donc on pouvait se permettre d’adapter la gestion de la crise Covid, ici à ce territoire, justifie Sébastien Lecornu, C’est ce qu’on va continuer à faire. »


Pour une électricité plus « propre »
Le tourisme, c’est aussi l’argument avancé par le ministre pour justifier les exigences de l’Etat en matière d’énergies renouvelables (JSB 1402) : «De plus en plus les touristes fortunés font des choix de destination touristique en fonction du caractère « propre » des destinations. Je sens que ça va monter, estime-t-il. Quand le Covid sera derrière nous, je pense que ça n’aura pas épuisé les attentes environnementales et sociétales. Une île dans laquelle la production d’énergie et d’électricité est 100% en empreinte carbone lourde, tout le monde peut le comprendre en 2020.  Mais qu’on dise « en 2030 on sera comme en 2020 », on nous dira, « mais vous n’avez rien compris ! » ».

 

Une île plus autonome
Sur d’autres sujets, Sébastien Lecornu ne ferme toutefois pas la porte à une plus grande indépendance de l’île. Alors que les consultations concernant la loi 4D (décentralisation, déconcentration, différenciation, décomplexification) débutent, il reconnaît : « Le chemin d’une plus grande autonomie ou d’un plus grand transfert de certaines compétences est un débat qui me semble être un bon débat pour Saint-Barth. Parce que la Collectivité est mature, elle a su montrer une très grande résilience dans la reconstruction post-Irma.»
Pour lui, les réformes doivent être adoptées en concertation avec les populations locales : « On a envie de se dire que le jour où il y a un coup dur, ce n’est pas parce qu’on a transféré beaucoup de compétences qu’on sera oublié et ça, ça fait partie des sujets qu’il faut aussi traiter. »

 

Prévention des risques naturels
Mais le ministre ne considère pas les questions institutionnelles comme une «urgence». Outre la relance économique, il veut faire de la question des risques naturels une priorité. Alors que le plan séisme Antilles entre dans une nouvelle phase en 2021, Sébastien Lecornu promet de «remettre de l’argent pour toutes les Antilles ». L’enjeu, c’est aussi pour les services de l’Etat d’entrer dans le «volet prévention et résilience », après l’ouragan Irma, « le nouveau préfet va avoir énormément de ça dans sa feuille de route. »

 

 

Journal de Saint-Barth N°1405 du 07/01/2021

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